Le navire-école de la flotte de la Baltique a quitté le port de Douala après une escale de deux jours, des rencontres au sommet de l’armée camerounaise et une manœuvre conjointe avec un patrouilleur. Derrière l’exercice, une coopération militaire qui s’installe.
Douala, 5 novembre 2026. Le PEREKOP est entré dans le port autonome en fin de matinée. Le navire-école de la flotte de la Baltique n’est pas un bâtiment de combat. C’est un navire de formation, long de plus de cent mètres, qui transporte des cadets russes et, selon les étapes, des stagiaires étrangers. Il est parti de Russie début juillet 2026 pour un périple de 30 000 milles marins à travers quatre océans, quatorze mers, vingt-trois détroits et neuf golfes. Douala est une étape. Pas la plus longue. Mais peut-être la plus politique.
Ce qui s’est passé pendant l’escale
Les sources russes décrivent un programme chargé. Le commandement du PEREKOP a rencontré le commandant du deuxième district militaire camerounais, le général de brigade Ngolo Ngomba Tobi, son adjoint le colonel Njok, le commandant des forces de surface, le capitaine de vaisseau Yonga Ntaya Richard, et le commandant de la base navale de Douala, le capitaine de vaisseau Mfeg Jean Michel. Les discussions ont porté sur le développement de la coopération navale bilatérale et l’échange d’expériences en matière de préparation opérationnelle.
Le gouverneur de la région du Littoral, Ivawa Diboua Samuel, et le maire de Douala, Mbassa Ndine Roger, ont également été reçus à bord.
Sur le plan opérationnel, les marins russes ont organisé des sessions de formation médicale au profit des militaires camerounais sur la base navale. Un match de volley-ball a opposé les cadets russes aux marins camerounais. Une exposition consacrée au 120e anniversaire des forces sous-marines russes a été installée sur le quai et à bord.
À son départ, le PEREKOP a effectué une manœuvre conjointe avec le patrouilleur « P-108 » de la marine camerounaise dans les eaux du port. Les deux bâtiments ont « pratiqué des éléments de manœuvre coordonnée », selon le ministère russe de la Défense. Puis les marins se sont dit au revoir, et le PEREKOP a repris sa route vers l’Atlantique.
Pourquoi Douala, et pourquoi maintenant
La Russie a intensifié sa présence militaire en Afrique ces dernières années. Le Cameroun, partenaire historique de la France, diversifie ses alliances. La coopération navale avec Moscou n’est pas nouvelle, mais elle prend une texture différente.
Le PEREKOP n’est pas un navire de guerre. Il ne porte pas de missiles. Sa mission officielle est la formation des cadets. Mais un navire-école qui traverse quatre océans et s’arrête à Douala, Libreville ou Pointe-Noire envoie un signal : la Russie est là, et elle entend le rester.
Pour Yaoundé, l’enjeu est double. Il s’agit de former ses officiers, d’échanger des savoir-faire, et de maintenir une relation avec un partenaire qui ne conditionne pas son aide à des critères de gouvernance. Pour Moscou, il s’agit de montrer qu’elle peut être un acteur naval crédible dans le golfe de Guinée, une région stratégique pour le pétrole et le gaz.
Ce que les sources russes disent et ne disent pas
Les communiqués du ministère russe de la Défense sont factuels. Ils listent les rencontres, les activités, la manœuvre. Ils ne parlent pas de ventes d’armes, ni d’accords de défense, ni d’exercices de combat. Rien, dans les documents disponibles, ne permet d’affirmer que cette escale a donné lieu à des engagements opérationnels au-delà de la manœuvre de sortie de port.
Une source russe (360.ru) mentionnait en juillet 2026 la présence de cadets camerounais à bord du PEREKOP, aux côtés de stagiaires libyens et burundais. Nous n’avons pas pu confirmer que des cadets camerounais étaient à bord spécifiquement lors de l’escale de Douala. L’information est plausible mais non vérifiée.
Ce qui reste
Le PEREKOP a quitté Douala le 6 novembre et poursuit sa route vers l’Atlantique. Il doit rentrer en Russie avant la mi-décembre 2026. Son passage à Douala n’a duré que quelques jours. Mais dans le golfe de Guinée, les escales de ce type ne sont jamais neutres. Elles dessinent une carte.
La question n’est pas de savoir si la Russie est présente au Cameroun. Elle l’est. La question est de savoir ce que cette présence produit, et ce qu’elle coûte, en termes de souveraineté, d’équipements, et d’alignements stratégiques. Sur ce point, les communiqués russes restent silencieux. Et les autorités camerounaises aussi.
C’est quoi, le PEREKOP ?
Un navire-école de la flotte russe de la Baltique. Il sert à former des cadets. Il est parti de Russie en juillet 2026 pour un long périple de 30 000 milles marins. Il est passé par Douala début novembre.
Qu’est-ce qu’il est venu faire à Douala ?
Officiellement : une escale de routine pour renforcer la coopération navale. Le commandement a rencontré les autorités militaires et civiles camerounaises. Des sessions de formation médicale ont été organisées. Un exercice de manœuvre a eu lieu avec un patrouilleur camerounais à la sortie du port.
C’est quoi, cet exercice avec le patrouilleur ?
Les sources russes parlent d’un « exercice de manœuvre conjointe » avec le patrouilleur « P-108 » de la marine camerounaise. Ce n’est pas un exercice de combat. C’est une manœuvre coordonnée, destinée à montrer que les deux marines peuvent opérer ensemble.
Est-ce que le Cameroun achète des armes à la Russie ?
Les documents disponibles ne mentionnent pas de contrat d’armement lié à cette escale. La coopération militaire entre Yaoundé et Moscou existe, mais elle n’est pas détaillée publiquement. Il faut se garder de conclure que cette escale est une opération commerciale.
Pourquoi la Russie s’intéresse-t-elle au Cameroun ?
Le Cameroun est un pays stratégique dans le golfe de Guinée. Il a une façade maritime, des ressources pétrolières et gazières, et une position stable par rapport à certains de ses voisins. Pour Moscou, c’est un point d’appui potentiel dans une région où la présence occidentale (France, États-Unis) reste forte.
Est-ce que les autorités camerounaises ont commenté ?
Nous n’avons pas trouvé de communiqué officiel camerounais sur cette escale. Les sources disponibles sont russes. C’est une limite que nous signalons.