Huit mois sans gouvernement : le Cameroun s'enlise
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Huit mois sans gouvernement : le Cameroun s'enlise :: CAMEROON

Le 6 novembre 2025, Paul Biya prêtait serment pour un huitième mandat. Huit mois plus tard, le Cameroun n'a toujours pas de gouvernement, pas de conseil des ministres, et un président parti en Europe depuis 44 jours.

Le Cameroun est dirigé par un gouvernement fantôme. Depuis la réélection de Paul Biya le 12 octobre 2025, le pays attend la nomination d'un nouveau gouvernement. Le président, âgé de 93 ans, a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe » il n'est toujours pas rentré 44 jours plus tard.

Pendant ce temps, aucun conseil des ministres ne se tient. Les députés prolongent leur mandat. Le Conseil supérieur de la magistrature, paralysé depuis six ans, vient seulement d'être renommé. L'opposition conteste une élection qu'elle juge volée. Et les Camerounais, résignés, regardent leur pays s'enliser dans un vide institutionnel sans précédent.

À quoi sert une élection si elle ne débouche sur aucune gouvernance effective ?

Une élection contestée, un pays en attente

Le 12 octobre 2025, les Camerounais se rendaient aux urnes pour élire leur président. Paul Biya, 92 ans au moment du scrutin, briguait un huitième mandat consécutif. Face à lui, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé à l'opposition, revendiquait la victoire.

Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % pour Tchiroma Bakary. Ce dernier a contesté vigoureusement les résultats, les qualifiant de « mascarade » et affirmant avoir obtenu 54,8 % des suffrages. Cinq recours ont été déposés auprès du Conseil constitutionnel.

Le 6 novembre 2025, Paul Biya prêtait serment. Huit mois plus tard, le nouveau gouvernement promis n'a toujours pas vu le jour.

L'absence prolongée de Paul Biya

Le 7 juin 2026, le chef de l'État quitte le Cameroun pour un « court séjour privé en Europe » en compagnie de son épouse. 44 jours plus tard, il n'est toujours pas rentré.

L'opposition et des constitutionnalistes relancent depuis le débat sur la vacance du pouvoir. Certains médias évoquent un traitement médical dans le plus grand secret. La présidence reste silencieuse.

Pendant ce temps, le pays fonctionne au ralenti.

Un vide institutionnel sans précédent

Le Cameroun traverse une situation institutionnelle inédite depuis 1992. L'absence prolongée de conseil des ministres et de réunions du Conseil supérieur de la magistrature des organes pourtant vitaux pour la direction d'une nation moderne témoigne d'une paralysie administrative.

Le Conseil supérieur de la magistrature, qui ne s'était plus réuni depuis près de six ans, a finalement été renommé le 2 juin 2026. Cette paralysie a entraîné le gel des recrutements et des intégrations de magistrats, ainsi que l'arrêt des nominations dans les juridictions.

L'administration semble s'être muée en une structure fantôme où les sièges vides au sein du cabinet ministériel ne sont plus pourvus. Les hauts responsables dont les mandats sont expirés restent en fonction, instaurant une forme d'illégalité comme norme administrative.

Des tractations sans fin

Pourquoi ce retard ? Les observateurs évoquent la complexité des tractations politiques, notamment pour assurer les équilibres régionaux et ethniques. Des discussions seraient menées avec des figures de l'opposition, dont Issa Tchiroma Bakary, actuellement en exil en Gambie.

Selon Jeune Afrique, le chef de l'État aurait proposé à Tchiroma Bakary « neuf ministères, seize postes dans la haute administration et plusieurs nominations diplomatiques à l'étranger ». L'opposant aurait refusé.

Pendant ce temps, la refonte de l'appareil institutionnel occupe les esprits : création de nouveaux ministères, transformation de portefeuilles existants, instauration d'un poste de vice-président. Le 4 avril 2026, le Parlement réuni en Congrès a adopté une révision constitutionnelle instaurant un poste de vice-président, successeur constitutionnel du chef de l'État. Une réforme que certains parlementaires jugent « suspecte ».

Les conséquences économiques et sociales

Cette paralysie a des conséquences concrètes. L'équipe gouvernementale en place depuis janvier 2019, maintenue en fonction, voit sa légitimité à engager des réformes d'ampleur fragilisée.

Les grandes décisions d'orientation, de réallocation budgétaire, de lancement de nouvelles politiques sectorielles tendent à être différées. Les opérateurs économiques étrangers adoptent une posture attentiste. Dans un environnement régional où plusieurs pays de la CEMAC cherchent à attirer les mêmes flux d'investissements, cette période d'entre-deux pénalise le Cameroun.

Les Camerounais, eux, regardent avec résignation. « Les Camerounais aujourd'hui sont résignés », affirme à TV5MONDE Stéphane Akoa, politologue camerounais.


Que pensez-vous de cette situation ? Le Cameroun a-t-il besoin d'un gouvernement ou le statu quo vous convient-il ?

 

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