Patrick Mengue est libre. Condamné à six mois pour un commentaire Facebook, il a passé plus de cinq mois à Kondengui. Récit d’une affaire qui interroge la liberté d’expression au Cameroun.
Onze mots publiés sous une nécrologie ont suffi à envoyer Patrick Mengue derrière les murs de Kondengui. Ce samedi 24 octobre, il est sorti. L’affaire, elle, ne se referme pas.
Patrick Mengue a retrouvé la liberté ce samedi 24 octobre 2026, après six mois de prison ferme purgés à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé. Il était détenu depuis le 24 avril pour un commentaire publié sur Facebook le 11 avril, sous une publication annonçant la mort de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat.
Onze mots.
Une phrase qu’il dit avoir écrite comme une prière. Une phrase que la justice camerounaise a lue comme une menace contre le président Paul Biya. Entre les deux interprétations, il y a un téléphone confisqué, une amende de 28 000 FCFA, et six mois de la vie d’un homme de 30 ans.
Ce samedi, il est sorti. Mais ce qui s’est joué dans cette affaire dépasse le sort d’un seul internaute.
D’un commentaire Facebook à Kondengui : la chronologie d’une affaire qui a divisé
Le 11 avril 2026, le Cameroun apprend la mort de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat, à 92 ans. Les hommages officiels affluent. Sur Facebook, les réactions se multiplient sous les publications des médias.
Patrick Mengue, lui, ne publie pas un statut. Il commente. Sous une publication relayant la nouvelle, il écrit : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ».
Pour ses avocats, c’est une prière personnelle, maladroite peut-être, mais sans cible politique explicite. Pour les enquêteurs de la Sécurité militaire (SEMIL), c’est une allusion au chef de l’État, Paul Biya, que le commentaire ne nomme jamais.
Deux jours plus tard, le 13 avril, Patrick Mengue est interpellé à Yaoundé. Il est placé en détention provisoire le 24 avril. Le dossier démarre par une arrestation. Les preuves, elles, seront cherchées après. C’est du moins ce que dénonce la défense.
Un procès sous tension, une condamnation à six mois ferme
Le 27 juillet 2026, le tribunal de première instance de Yaoundé centre administratif rend son verdict : six mois d’emprisonnement ferme pour « outrage au président de la République ». S’y ajoutent une amende de 28 000 FCFA, 15 000 FCFA de dépens, et la confiscation du téléphone ayant servi à publier le commentaire.
Me Batam Nkolong, l’un des conseils de Patrick Mengue, n’a pas mâché ses mots à la sortie du tribunal. Il a dénoncé une justice qui n’aurait « pas été indépendante », et une inversion du processus judiciaire : « On a arrêté mon client, on l’a jeté en prison, et c’est maintenant qu’on cherche désespérément les preuves pour l’accuser », a-t-il déclaré lors d’une audience précédente.
La défense a aussi soulevé une irrégularité de procédure : l’interpellation par un organe militaire, la SEMIL, normalement incompétent pour un civil. Et dix jours de disparition entre le 13 et le 23 avril, sans présentation à un magistrat, au mépris du délai légal de 48 heures.
Interrogé par la presse, l’avocat international Christian Bomo Ntimbane a résumé le malaise : « Souhaiter la mort au président de la République est une infraction qui n’existe pratiquement pas dans les pays démocratiques du monde », a-t-il estimé, après trente ans de pratique.
Samuel Hiram Iyodi : « Sa place n’est pas en prison »
La condamnation n’est pas restée dans les murs du tribunal. Samuel Hiram Iyodi, opposant et candidat à la présidentielle de 2025, a pris position publiquement. Pour lui, la décision « n’honore pas la démocratie » camerounaise, et la place de Patrick Mengue « n’est pas en prison ».
D’autres voix, moins médiatisées, se sont élevées. Des défenseurs des droits de l’homme ont vu dans ce dossier un signal envoyé à tous ceux qui critiquent le pouvoir en ligne. Une vingtaine de cas similaires auraient été traités par la justice camerounaise depuis le début de l’année 2026, selon plusieurs sources judiciaires citées par la presse locale. Ce chiffre n’a pas été confirmé par une source officielle.
Ce que la libération ne règle pas
Patrick Mengue est sorti le 24 octobre, sa peine arrivant à son terme. Il a purgé six mois, moins les cinq mois et quelques jours de détention provisoire déjà effectués. Le décompte exact n’a pas été communiqué par l’administration pénitentiaire.
Mais sa libération ne clôt pas le débat. Elle le déplace.
La question n’est pas de savoir si Patrick Mengue a écrit ces onze mots. Il ne l’a jamais nié. La question est de savoir ce que ces mots voulaient dire, et qui a le pouvoir de le décider. Un juge. Une brigade militaire. Un algorithme qui a signalé le commentaire. Ou l’auteur lui-même, qui affirme n’avoir visé personne.
Au Cameroun, l’outrage au chef de l’État reste un délit dont l’application donne une large marge d’interprétation aux juges. La loi est floue. Son usage, lui, est précis : il vise des propos tenus en ligne, souvent anonymes, parfois maladroits, toujours interprétés.
Ce qui attend Patrick Mengue, et ce qui attend le Cameroun
À sa sortie, Patrick Mengue n’a pas pris la parole publiquement. Nous n’avons pas pu le joindre, ni ses avocats, dans les heures qui ont suivi sa libération. Le parquet n’avait pas publié de communiqué au moment d’écrire ces lignes.
Reste une question, que le quartier de Kondengui connaît bien : combien d’autres Patrick Mengue attendent leur 24 octobre ?
La réponse n’est pas dans le dossier judiciaire. Elle est dans la manière dont le Cameroun décidera, ou non, de regarder en face ce que signifie condamner un homme pour onze mots.
Pourquoi Patrick Mengue a-t-il été condamné ?
Il a été condamné à six mois de prison ferme pour « outrage au président de la République », après un commentaire Facebook publié le 11 avril 2026 sous une publication annonçant la mort de Marcel Niat Njifenji. La justice a estimé que le commentaire visait indirectement Paul Biya.
Quand Patrick Mengue est-il sorti de prison ?
Il a recouvré la liberté le samedi 24 octobre 2026, à l’issue de sa peine de six mois ferme. Il était détenu à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé.
Qu’a-t-il écrit exactement ?
Le commentaire était : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ». Ses avocats ont affirmé qu’il s’agissait d’une prière personnelle, sans lien avec la politique.
L’affaire est-elle terminée ?
La peine est purgée. Mais un recours devant la cour d’appel du Centre avait été annoncé par la défense avant la libération. Le statut de ce recours n’était pas connu au moment de la publication.