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© Camer.be : Paul Moutila
- 02 Aug 2026 00:53:21
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Cameroun : Tchiroma rejette la succession dynastique
Issa Tchiroma Bakary, depuis son exil en Gambie, prévient : Paul Biya ne pourra pas transmettre le pouvoir à son fils Franck. Il revendique toujours sa victoire à la présidentielle 2025.
Le président du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), réfugié en Gambie depuis novembre 2025, durcit le ton. Dans une interview accordée à MMI, il met en garde contre toute tentative de succession dynastique et réaffirme sa revendication de victoire à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
« Nous n’accepterons pas cela. » Depuis son exil doré de Banjul, Issa Tchiroma Bakary, 78 ans, ne désarme pas. Ancien ministre de Paul Biya devenu son plus farouche opposant, il martèle son message : le président, 92 ans, ne pourra pas désigner son fils Franck comme successeur. À ses yeux, la révision constitutionnelle d’avril 2026, qui a réintroduit le poste de vice-président, n’est qu’une manœuvre pour verrouiller une transition dynastique. Mais Tchiroma, qui revendique toujours plus de 80 % des voix à la présidentielle de 2025, promet une résistance populaire. La bataille pour l’après-Biya est déjà lancée.
Un opposant qui ne renonce pas
Issa Tchiroma Bakary n’a jamais reconnu sa défaite. Le 12 octobre 2025, le Conseil constitutionnel camerounais a proclamé Paul Biya réélu avec 53,66 % des suffrages, devant Tchiroma, crédité de 35,19 %. Mais l’ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle (2019-2025) a immédiatement dénoncé des fraudes massives.
Il a quitté le Cameroun le 7 novembre 2025, après une évasion rocambolesque via le Nigeria, pour trouver refuge en Gambie. Depuis, il bénéficie d’un traitement de faveur : une garde rapprochée, un protocole comparable à celui d’un chef d’État. Une hospitalité que le président Adama Barrow justifie par des « raisons humanitaires ».
« Biya ne désignera pas son fils »
C’est dans ce contexte que Tchiroma Bakary a accordé une interview à MMI, la plateforme de la journaliste Mimi Mefo Newuh. Il y a lancé un avertissement solennel :
« Le président Paul Biya ne sera pas autorisé à transmettre le pouvoir à son fils, Franck Biya, ou à un proche associé. Les Camerounais rejetteraient toute tentative de succession dynastique. Nous ne l’accepterons pas. »
Ces propos font écho aux craintes grandissantes au sein de l’opposition et d’une partie de la société civile. Depuis la révision constitutionnelle d’avril 2026, qui a réintroduit le poste de vice-président, les spéculations sur une succession dynastique se sont intensifiées.
Franck Biya, un successeur potentiel très contesté
Franck Emmanuel Biya, 54 ans, fils aîné de Paul Biya, est au cœur des polémiques. En avril 2026, des rumeurs ont circulé sur sa nomination comme vice-président, avant d’être démenties par les autorités.
Mais le fils du président est régulièrement présenté comme le successeur naturel. Une campagne discrète est menée en sa faveur dans les couloirs du pouvoir. En face, la Première dame, Chantal Biya, soutiendrait plutôt Ferdinand Ngoh Ngoh, le Secrétaire général de la présidence depuis quatorze ans.
« Franck Biya, âgé de 54 ans, fait l’objet d’une campagne discrète pour le promouvoir dans les couloirs du pouvoir, tandis que Chantal Biya soutient Ferdinand Ngoh Ngoh », confirme l’institut Timbuktu.
La revendication de victoire : 80 % des voix
Tchiroma Bakary ne s’arrête pas là. Il réitère sa revendication : il aurait remporté l’élection présidentielle avec plus de 80 % des voix. Une affirmation que le Conseil constitutionnel a rejetée, mais que l’opposant continue de marteler.
« Ma victoire est indéniable », avait-il déclaré en octobre 2025. Selon lui, les résultats officiels ne reflètent pas la volonté populaire. « Le FSNC a été classé deuxième à la présidentielle, mais nous savons que nous avons gagné », affirment ses partisans.
Un exil qui n’empêche pas l’action politique
Malgré son éloignement, Tchiroma Bakary reste actif. Il a appelé l’armée camerounaise à « prendre ses responsabilités » pour organiser son retour au pays. Il a même annoncé son intention de célébrer la fête nationale militaire du 14 août en tant que « chef de l’État et commandant en chef des armées ».
Mais il doit composer avec les contraintes de l’exil. « Je ne peux pas tenir des propos révolutionnaires depuis la Gambie, par respect pour la souveraineté de mon pays hôte », a-t-il reconnu. Une réserve diplomatique qui n’empêche pas les messages forts.
Une succession qui divise le régime
Au-delà des déclarations de Tchiroma, la question de la succession divise profondément le régime camerounais. L’absence prolongée de Paul Biya depuis le 7 juin 2026 56 jours à ce jour a ravivé les spéculations.
Le poste de vice-président, réintroduit dans la Constitution en avril 2026, demeure vacant. Une situation qui crée un vide juridique, selon plusieurs observateurs. « Si une vacance du pouvoir survenait aujourd’hui, le Cameroun se retrouverait dans un vide juridique », s’alarme un média.
Que peut faire Tchiroma depuis l’exil ?
Les moyens d’action de Tchiroma Bakary sont limités. Mais son influence ne se réduit pas à sa présence physique. Il reste une figure de rassemblement pour une partie de l’opposition et de la diaspora.
« Si j’accède au pouvoir, je veillerai personnellement à ce que tous les Camerounais vivant en exil puissent rentrer au pays en toute sécurité », a-t-il promis. Un message qui résonne auprès des exilés politiques camerounais, nombreux en Europe et en Amérique du Nord.
Un avertissement ou une prophétie ?
Tchiroma Bakary prévient : le peuple camerounais ne se laissera pas imposer une succession dynastique. Mais le régime, lui, semble avancer sur ce chemin. La révision constitutionnelle, la création du poste de vice-président, la promotion discrète de Franck Biya… tous les signaux sont au vert pour une transmission du pouvoir au sein de la famille Biya.
Reste à savoir si Tchiroma Bakary, depuis son exil gambien, parviendra à mobiliser suffisamment de forces pour faire échec à ce projet. L’avertissement est lancé. La suite appartient aux Camerounais.
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