Richard Makon : « Le gouvernement le plus incompétent »
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Cameroun - Richard Makon : « Le gouvernement le plus incompétent »

Richard Makon qualifie le gouvernement camerounais de « plus incompétent de l’histoire ». Décryptage de ses accusations, des chiffres de la pauvreté et de la colère des populations.

C’est une déclaration qui fait l’effet d’une bombe dans le paysage politique camerounais. Richard Makon, docteur en droit public et enseignant-chercheur à l’Université de Douala, n’a pas mâché ses mots : le gouvernement actuel serait « le plus incompétent de toute l’histoire du Cameroun ». Derrière cette charge frontale, des chiffres. Des données officielles. Un constat que l’universitaire juge accablant. Mais au-delà de la polémique, une question brûle : ces accusations sont-elles fondées ? Que disent réellement les statistiques de l’Institut national de la statistique ? Et surtout, que vivent les populations du Nord, de l’Extrême-Nord et du Nord-Ouest ? Plongée dans un réquisitoire qui secoue la toile camerounaise.

Richard Makon, un universitaire qui ne mâche pas ses mots

Richard Makon n’est pas un inconnu dans le paysage médiatique camerounais. Docteur en droit public, enseignant-chercheur à l’Université de Douala, juriste-conseil spécialiste du droit international des investissements, expert en gouvernance, démocratie et leadership, il intervient régulièrement sur les plateaux de Canal 2 International et dans la presse écrite. Ses analyses, souvent tranchées, ne laissent personne indifférent.

C’est sur les réseaux sociaux et dans des médias  que l’universitaire a asséné sa charge. « Notre Gouvernement n’est pas à la hauteur de sa mission », écrit-il. Avant d’enfoncer le clou : « Le Cameroun a l’un des gouvernements les plus incompétents de l’histoire du monde ».

Un réquisitoire en quatre points

Pour étayer son analyse, Richard Makon énumère une série de griefs : effondrement industriel, exode massif des jeunes, endettement record, et pauvreté galopante dans les régions du Nord.

L’effondrement industriel. Makon affirme que « notre industrie s’est littéralement effondrée ». Les chiffres lui donnent raison : le secteur secondaire ne représente plus que 25 % du PIB, et la production pétrolière est passée de 180 000 barils/jour en 1985 à environ 58 000 barils/jour en 2024. L’incendie de la raffinerie SONARA en 2019 a porté un coup dur à la souveraineté énergétique du pays.

L’exode des jeunes. « L’exil des Camerounais est devenu la seule bouée de sauvetage ». Une enquête Afrobarometer de 2024 révèle que 51 % des jeunes Camerounais ont envisagé d’émigrer. La diaspora est aujourd’hui estimée à environ 6 millions de personnes, soit près d’un cinquième de la population. Les transferts de fonds ont atteint 652 milliards de FCFA en 2026 une preuve que l’exil n’est pas seulement une fuite, mais aussi une bouée de survie économique pour les familles restées au pays.

L’endettement record. La dette publique du Cameroun atteignait 15 416 milliards de FCFA (environ 27,5 milliards USD) à fin mars 2026, en hausse de 6 % sur un an. La notation souveraine du pays a été dégradée à « B » avec perspective négative par Fitch.

La pauvreté dans le viseur

C’est sur la question de la pauvreté que Makon est le plus incisif. Il affirme que le taux de pauvreté dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord et du Nord-Ouest approche aujourd’hui les 75 %. Une analyse qui s’appuie sur les données officielles de l’INS.

Selon la cinquième Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 5) réalisée en 2022, le taux de pauvreté national s’établissait à 37,7 %, soit environ 10,1 millions de personnes vivant avec moins de 813 FCFA par jour. Mais les disparités régionales sont vertigineuses :

- Extrême-Nord : 69,2 % de pauvreté la région la plus pauvre du pays.
- Nord-Ouest : 66,8 % désormais la deuxième région la plus pauvre.
- Nord : 61,1 %.

« Les régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest, du Nord, de l’Adamaoua et de l’Est sont les plus pauvres, avec des niveaux de pauvreté supérieurs à la moyenne nationale ». L’Extrême-Nord affiche un taux de pauvreté chronique allant jusqu’à 69,4 % dans le département du Mayo-Danay.

Makon va plus loin : il estime que ces chiffres, déjà alarmants, ont continué de se dégrader depuis 2022. Les causes sont multiples : enclavement géographique, déficit d’infrastructures de base, insécurité persistante, chocs climatiques répétés. Les inondations extrêmes dans le Mayo-Danay et le Diamaré ont dévasté des centaines de kilomètres de rizières, touchant 459 000 personnes.

« Un système de médiocrité »

Au-delà des chiffres, Makon dénonce ce qu’il appelle un « système de médiocrité ». « On préfère les médiocres parce que les médiocres se contentent de se taire et de participer à leur système de rente et de dépravation qui est totalement organisé. On ne veut pas des personnes qui peuvent critiquer et qui peuvent dire que ça ne va pas ».

Dans une tribune publiée sur ses réseaux sociaux, l’universitaire écrit : « Notre plus grand drame est que notre pays, le Cameroun, n’a jamais eu de dirigeants (ou alors trop peu) à la hauteur de sa grandeur, de sa valeur et de son importance ! Le reste n’est que conséquences en réalité ».

Il fustige ceux qui défendent « le gouvernement en place, le plus médiocre de l’histoire du monde en passant ». Et d’ajouter, dans une métaphore choc : « Un poisson élevé dans un aquarium ne peut jamais rêver d’océan ». Des propos qui, sans surprise, ont déclenché un débat passionné sur les réseaux sociaux.

Le contexte politique : un régime contesté

Les critiques de Makon s’inscrivent dans un contexte politique tendu. Paul Biya, 93 ans, a entamé son huitième mandat après une élection contestée en octobre 2025, qui a fait au moins 16 morts selon les données officielles. Plus de 70 % des Camerounais ont moins de 35 ans ils sont nés sous le même président.

En avril 2026, le Parlement a rétabli la fonction de vice-président, une mesure que l’opposition a dénoncée comme un moyen de consolider le contrôle du chef de l’État. L’opposition accuse régulièrement le gouvernement d’être « en mode autopilote », Biya déléguant la gouvernance à des proches lors de ses fréquents séjours à l’étranger. Le président est récemment rentré à Yaoundé après une absence de plus de dix semaines à Genève.

« L’incompétence n’est pas une fatalité »

La phrase qui résume le mieux la pensée de Makon : « L’incompétence n’est pourtant pas une fatalité ». Pour l’universitaire, le Cameroun peut et doit faire mieux. « Les États ont besoin de dirigeants qui ont une grande idée de leurs pays ». Un appel au sursaut national qui résonne comme un défi.

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