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© Camer.be : Paul Moutila
- 03 Aug 2026 10:29:55
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Cameroun - RDPC en danger : un magistrat met Biya en garde
Michel Ange Angouing, ancien ministre et magistrat hors hiérarchie, met en garde contre l'implosion du RDPC et lance un appel aux proches de Paul Biya : « Dites-lui la vérité ». Décryptage.
« Ceux qui ont le privilège de chuchoter à l'oreille du président doivent lui dire des informations vraies » l'ancien ministre Michel Ange Angouing sonne l'alarme face à la crise qui fragilise le RDPC.
> « Ceux qui ont l'honneur et le privilège de chuchoter au creux des précieuses oreilles du président de la République, chef de l'Etat et président national du RDPC, doivent porter à sa connaissance des informations vraies, pertinentes et authentiques. C'est un devoir de fidélité, de loyauté et de responsabilité républicaine. »
Cette phrase, lourde de sens, est signée d'un homme qui connaît l'appareil d'État sur le bout des doigts. Un magistrat hors hiérarchie. Un ancien ministre. Un militant historique du RDPC. Et surtout, un homme qui refuse de se taire alors que le parti des flammes vacille.
L'implosion du RDPC : une crise annoncée
Le RDPC n'a jamais été conçu pour exister par lui-même. C'est son paradoxe fondateur. Et c'est son drame actuel.
Pendant quarante-trois ans, le parti au pouvoir n'a pas gouverné. Il a accompagné. Il n'a pas décidé. Il a amplifié. Il n'a pas anticipé. Il a suivi. Chaque réforme venait d'ailleurs. Chaque élection était annoncée par la présidence. Chaque orientation politique descendait du sommet vers les délégations régionales, qui la relayaient sans la discuter.
Le RDPC était la courroie de transmission d'un homme pas l'instrument collectif d'un projet.
Et soudain, cet homme est à Genève. Silencieux. Sans date de retour connue. Et le RDPC se retrouve face à la question pour laquelle il n'a jamais été conçu : que fait-on quand le chef ne donne plus d'instructions ?
Michel Ange Angouing, une voix qui compte
Né à Abong-Mbang, dans la région de l'Est, Michel Ange Angouing n'est pas un opposant. C'est un homme du système, un produit de l'appareil d'État, un militant RDPC de la première heure. Ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative pendant six ans sous Philémon Yang, il est aujourd'hui conseiller technique au ministère de la Justice.
Quand un tel homme parle, les murs du palais tremblent.
Dans une tribune exclusive, l'ancien ministre a tranché le débat entre René Emmanuel Sadi et Jacques Fame Ndongo sur la candidature de Paul Biya, tout en livrant un diagnostic sans complaisance sur l'état du parti au pouvoir. Loin des circonvolutions diplomatiques habituelles, le magistrat hors hiérarchie a posé crûment la question qui traverse les rangs du RDPC.
« Le peuple veut sentir son chef »
« La sortie du ministre de la communication, René Emmanuel Sadi, ne met nullement en cause les dispositions statutaires du parti sur le candidat du RDPC à l'élection présidentielle. Loin s'en faut », écrit Angouing.
Mais il enfonce le clou : « La sortie du ministre Fame Ndongo peut par contre donner l'impression qu'il y a une cacophonie au niveau du sommet et justifier les inquiétudes ou les tergiversations actuelles des militants de base ».
Pour l'ancien ministre, la vérité est implacable : « Les militants du RDPC et les populations ont besoin de leur chef. Ils veulent le sentir, le toucher. Ils attendent de lui des actes forts qui indiquent incontestablement sa présence effective au poste ».
« Le peuple a donné sa confiance à Paul Biya. Au moment où ce même peuple, et davantage les militants du RDPC, est appelé à le plébisciter, quoi de plus normal que de demander à être rassuré, en temps réel, sur sa candidature et sur la conduite sereine des affaires de la République ? »
L'absence qui fragilise tout
Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour ce qui avait été présenté par la Présidence comme un « court séjour privé en Europe ». Plus de cinquante jours plus tard, il est toujours en Suisse.
Le 21 juillet 2026, Jacques Fame Ndongo, ministre d'État et secrétaire national à la communication du RDPC, a tenté d'éteindre la controverse : « Il n'y a aucune vacance de pouvoir au sommet de l'État ». Le ministre d'État a même qualifié les interrogations de « barbarisme juridique ».
Mais plutôt que de l'éteindre, la controverse est repartie de plus belle. L'opposition, par la voix du MRC, s'amuse du « Cameroun qui serait devenu le premier pays au monde gouverné en télétravail clandestin ».
« Fidélité, loyauté et responsabilité républicaine »
C'est dans ce contexte que Michel Ange Angouing a adressé son message à l'entourage présidentiel. Un message qui résonne comme un avertissement.
« Ceux qui ont l'honneur et le privilège de chuchoter au creux des précieuses oreilles du président de la République doivent porter à sa connaissance des informations vraies, pertinentes et authentiques. »
L'ancien ministre ne parle pas au hasard. Il sait que le président Biya, âgé de 93 ans, est entouré de conseillers, de collaborateurs, de « chuchoteurs » qui filtrent l'information. Et il craint que ces derniers ne trahissent leur devoir.
« C'est un devoir de fidélité, de loyauté et de responsabilité républicaine », martèle-t-il.
Une crise existentielle
Le RDPC traverse aujourd'hui une crise existentielle. L'élection présidentielle d'octobre 2025 a fragilisé Jean Nkuete, le secrétaire général du Comité central, dont l'avenir à la tête du parti est ouvertement mis en cause.
Le 15 juillet 2026, Jean Nkuete a pris la parole devant les cadres du parti réunis au Palais des Congrès. Le thème du séminaire ? Maintenir la cohésion interne et éviter la fragmentation des réseaux du parti.
Mais les signes de fébrilité se multiplient. La prorogation des mandats des députés et conseillers municipaux, d'abord prévue jusqu'en mars 2026, a déjà été perçue comme un signe de faiblesse. La réintroduction du poste de vice-président dans la Constitution en avril 2026, alors que le poste demeure vacant, agite les spéculations sur la succession.
La question qui fâche
« Ne faisons pas dans la langue de bois », écrit Angouing. « Les soubresauts actuels inquiètent sérieusement. »
Pour lui, une seule solution : que le président reprenne la main. « Le président de la République, son excellence Paul Biya, mandataire du peuple, détient encore tous les leviers pour que notre pays, que nous aimons tous, reste debout. Le peuple veut sentir son chef qu'il aime tant. Et c'est légitime ».
L'ancien ministre sait que le temps presse. Dans une récente sortie, il avait déjà appelé à la modestie et au patriotisme : « Nos cimetières et nos prisons sont remplis des hommes de pouvoir, les prétendus immortels, les fortunés comme les pauvres ». « Il ne sert donc à rien de rouler les mécaniques. Nous sommes tous logés dans la même enseigne ».
Ce que révèle l'alerte d'Angouing
L'intervention de Michel Ange Angouing révèle plusieurs vérités que l'appareil du RDPC préférerait taire.
Première vérité : l'information ne remonte plus jusqu'au président. L'entourage, par calcul ou par peur, filtre ce qui arrive aux « précieuses oreilles » de Paul Biya.
Deuxième vérité : la base militante est en proie au désarroi. Les cadres du parti, comme l'a montré l'épisode Sadi/Fame Ndongo, ne parlent plus d'une seule voix.
Troisième vérité : le RDPC n'a jamais été préparé à l'après-Biya. Et cette absence de préparation, combinée à l'absence prolongée du président, transforme une fragilité structurelle en crise ouverte.
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