Paul Biya en vie : le gouvernement sort du silence après 56 jours d'absence
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Cameroun - Paul Biya en vie : le gouvernement sort du silence après 56 jours d'absence

Après 56 jours d'absence et de rumeurs, le gouvernement camerounais brise le silence : Paul Biya est « en vie » et son retour est « imminent ». Mais les questions demeurent.

Le silence s'effondre : 56 jours d'attente brisés par une déclaration

Cinquante-six jours. C'est le temps qu'il aura fallu au gouvernement camerounais pour sortir de son mutisme. Cinquante-six jours durant lesquels un pays tout entier retenait son souffle, scrutant l'horizon, guettant le moindre signe de vie d'un président devenu invisible.

Ce dimanche 2 août 2026, sur les ondes de RFI, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a mis fin à ce silence pesant. « Le président est en vie », a-t-il martelé. « Il n'y a aucune vacance du pouvoir ».

Une déclaration qui ressemble à une délivrance, mais qui soulève autant de questions qu'elle n'en apaise.

Paul Biya, le Lion de l'Afrique : 93 ans et 43 ans de pouvoir

Pour comprendre l'ampleur de l'événement, il faut mesurer le personnage. Paul Biya, 93 ans, est le doyen des chefs d'État en exercice dans le monde. Il dirige le Cameroun depuis 1982 – quarante-trois années de pouvoir ininterrompu. Quarante-trois années à incarner, pour certains, la stabilité ; pour d'autres, l'immobilisme.

Le 7 juin 2026, il quitte Yaoundé en compagnie de son épouse pour ce qui est présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Un séjour qui, contre toute attente, s'éternise. Jour après jour, semaine après semaine, le silence s'installe – et avec lui, les rumeurs.

Un vide médiatique inquiétant

Que s'est-il passé pendant ces 56 jours ? Officiellement, pas grand-chose. L'activité de la présidence s'est limitée à la signature de quelques décrets militaires et à l'envoi de télégrammes officiels. Sur les réseaux sociaux du cabinet civil, des messages de félicitations à Emmanuel Macron pour la fête nationale française, le 14 juillet.

Mais aucune image du président. Aucune déclaration. Aucune apparition publique. Juste un vide – un vide que les spéculations se sont empressées de combler.

« 50 jours, c'est trop ! », s'exclame le quotidien Le Messager en première page. « Parti du Cameroun le 7 juin dernier en compagnie de son épouse, pour un séjour privé en Europe, Paul Biya a déjà passé 50 jours hors du territoire national, déplore le quotidien de Douala, laissant un pays en panne, un gouvernement impotent et le peuple souverain dans le stress et l'incertitude du lendemain ».

« Le Lion n'est pas parti » : la communication présidentielle à l'épreuve

Face aux rumeurs, le parti présidentiel a tenté de rassurer. « Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti », affirmait Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC, dans un éditorial du journal L'Action le 15 juillet.

Mais les déclarations d'un responsable du parti ne suffisaient pas à calmer les esprits. L'opposition, elle, a haussé le ton. Jean-Michel Nintcheu, député de l'opposition, a officiellement appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir.

L'UDC, parti d'opposition, a estimé que « la stabilité d'une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions ». Et de pointer l'absence de vice-président, poste non pourvu depuis la révision constitutionnelle d'avril 2026.

René Emmanuel Sadi répond : « Le président est en vie »

C'est dans ce climat de tension que René Emmanuel Sadi a pris la parole. Une interview exclusive accordée à RFI, ce dimanche 2 août.

Ses mots sont pesés, précis. Il écarte d'abord toute vacance du pouvoir. « Les figures de l'opposition qui réclament à cor et à cri une constatation de la vacance du pouvoir à la tête de l'État devraient, me semble-t-il, avoir une lecture de la Loi fondamentale qui soit plus rigoureuse et plus objective », déclare-t-il.

Il rappelle ensuite l'évidence constitutionnelle : le Conseil constitutionnel ne s'est pas prononcé sur une vacance du pouvoir. « Le président Paul Biya est en vie. Le président Paul Biya n'a pas démissionné ».

Reste la question qui fâche : quand revient-il ? « Je ne peux pas vous dire avec exactitude quand est-ce que le président Paul Biya revient. Et même si je le savais, il ne m'appartient pas de l'annoncer ici ». Mais il lâche une promesse : « Je peux au moins me permettre de vous dire qu'il revient très bientôt ».

