Silence présidentiel au Cameroun : qui pour rassurer le peuple ?
CAMEROUN :: POINT DE VUE

Silence présidentiel au Cameroun : qui pour rassurer le peuple ?

Silence présidentiel au Cameroun : Paul Biya absent depuis 56 jours, le peuple inquiet. Vacance du pouvoir, rumeurs, déclarations officielles. Qui pour rassurer la nation ?

56 jours d'absence, zéro image, zéro déclaration : le silence présidentiel plonge le Cameroun dans une inquiétude inédite. Et si la question n'était plus « Où est Biya ? » mais « Qui pour rassurer le peuple ? »

Le président Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe ». Il n'est toujours pas rentré. Cela fait désormais 56 jours deux mois que le chef de l'État camerounais, âgé de 93 ans, a disparu des radars. Aucune image. Aucune déclaration. Aucun bulletin de santé. Rien.

Dans les quartiers de Douala comme dans les salons feutrés de Yaoundé, sur les réseaux sociaux comme dans les débats citoyens, une même question revient, lancinante, obsédante : qui pour rassurer le peuple ?

Le 2 août 2026, le gouvernement a enfin brisé le silence. Mais ses mots « le président est en vie », « il n'y a aucune vacance du pouvoir », « il revient bientôt » ont-ils vraiment apaisé les cœurs ? Ou n'ont-ils fait qu'alimenter un doute plus profond ?

Le Cameroun retient son souffle. Et dans ce vide présidentiel, une nation entière cherche des repères.

Une absence record qui interroge

Parti de Yaoundé le 7 juin en compagnie de son épouse Chantal, Paul Biya devait effectuer un séjour de deux semaines à Genève. Mi-juillet, il y était toujours. Ce 3 août, le président camerounais détient désormais le record de la plus longue absence de son règne.

Pendant 56 jours, le chef de l'État n'est apparu ni en public ni en image officielle. Les seuls signes de vie émanaient du Cabinet civil de la présidence, qui publiait des messages de félicitations à des homologues étrangers Emmanuel Macron pour le 14 juillet, le président du Monténégro. Des formalités protocolaires. Rien qui ne puisse rassurer un peuple.

« Le Lion n'est pas parti » : la communication du RDPC face au vide

Face à l'inquiétude grandissante, le parti au pouvoir a tenté de rassurer. Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC, écrivait le 15 juillet dans L'Action : « Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti ».

Mais les mots d'un responsable politique suffisent-ils à combler l'absence de parole présidentielle ? Dans les rues de Yaoundé, le doute persiste. « Pourquoi avoir faussé le jeu électoral pour aller passer des semaines et des semaines hors de notre pays ? » interroge Roger Justin Noah, secrétaire national à la communication du MRC. « S'il se trouve qu'il a des problèmes de santé, le peuple camerounais a le droit d'en être informé ».

Le gouvernement sort du silence mais pour dire quoi ?

Le dimanche 2 août 2026, après près de deux mois d'attente, le gouvernement a enfin parlé. Au micro de RFI, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a martelé : « Le président est en vie. Il n'y a aucune vacance du pouvoir ! »

Interrogé sur la date du retour, le ministre est resté évasif : « Je ne peux pas vous dire avec exactitude quand est-ce que le président Paul Biya revient. [...] Je peux au moins me permettre de vous dire qu'il revient très bientôt ».

« Très bientôt » une formule qui, dans la bouche d'un gouvernement qui avait gardé le silence pendant 56 jours, ressemble davantage à une promesse qu'à une certitude.

Le trou noir constitutionnel

Cette situation révèle une faille béante dans l'architecture institutionnelle camerounaise. Aucun texte ne fixe une durée maximale d'absence du chef de l'État hors du territoire. Seuls le décès, la démission ou « l'empêchement définitif » peuvent déclencher la procédure de vacance.

Pire : la révision constitutionnelle d'avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président, censé assurer la continuité de l'État. Mais ce poste demeure vacant. Aucun successeur désigné.

« Si une vacance du pouvoir survenait aujourd'hui, le Cameroun se retrouverait dans un vide juridique ».

La dimension humaine : un peuple en quête de repères

Au-delà de l'analyse politique, c'est une dimension plus profonde qui affleure : celle de la confiance. Dans un pays où il est illégal de discuter de la santé du président, le silence officiel nourrit les rumeurs. Et les rumeurs, dans une société en quête de sens, se transforment en angoisse collective.

Sur les réseaux sociaux, les spéculations vont bon train. Certains évoquent une hospitalisation dans une clinique genevoise. D'autres, plus alarmistes, parlent de décès une rumeur que le gouvernement avait déjà dû démentir en 2024.

« Une population peut par affectivité ressentir le besoin de savoir ce qui arrive à son dirigeant », admet Benoit Ndong Soumeth, ministre chargé de mission à la Présidence. Une reconnaissance implicite que l'absence de transparence a un coût psychologique.

Et maintenant ?

Le gouvernement a parlé. Mais a-t-il vraiment rassuré ? « Le président est en vie » est une affirmation minimale. « Il revient bientôt » est une promesse sans date.

L'opposition, elle, continue de réclamer des comptes. Le débat sur la vacance du pouvoir n'est pas clos. La question de la succession que Paul Biya n'a jamais organisée devient chaque jour plus pressante.

Une certitude : le Cameroun, après 56 jours de silence présidentiel, a besoin de plus qu'un communiqué. Il a besoin de clarté, de transparence, d'un souffle nouveau pour apaiser les cœurs et redonner espoir à une nation en quête de repères.

Alors, qui aura le courage de parler et de rassurer le peuple camerounais ?

Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp 

Lire aussi dans la rubrique POINT DE VUE

Les + récents

partenaire

canal de vie

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo


L'actualité en vidéo