« Dimako, Est-Cameroun. Une restauratrice de 41 ans interpellée près d’un sac contenant des restes humains. Elle dit avoir attendu de la viande. L’enquête, elle, continue. »

Toungrélo, près de Dimako, région de l’Est. Le renseignement est arrivé anonyme, mais jugé digne de foi. Les gendarmes de la brigade de Dimako ont monté un dispositif d’embuscade dans la zone signalée. L’opération a abouti à l’interpellation d’une femme de 41 ans, Télia Sandrine, le 2 octobre 2026. Elle se trouvait au pied d’un arbre, à proximité d’un sac. Dans le sac, une dépouille humaine en état de décomposition avancée.

La suite, rapportée tient en quelques éléments que l’enquête devra démêler.

« Elle pensait transporter de la viande bovine »

Interrogée sur le contenu du sac, la suspecte a livré une explication qui a laissé les enquêteurs perplexes. Selon ses déclarations, elle avait rendez-vous avec des individus qui lui proposaient de la viande destinée à son activité de restauration. Le conducteur de mototaxi qui l’accompagnait se serait momentanément éloigné, promettant de revenir. Elle aurait alors décidé de s’assoupir sur place, près du colis.

Des déclarations qui restent à vérifier. Aucun procès-verbal officiel n’a été rendu public à ce stade. Nous n’avons pas pu joindre l’avocat de la suspecte, ni obtenir la confirmation de ses propos par une source judiciaire.

Une chose est établie : la brigade de gendarmerie de Dimako a conduit l’opération, sous l’autorité du capitaine Bidja Bidja Martial, commandant de la compagnie de gendarmerie d’Abong-Mbang. Et plusieurs complices présumés sont en fuite.

Le détail qui change la lecture de l’affaire

À son domicile, la perquisition a permis de découvrir un béret de gendarmerie.

L’objet, à lui seul, ne prouve rien. Il peut avoir été acheté, trouvé, volé. Mais dans une affaire de trafic présumé d’ossements, sa présence chez une civile soulève une question que les enquêteurs devront trancher : d’où vient ce béret, et pourquoi se trouvait-il là ?

Le capitaine Bidja Bidja Martial a confirmé la fuite de plusieurs complices présumés. Télia Sandrine a par ailleurs été conduite sur un lieu d’exhumation pour permettre aux enquêteurs de procéder à des vérifications.

Un précédent local, jamais prouvé

Télia Sandrine n’est pas une inconnue à Dimako. Elle est connue au carrefour de la ville pour son activité de restauration.

Elle aurait déjà été soupçonnée, il y a environ cinq ans, de commercialiser de la viande humaine. Ces accusations n’avaient alors pas été étayées par des éléments probants. Elles n’ont jamais donné lieu à une condamnation publique.

Aujourd’hui, la même suspicion resurgit, sous une forme différente. Et la question que pose cette affaire n’est pas seulement celle de la culpabilité d’une femme. C’est celle d’un commerce.

L’Est-Cameroun, terre de trafic d’ossements

L’affaire de Dimako n’est pas un incident isolé dans la région de l’Est.

Le 22 septembre 2026, à Bétaré Oya, dans le département du Lom-et-Djérem, un contrôle mixte de gendarmerie et de police a intercepté un véhicule de transport clandestin. Dans un sac à dos noir, les forces de l’ordre ont découvert 76 éléments présentés comme des restes humains. Un suspect a été interpellé, puis deux autres les jours suivants, dont un homme né à Dimako.

Quelques semaines plus tard, les 20 et 21 octobre 2026, deux individus ont été arrêtés à Yokadouma, également dans l’Est, pour leur implication présumée dans un trafic d’ossements humains destinés à être vendus à Yokadouma et à Bertoua.

Plus près de nous encore : le 10 octobre, deux frères de 28 et 31 ans ont été appréhendés à Yaoundé, au quartier Ngousso, alors qu’ils cherchaient un acheteur pour un sac d’ossements. Ils en demandaient trois millions de francs CFA.

Le commandant de la compagnie de gendarmerie de Bertoua, Mvetimbi Albert Axel, coordonne plusieurs de ces enquêtes. Le colonel Nnoko Ndige Divine en supervise certaines. La région de l’Est est devenue, pour les services de sécurité, un territoire de trafic qu’ils connaissent mais ne parviennent pas encore à endiguer.

Ce que l’affaire de Dimako ne dit pas encore

Nous avons cherché à savoir si Télia Sandrine agissait seule, si le réseau de Dimako est lié à ceux de Bétaré Oya et de Yokadouma, et ce que le béret de gendarmerie faisait à son domicile. Aucune de ces questions n’a reçu de réponse officielle à ce jour.

Le parquet n’a pas communiqué sur les chefs d’accusation retenus. L’enquête se poursuit. Les complices présumés sont toujours recherchés.

Une restauratrice de 41 ans est sous les verrous. Un sac a été saisi. Des ossements sont entre les mains des enquêteurs. Le reste appartient à la procédure.

La question que personne ne pose

Dans les affaires de trafic d’ossements, il y a ceux qui exhument, ceux qui transportent, ceux qui vendent. Et il y a ceux qui achètent.

La demande, elle, ne fait jamais la Une. Elle existe pourtant. Des acheteurs, à Bertoua, à Yaoundé, dans d’autres villes du pays, paient pour des restes humains. Tant que cette demande restera invisible dans le débat public, les filières auront un marché.

L’affaire de Dimako ne résoudra pas cette question. Mais elle oblige à la poser.


Qu’est-ce qui s’est passé à Dimako ?

Une femme de 41 ans, restauratrice, a été interpellée le 2 octobre 2026 près du village de Toungrélo, avec un sac contenant des restes humains. Elle dit qu’elle attendait de la viande. L’enquête est en cours.

Qui est la suspecte ?

Elle s’appelle Télia Sandrine, 41 ans. Elle est connue à Dimako pour son activité de restauration. Elle aurait déjà été soupçonnée, il y a cinq ans, de vendre de la viande humaine, mais rien n’avait été prouvé.

Pourquoi un béret de gendarmerie chez elle ?

C’est l’une des questions de l’enquête. Le béret a été retrouvé lors de la perquisition. Son origine et les raisons de sa présence n’ont pas été expliquées publiquement.

Y a-t-il d’autres personnes impliquées ?

Oui. Le capitaine Bidja Bidja Martial, commandant de la compagnie de gendarmerie d’Abong-Mbang, a confirmé que plusieurs complices présumés sont en fuite.

La suspecte a-t-elle été conduite sur les lieux ?

Oui. Elle a été emmenée sur un lieu d’exhumation pour permettre aux enquêteurs de faire des vérifications.

Est-ce que c’est un cas isolé ?

Non. La région de l’Est connaît plusieurs affaires de trafic d’ossements : Bétaré Oya en septembre, Yokadouma en octobre, Yaoundé-Ngousso en octobre. Dimako s’inscrit dans cette série.

Qu’est-ce que la suspecte risque ?

Les chefs d’accusation n’ont pas été rendus publics. L’enquête devra établir les responsabilités. Le parquet n’a pas communiqué.

Que peuvent faire les habitants ?

Signaler tout comportement suspect à la brigade de gendarmerie locale. Ne pas relayer les rumeurs. Laisser l’enquête suivre son cours.