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© Camer.be : Paul Moutila
- 24 Aug 2026 14:29:58
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États-Unis : l'offensive financière ultime contre l'Iran est lancée
Washington lance la plus grande offensive financière de l'histoire contre l'Iran. Mais après 47 ans de sanctions, Téhéran tient toujours. L'arme économique peut-elle vraiment faire céder le régime ?
Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, a promis dans le Financial Times « la plus vaste offensive financière jamais lancée contre un ennemi ». Mais après près d'un demi-siècle de sanctions, l'Iran résiste. Et si l'arme économique avait ses limites ?
Le 24 août 2026, Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, a signé dans le Financial Times une tribune qui a fait l'effet d'une bombe. « À l'aube commence un D-Day économique », écrit-il, « la plus grande offensive financière jamais déployée contre un adversaire ».
L'objectif est sans ambiguïté : « sever every economic lifeline that sustains the tyrannical regime until Tehran stands alone ». Donald Trump, sur Truth Social, a renchéri en menaçant de « conséquences économiques énormes » tout pays qui continuerait à commercer avec l'Iran.
Mais cette déclaration de guerre économique soulève une question fondamentale : après 47 ans de sanctions, l'Iran peut-il vraiment être contraint à capituler ? L'offensive financière est-elle une arme de victoire stratégique ou un aveu d'impuissance ?
Une offensive d'une ampleur inédite
Scott Bessent ne mâche pas ses mots. Dans son interview à CNBC, il a déclaré : « We are going to collapse this regime. You are either with us or against us ». Le secrétaire au Trésor a promis « les sanctions les plus dures de l'histoire » contre l'Iran, dans le cadre d'une stratégie qu'il qualifie de « one-two punch » : blocus naval et sanctions financières.
L'administration Trump, qui a déjà sanctionné plus de 1 000 personnes, navires et aéronefs liés à l'Iran depuis février 2025, entend désormais « écraser l'économie de ce régime meurtrier ». Les pays qui continueront à faire affaire avec Téhéran qu'il s'agisse de transferts d'argent, d'achats de pétrole ou de transport maritime seront menacés de sanctions américaines.
« C'est le plus grand isolement économique coordonné de l'histoire du monde », a martelé Bessent.
L'Iran, un survivant des sanctions
Mais l'Iran n'en est pas à son coup d'essai. Depuis la prise d'otages de l'ambassade américaine en novembre 1979, Téhéran vit sous le régime des sanctions. Quatre décennies plus tard, le régime est toujours debout.
Certes, les dégâts sont considérables. L'inflation a dépassé les 40 % en 2025. Le rial n'a jamais été aussi faible. Les prix des produits de première nécessité ont augmenté de 60 % en moyenne sur les douze mois précédant février 2026, et les prix alimentaires ont doublé. La Banque mondiale prévoit une contraction de 5,4 % de l'économie iranienne en 2026, avec une inflation atteignant 69 %.
Pourtant, l'effondrement tant espéré par Washington ne s'est pas produit. L'Iran a développé ce que les économistes appellent une « économie de résilience aux sanctions ». Et surtout, il a su tisser des alliances qui changent la donne.
Le tournant stratégique : Chine, Russie et BRICS
L'Iran d'aujourd'hui n'est plus celui des années 1980. Durant la guerre Iran-Irak, Téhéran était largement isolé. Aujourd'hui, il dispose de relais économiques majeurs.
La Chine et la Russie, toutes deux sous sanctions américaines à des degrés divers, ont tout intérêt à maintenir leurs relations commerciales avec Téhéran. Pékin a d'ailleurs réaffirmé son opposition aux nouvelles sanctions américaines. Les trois pays développent des mécanismes alternatifs pour contourner le système financier occidental : corridors de transport comme l'International North-South Transport Corridor (INSTC), transactions en monnaies locales, et le BRICS Bridge, une plateforme financière destinée à échapper au dollar.
L'Iran, membre des BRICS, cherche à élargir ses accès de financement en dehors du système occidental. La Russie, de son côté, soutient financièrement la modernisation des ports iraniens de la mer Caspienne.
Comme le souligne une analyse, « l'Iran dispose de relations économiques beaucoup plus étroites avec la Chine et la Russie, de débouchés pétroliers et de réseaux commerciaux permettant de contourner une partie de la pression occidentale ». Un constat que même les stratèges américains peinent à contester.
Le contraste avec l'Irak : une leçon d'histoire
Pour comprendre les limites de l'offensive financière, il faut regarder du côté de l'Irak. Après l'invasion du Koweït en 1990, Bagdad a été soumis à un embargo international extrêmement sévère. Le programme « pétrole contre nourriture », instauré en 1995, ne représentait qu'une brèche limitée dans un système de sanctions qui a dévasté l'économie irakienne.
Pourtant, l'Irak de Saddam Hussein a tenu pendant plus de treize ans avant l'invasion de 2003. Et surtout, la capitulation n'est pas venue des sanctions, mais des armes.
L'Iran, lui, n'a jamais connu une situation comparable à celle de l'Irak conduisant à l'effondrement de son État. La différence ? Une économie plus diversifiée, des réseaux de contournement plus solides et, surtout, des alliés de poids.
Ce que l'offensive financière révèle
L'offensive de Bessent intervient dans un contexte particulier. Comme le rappelle la BBC, « in April, the US launched a wave of sanctions on foreign banks and firms doing business with Tehran after it became apparent military operations had not led to the overthrow of Iran's regime nor its surrender ».
L'option militaire a échoué. L'option diplomatique piétine. L'offensive financière est donc le dernier recours. Mais si elle échoue elle aussi, la question deviendra embarrassante pour Washington.
Car les sanctions peuvent affaiblir une économie sans nécessairement faire capituler le régime qui la dirige. Comme le souligne l'analyse d'EBFDS, un échec de cette offensive « ne démontrerait pas que les sanctions sont inutiles... Il démontrerait quelque chose de plus important : qu'une puissance peut réussir à appauvrir et affaiblir durablement un adversaire sans réussir à le contraindre à capituler ».
Les scénarios possibles
L'offensive financière, combinée au blocus naval, provoque une pénurie physique de biens en Iran, une crise économique sans précédent et, finalement, une implosion du régime ou une capitulation stratégique.
Malgré la pression maximale, l'Iran conserve son État, son appareil militaire et sa capacité à peser sur les flux énergétiques mondiaux via le détroit d'Ormuz. La Chine et la Russie continuent de soutenir Téhéran, rendant l'isolement incomplet.
L'Iran est affaibli mais pas vaincu. Les sanctions créent des souffrances économiques massives pour la population iranienne déjà confrontée à une inflation de 69 % sans pour autant contraindre le régime à changer de comportement. La communauté internationale est divisée, et Washington se retrouve dans une impasse stratégique.
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