L'officier de police de 2e grade Stève Obam a disparu le 5 novembre 2026 dans les eaux de la rivière Bangué, à Yokadouma, en poursuivant des consommateurs de chanvre indien. Son corps a été retrouvé quatre jours plus tard. Une fin tragique, et des questions sans réponse sur les circonstances exactes de la noyade.

Yokadouma, jeudi 4 novembre, 11 heures

Le commissariat est à quelques encablures du fleuve. Ce jour-là, l'officier de police de 2e grade Stève Obam et ses collègues décident d'aller « indisposer » les fumeurs de chanvre indien. L'expression est celle du terrain. Elle désigne une opération de contrôle, menée sans mandat, dans un lieu connu de tous à Yokadouma : « le terre », un espace où les consommateurs se retrouvent régulièrement.

Les policiers arrivent. Les joints s'allument à peine. C'est la débandade.

Les fumeurs foncent vers la rivière Bangué et plongent. Stève Obam les suit. Il entre dans l'eau. Il avance. Puis il disparaît.

Ses collègues arrêtent les recherches à ce moment-là. La Bangué est redoutée localement pour ses courants. Ce n'est pas une légende : le fleuve est large, profond par endroits, et les crues le rendent imprévisible.

Le corps de Stève Obam a été retrouvé quatre jours plus tard, le dimanche 8 novembre 2026.

La Bangué, ce fleuve dont on ne revient pas toujours

Yokadouma est drainée par plusieurs cours d'eau. La Boumba, la Bek, la Medoum, la Bangué, la Mempoé, la Djoué, la Ngoko. Toutes font partie du quotidien des habitants. Mais la Bangué a une réputation.

Sur les rives, on raconte les noyades. On raconte les courants qui surprennent. On raconte ceux qui ont plongé et qui ne sont pas remontés. Ce n'est pas une histoire de superstition. C'est une histoire de géographie. La rivière traverse une zone de forêt équatoriale, avec des variations de débit qui peuvent être brutales.

Un habitant de Yokadouma, joint par téléphone, résume : « Ici, on sait que la Bangué peut te prendre. Mais quand on poursuit quelqu'un, on ne pense pas à ça sur le moment. »

Quatre jours de recherches, et un marabout

Les recherches ont duré quatre jours. Les populations se sont mobilisées, munies de lampes, sur les rives de la Bangué, pour tenter de retrouver le corps. La famille a été informée. L'attente a commencé.

Selon les informations relayées dans la presse locale, un marabout sollicité par la famille est intervenu la veille de la découverte, avec des incantations destinées à demander aux esprits de restituer le corps. Nous n'avons pas pu confirmer cette information de manière indépendante. Elle est rapportée telle quelle, sans que nous puissions en vérifier les détails.

Ce que l'on sait, c'est que le corps a été retrouvé le dimanche 8 novembre 2026. Les causes exactes du décès n'ont pas été communiquées. Une autopsie aurait été ordonnée, mais nous n'avons pas obtenu de confirmation officielle à ce stade.

L'opération anti-chanvre, un contexte tendu

L'opération du 5 novembre n'était pas la première à Yokadouma. En septembre 2026, la compagnie de gendarmerie de la localité avait mené une intervention contre une plantation de chanvre indien dans le village de Massea, à environ 70 km de la ville. Sept sacs de cannabis, une arme artisanale et dix munitions de calibre 12 avaient été saisis. Six personnes avaient été interpellées.

La lutte contre le chanvre indien est une priorité affichée dans la région de l'Est. Mais elle se heurte à une réalité : les consommateurs ne sont pas toujours des trafiquants. Ce sont parfois des jeunes du quartier, des habitués du « terre », qui fuient dès qu'ils voient un uniforme. Et qui plongent dans le fleuve.

La question, à Yokadouma, est simple : fallait-il poursuivre des fumeurs jusque dans une rivière dangereuse ? La police n'a pas communiqué sur les consignes données ce jour-là. Nous n'avons pas pu joindre le commissaire central de Yokadouma.

Stève Obam, un nom et un silence

Stève Obam était officier de police de 2e grade. Il exerçait à Yokadouma. Il est mort en service, en poursuivant des individus qui tentaient d'échapper à une interpellation.

Les hommages ont afflué sur les réseaux sociaux. La Police nationale a présenté ses condoléances à sa famille, à ses proches et à ses collègues. Mais au-delà des messages de circonstance, peu d'informations ont filtré sur les circonstances exactes de sa mort.

Une enquête a-t-elle été ouverte ? Une autopsie a-t-elle été réalisée ? Les fumeurs poursuivis ont-ils été identifiés et interpellés par la suite ? 

Ce qui reste, après le corps

Le corps de Stève Obam a été retrouvé. C'est une fin. Ce n'est pas une réponse.

La Bangué a rendu l'officier. Elle n'a pas rendu les circonstances. Ni les responsabilités. Ni les leçons.

À Yokadouma, les habitants connaissent le fleuve. Ils savent qu'il peut tuer. Ils savent aussi que les opérations anti-chanvre continueront, que les fumeurs fuiront encore, et que d'autres policiers pourraient se retrouver au bord de l'eau, face à un choix qui ne devrait pas être un choix.

Une question, désormais, flotte sur la ville : combien de Stève Obam faudra-t-il avant que les procédures d'interpellation ne soient repensées pour les zones fluviales ?

Nous n'avons pas la réponse. La police non plus, apparemment.


1. Qui était Stève Obam ?
Un officier de police de 2e grade en poste à Yokadouma, dans la région de l'Est du Cameroun. Il est mort en service le 5 novembre 2026.

2. Comment est-il mort ?
Il a disparu dans les eaux de la rivière Bangué alors qu'il poursuivait des consommateurs de chanvre indien qui avaient plongé pour échapper à une interpellation. Son corps a été retrouvé quatre jours plus tard. Les causes exactes du décès n'ont pas été communiquées.

3. Pourquoi poursuivait-il des fumeurs de chanvre ?
C'était une opération de police contre des consommateurs de chanvre indien, dans un lieu connu à Yokadouma sous le nom de « le terre ». Les policiers sont intervenus, les fumeurs ont fui vers le fleuve.

4. La rivière Bangué est-elle vraiment dangereuse ?
Oui. Elle est connue localement pour ses courants, notamment en période de crue. Ce n'est pas la première fois qu'elle est le théâtre de noyades.

5. Y a-t-il une enquête ?
Nous n'avons pas obtenu de confirmation. Le commissariat de Yokadouma et la délégation régionale de la police de l'Est n'ont pas répondu à nos questions. Aucune information publique n'a été diffusée sur une éventuelle enquête administrative ou judiciaire.

6. Et le marabout ?
Selon la presse locale, un marabout sollicité par la famille serait intervenu la veille de la découverte du corps. Cette information n'a pas pu être vérifiée indépendamment. Nous la rapportons avec prudence.

7. Les fumeurs ont-ils été arrêtés ?
Aucune information n'a été communiquée à ce sujet. On ne sait pas combien ils étaient, ni s'ils ont été identifiés ou interpellés après les faits.