Bulles papales : l'Église a justifié l'esclavage
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Vatican - Bulles papales : l'Église a justifié l'esclavage

Dum Diversas, Romanus Pontifex, Inter Caetera : trois bulles papales ont justifié la colonisation. Le Vatican s'est excusé. L'Afrique attend des réparations.

Dum Diversas (1452), Romanus Pontifex (1455), Inter Caetera (1493) : trois bulles papales ont fourni la justification morale de la traite des esclaves et de la colonisation. En 2023, le Vatican s'excuse. Mais l'Afrique attend des réparations.

Avant les armes, avant les chaînes, il y avait une plume à Rome. Cette plume a cédé l'Afrique. En 1452, le pape Nicolas V autorisait l'esclavage perpétuel des « païens ». Cinq cent soixante et onze ans plus tard, le Vatican s'excuse.

Mais des excuses suffisent-elles ? L'Afrique perd encore 88,6 milliards de dollars par an en flux financiers illicites. Les terres volées, le travail spolié, la valeur extraite : les dommages persistent.

L'Église catholique doit passer de la répudiation aux réparations. Et elle le peut, car elle possède une autorité morale unique. Voici pourquoi et comment.

Bulles papales et réparations : le Vatican face à l'histoire

La plume qui a cédé l'Afrique

En 1452, le pape Nicolas V promulgue Dum Diversas. Il accorde au roi Afonso V du Portugal « le pouvoir libre et illimité d'envahir, de rechercher, de capturer, de vaincre et de soumettre tous les Sarrasins et païens […] et de réduire ces personnes à l'esclavage perpétuel ».

La théologie devient loi. La loi devient profit. En 1455, Romanus Pontifex étend ce droit à l'Espagne. En 1493, Inter Caetera divise le monde entre l'Espagne et le Portugal, offrant les terres non chrétiennes à la merci des conquérants.

Ensemble, ces trois bulles constituent le moteur juridique et moral de la « doctrine de la découverte », de la traite transatlantique et de 500 ans de colonisation. Elles ont été qualifiées de « droit international du colonialisme ».

Des bulles papales à la doctrine de la découverte

La doctrine de la découverte est une notion raciste selon laquelle les Européens avaient un droit divin de s'emparer des terres des peuples autochtones. Cette doctrine a justifié non seulement l'esclavage, mais aussi la spoliation des terres, la destruction des cultures et l'exploitation économique.

Le 30 mars 2023, le Vatican a officiellement répudié ces bulles. Il a reconnu trois erreurs :
- Ces bulles ne font pas partie de l'enseignement catholique.
- Elles ont été instrumentalisées à des fins politiques pour justifier des atrocités.
- Elles n'ont pas pris en compte les droits et la dignité des peuples autochtones.

Le pape François a présenté des excuses. Mais des excuses sans réparation ne font qu'aggraver la blessure, comme l'a souligné la CARICOM.

La répudiation : une première étape, pas une fin

La déclaration du Vatican a son importance. Mais une déclaration ne rend pas les terres volées. Elle ne reconstruit pas les économies spoliées. Elle ne rémunère pas le travail volé.

Selon la CNUCED, l'Afrique perd plus de 88,6 milliards de dollars par an en flux financiers illicites. C'est plus du double de ce qu'elle reçoit en aide et en investissements étrangers. Ces flux sont alimentés par des pratiques commerciales déloyales, la fausse facturation et le transfert des bénéfices par des multinationales opérant dans des juridictions occidentales.

L'Église africaine appelle à la décolonisation

La 19e Assemblée plénière du SECAM (2022) a souligné que l'Église africaine avait besoin d'autonomie et de s'émanciper de l'aide étrangère. Un appel à la décolonisation de la religion, de ses structures et des mentalités.

L'Église catholique en Afrique n'est pas l'ennemie. Elle a elle-même souffert de la colonisation. Des millions de catholiques africains ont été victimes de ces décrets. Aujourd'hui, l'Église gère le plus grand réseau d'écoles et d'hôpitaux du continent.

Pourquoi l'Église doit aller plus loin

L'Église dispose d'une autorité morale unique que ne possèdent ni les États ni les ONG. Elle peut s'aventurer là où les politiciens n'osent pas aller.

Le pape François, au Canada en 2022, a déploré la « mentalité colonisatrice » de l'Église et ses effets « catastrophiques » sur les peuples autochtones. Il a imploré le pardon.

En Afrique, l'Église doit faire de même. Et elle doit passer à l'action.

Neuf étapes de la répudiation aux réparations

Pour l'Église, les réparations doivent signifier :

Réparations matérielles :
1. Soutenir les initiatives de restitution et de justice réparatrice.
2. Défendre l'annulation de la dette illégitime.
3. Investir dans l'industrie manufacturière africaine.
4. Restituer les objets d'art volés.
5. Financer des programmes de développement communautaire avec les diocèses africains.

Réparations morales et structurelles :
6. Enseigner cette histoire dans les écoles catholiques.
7. Ouvrir les archives du Vatican pour documenter le rôle exact de l'Église dans la traite des esclaves.
8. Décoloniser l'Église africaine : promouvoir le clergé africain aux postes de direction, et élire un pape noir.
9. Soutenir l'inculturation : intégrer les traditions africaines à la liturgie.

Une invitation, pas une attaque

Cet article n'est pas une attaque contre l'Église, mais une invitation. Une invitation à prendre les devants.

En 1452, par la plume, l'Afrique a été cédée. L'Église utilisera-t-elle désormais la plume pour la récupérer ?

La libération économique de l'Afrique ne se gagnera pas par de simples excuses. Elle ne sera acquise que lorsque l'Église passera de la répudiation aux réparations et à la restitution.

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