Cameroun : l'après-Biya se prépare dans l'ombre
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Cameroun : l'après-Biya se prépare dans l'ombre

Cameroun : Paul Biya, 93 ans, bat son record d'absence avec 49 jours hors du pays. L'opposition réclame la vacance du pouvoir. La succession du plus vieux chef d'État du monde s'écrit dans l'ombre.

Le président invisible

Au Cameroun, cela fait désormais 49 jours que Paul Biya, 93 ans, a quitté le territoire national. Quarante-neuf jours sans une apparition publique. Quarante-neuf jours sans une image. Quarante-neuf jours sans que les Camerounais n'aient de nouvelles officielles de leur président.

Le 7 juin dernier, l'Airbus A319-115 présidentiel décollait de Yaoundé pour Genève, en Suisse. Motif officiel : un « court séjour privé en Europe ». Depuis, le chef de l'État le plus âgé du monde au pouvoir depuis 1982, bientôt 44 ans n'a plus donné signe de vie.

L'avion reparti sans lui

Selon des sources proches de la présidence, le retour du président était initialement prévu pour mardi ou mercredi prochain. L'Airbus présidentiel un VIP A319-115 (CJ) s'est bien posé en Suisse vendredi dernier pour le rapatrier.

Mais l'avion est reparti sans lui, dimanche matin.

Motif ? Une « nouvelle détérioration de l'état de santé » du président, selon des sources suisses. Des informations que le gouvernement camerounais dément formellement, comme il l'a déjà fait le 18 juin, qualifiant les rumeurs d'hospitalisation de « fausses ».

Pourtant, le média Jeune Afrique affirme que Paul Biya a été pris en charge dans une clinique privée de Genève après un malaise survenu lors de la fête nationale du 20 mai. Une partie de sa famille dont son frère et deux de ses enfants se trouverait également en Suisse.

Un pays en apesanteur

Pendant ce temps, le Cameroun tourne au ralenti.

Aucun gouvernement n'a été formé depuis la réélection contestée d'octobre 2025. Paul Biya avait promis, dans son discours du 31 décembre, de nommer une nouvelle équipe « dans les prochains jours ». Sept mois plus tard, rien.

Les élections municipales et législatives ont été reportées à plusieurs reprises. Un poste de vice-président a été créé par révision constitutionnelle en avril, mais il n'a jamais été pourvu. En cas de vacance du pouvoir, c'est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait l'intérim.

Mais la vacance, justement, personne ne veut la prononcer.

L'opposition monte au créneau

« Le président de la République n'est pas élu pour gouverner à l'étranger », a déclaré Benjamin Ngongang, invité de l'émission Canal Presse.

Le député d'opposition Jean Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à « constater la vacance du pouvoir ». L'Union démocratique du Cameroun (UDC) réclame de la transparence pour garantir « la stabilité de la République ». Le Social Democratic Front (SDF) estime que le pays est « sur le pilote automatique ».

De son côté, le parti présidentiel RDPC tente de rassurer. « Le pouvoir n'est pas vacant et le Lion n'est pas parti. Il est encore là », a écrit Christophe Mien Zok, directeur des organes de presse du RDPC.

Chantal Biya, l'ombre du pouvoir

Une ombre plane sur ce séjour suisse : celle de la Première dame. Longtemps présente aux côtés de son époux, Chantal Biya est aujourd'hui décrite comme « de plus en plus impliquée dans la gestion des dossiers de l'État ».

Son nom reviendrait dans certaines nominations et décisions autrefois réservées au président. Sa présence permanente lors des deux longs séjours genevois renforce l'idée que l'accès au chef de l'État passerait désormais par elle. Dans un système aussi centralisé, contrôler l'entourage du président, c'est contrôler une partie du pouvoir.

Une succession qui s'écrit dans l'ombre

L'homme qui se présente comme le « président élu » est Issa Tchiroma Bakary, 79 ans, ancien ministre passé dans l'opposition. Arrivé deuxième selon le Conseil constitutionnel qui a proclamé la réélection de Biya avec 53,66 % des voix conteste les résultats et s'est autoproclamé vainqueur.

« Le peuple a choisi », répète-t-il.

Aujourd'hui en exil en Gambie, il a déposé deux plaintes contre Paul Biya au tribunal judiciaire de Paris. Et il attend.

L'enjeu est colossal. Le Cameroun, pays de 28 millions d'habitants, est la première économie d'Afrique centrale. Il est confronté à un conflit séparatiste dans les régions anglophones depuis 2017, à une pression économique croissante et à des demandes de réformes politiques.

L'après-Biya, une question de jours ?

Les spéculations vont bon train. « Qui dirige vraiment le Cameroun ? », s'interrogent les observateurs. Le gouvernement assure que Biya suit les dossiers « méticuleusement » depuis l'étranger, comme l'a affirmé le ministre Jacques Fame Ndongo.

Mais les Camerounais s'usent. « Les gens sont épuisés d'attendre », confie Viviane Ondoua Biwole, professeure à l'Université de Yaoundé.

Les 49 jours de Biya hors du Cameroun sont peut-être un record. Mais ils pourraient aussi être le début de la fin. Une page de l'histoire camerounaise est en train de se tourner. Reste à savoir qui la tournera et dans quel sens.

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