Un séjour historique qui dépasse les précédents

Cette absence est inédite. Elle dépasse déjà celle de l'automne 2024, où le président était resté 42 jours hors du pays. En quarante-trois ans au pouvoir, Paul Biya aurait passé environ 2 600 jours à l'étranger – près de sept années. Un record absolu des séjours privés des chefs d'État africains.

Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, une partie du clan présidentiel, dont des membres de sa famille, se trouverait actuellement en Suisse. Une information non confirmée par les autorités camerounaises, mais qui nourrit les interrogations.

Vacance du pouvoir : que dit la Constitution ?

La question juridique est au cœur du débat. Un député de l'opposition a demandé au Conseil constitutionnel de constater la vacance du pouvoir. Certains analystes estiment qu'au-delà de 45 jours, le Conseil constitutionnel devrait se saisir de la question.

Mais la réalité juridique est plus nuancée. La Constitution camerounaise ne fixe aucune limite de temps concernant les séjours du président à l'étranger. « Aucun texte ne légifère sur la durée d'absence du chef de l'État hors du territoire national », rappelle l'UDC.

Le gouvernement camerounais s'abrite derrière ce vide juridique. Et l'opposition dénonce un « vide institutionnel ».

Un pays en suspens

Le Cameroun attend. Les Camerounais attendent. Sur les réseaux sociaux, les réactions sont vives. Certains expriment leur soulagement, d'autres leur incrédulité. « Paul Biya, c'est le président de la République le plus chanceux au monde. Il est libre de faire ce qu'il veut, comme et quand il le veut, sans aucune conséquence », commente un internaute.

« 50 jours d'absence : un nouveau record pour Paul Biya, et son séjour le plus long à l'étranger. De quoi alimenter les rumeurs sur l'état de santé ».

L'annonce du retour « imminent » du président suffira-t-elle à apaiser les débats ? Rien n'est moins sûr. L'absence de date précise, le flou entretenu sur les raisons de ce séjour prolongé – tout cela pourrait, au contraire, relancer les demandes de transparence.

La question de l'après-Biya

Au-delà de l'immédiateté, c'est une question plus profonde qui se pose : celle de la succession. À 93 ans, Paul Biya incarne un régime. Mais pour combien de temps encore ?

« La question de l'après-Biya ne dépend plus seulement de rumeurs sur sa santé, avec un président de 93 ans absent depuis sept semaines », écrit RFI. Une évidence que beaucoup préfèrent taire, mais qui s'impose désormais à tous.

L'UDC appelle à « l'ouverture d'un chantier institutionnel pour encadrer les absences prolongées du chef de l'État ». Une demande qui, sous couvert de transparence, pose la question de la gouvernance après Biya.

Ce que nous ne savons pas

Malgré la déclaration du gouvernement, plusieurs zones d'ombre persistent :

- Où se trouve précisément Paul Biya ? En Suisse, selon Jeune Afrique. Mais aucune confirmation officielle.
- Quelle est la nature exacte de son séjour ? Présenté comme « privé », mais la durée et les circonstances interpellent.
- Quand reviendra-t-il exactement ? « Très bientôt », dit le ministre. Une promesse, pas une date.
- Quel est son état de santé ? Le ministre affirme qu'il est « en vie ». Rien de plus.

La déclaration du gouvernement suffira-t-elle ?

L'exercice de communication du gouvernement était périlleux. Trop tardif, il a laissé les rumeurs prospérer. Trop vague, il risque de ne pas convaincre.

Pourtant, René Emmanuel Sadi a tenu ses positions. Il a répondu aux critiques, rappelé les fondamentaux constitutionnels, et promis un retour.

Mais dans un pays où l'information est rare et le pouvoir personnalisé, les mots d'un ministre ne pèsent parfois pas lourd face au silence d'un président.

En attendant le retour…

Le Cameroun retient son souffle. L'annonce du retour imminent de Paul Biya est désormais très attendue. Elle mettra fin, espère-t-on, à deux mois d'incertitude.

Mais au-delà de ce retour, c'est une question plus large qui se profile : celle de la gouvernance d'un pays dont le chef de l'État, à 93 ans, s'absente régulièrement et longtemps.

« La stabilité d'une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions », rappelle l'UDC. Une leçon que le gouvernement camerounais aurait peut-être intérêt à méditer.

En attendant, les Camerounais attendent. Ils attendent leur président. Ils attendent des réponses. Ils attendent, surtout, de voir si le « Lion » va vraiment rugir à nouveau.

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