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© Camer.be : Toto Jacques
- 24 Aug 2026 10:20:28
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Moody's alerte sur une « transition chaotique » au Cameroun
Moody's maintient le Cameroun à Caa1 avec perspective stable. Dette à 45% du PIB, risque politique, croissance revue à 3,4% : décryptage complet de la notation 2026.
Le 21 août 2026, Moody's a confirmé la note souveraine du Cameroun à « Caa1 », assortie d'une perspective « stable ». Derrière cette stabilité de façade, l'agence américaine dresse le portrait d'un pays sous tension : liquidités tendues, dette publique en hausse, risque politique persistant et croissance revue à la baisse.
Le 21 août 2026, Moody's Ratings a bouclé son examen périodique de la notation souveraine du Cameroun. Résultat : pas de changement. Le pays reste noté Caa1, avec une perspective stable. Une stabilité qui, pourtant, ne rassure pas.
Derrière ce statu quo, l'agence américaine pointe trois fragilités majeures : des liquidités tendues, une dette publique qui atteindra 45 % du PIB en 2026, et un risque politique que Moody's qualifie sans détour de « possible transition présidentielle chaotique ».
Alors que le Cameroun panse encore les plaies de ses fragilités économiques, cette notation la onzième sur l'échelle de Moody's, en territoire « hautement spéculatif » interroge : que signifie vraiment ce Caa1 pour le citoyen camerounais ? Et pourquoi l'agence, tout en maintenant sa note, alerte-t-elle sur une instabilité qui pourrait tout faire basculer ?
Caa1 : une note qui en dit long
Dans l'univers de la notation financière, Caa1 n'est pas un grade dont on s'enorgueillit. Pour Moody's, cette note correspond à une qualité de crédit jugée à « haut risque », en « quasi-défaut ». Le Cameroun se situe ainsi dans la catégorie « hautement spéculative » un classement qui rend l'emprunt plus coûteux pour l'État et, par ricochet, pour l'ensemble de l'économie nationale.
Pourtant, l'agence américaine a choisi de maintenir une perspective « stable » plutôt que de dégrader davantage le pays. Ce choix reflète un équilibre précaire : Moody's reconnaît une certaine résilience économique, mais prévient que les risques politiques, budgétaires et sécuritaires pourraient à tout moment faire basculer la balance.
Des liquidités sous tension
Premier signal d'alarme : les conditions de liquidité. Moody's souligne que la saturation du marché régional de la dette de la CEMAC complique sérieusement le financement du Cameroun. Les États de la sous-région se disputent des ressources de plus en plus rares, ce qui se traduit par une hausse des taux d'intérêt, une baisse des taux de souscription et un raccourcissement des échéances d'emprunt.
Le Cameroun a certes réussi à mobiliser environ la moitié de ses besoins de financement annuels estimés à 10 % du PIB d'ici fin juin 2026. Mais cette mobilisation s'est faite à un coût élevé, en raison d'un recours massif aux emprunts commerciaux. Une situation qui pèse lourdement sur les finances publiques.
La dette publique à 45 % du PIB
Deuxième alerte : la dette. Moody's prévoit que la dette publique atteindra 45 % du produit intérieur brut en 2026. Cette hausse s'explique notamment par la reprise par l'État des engagements de la société nationale d'électricité une entreprise publique dont la fragilité financière pèse désormais sur le bilan de l'État.
Fin mars 2026, l'encours total de la dette publique s'établissait déjà à 15 416 milliards de FCFA, soit 44,3 % du PIB, selon la Caisse Autonome d'Amortissement. Un niveau qui, bien que jugé encore « modéré » par Moody's, est préoccupant compte tenu de la faible capacité de mobilisation des recettes fiscales.
Le spectre d'une transition chaotique
Troisième signal, et non des moindres : le risque politique. Moody's est sans équivoque : « les risques politiques internes pèsent tout autant sur l'évaluation ». L'agence cite explicitement « une possible transition présidentielle chaotique, ainsi que l'instabilité persistante dans les régions anglophones et dans l'Extrême-Nord ».
Ces craintes persistent malgré la réforme constitutionnelle du 14 avril 2026, qui a rétabli la fonction de vice-président et instauré un mécanisme de succession automatique en cas de vacance du pouvoir. Problème : le poste de vice-président reste vacant à ce jour. Une vacance que Moody's considère comme une source d'incertitude majeure.
Comme le souligne New African, « les risques politiques, tels qu'une transition du pouvoir potentiellement chaotique, se sont accentués et ne devraient pas être atténués par la prochaine élection présidentielle ».
Des scores contrastés
Pour évaluer le Cameroun, Moody's utilise une grille de lecture à plusieurs dimensions :
- Solidité économique (ba3) : un équilibre précaire entre de faibles revenus, un secteur des hydrocarbures en déclin et une croissance résiliente mais inférieure à son potentiel. Malgré d'importantes ressources naturelles agriculture, hydroélectricité, mines ces secteurs demeurent largement sous-exploités.
- Solidité des institutions et gouvernance (caa1) : en baisse d'un cran par rapport au niveau « b3 » retenu lors de la précédente révision, ce score reflète de faibles performances aux indicateurs mondiaux de gouvernance et un historique récurrent d'arriérés de paiement.
- Solidité budgétaire (ba1) : portée par un endettement public encore jugé modéré, mais limitée par une faible capacité de génération de recettes et une exposition aux risques des entreprises publiques.
- Impact ESG (CIS-5) : le niveau le plus défavorable de l'échelle, témoignant d'une « influence négative significative des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance ».
Une croissance revue à la baisse
Conséquence directe de ces incertitudes : Moody's a ramené sa prévision de croissance pour 2026 à 3,4 %. Une décision fondée sur « des retards dans l'exécution budgétaire et dans les négociations avec le FMI pour un nouveau programme ».
Le déficit budgétaire, lui, devrait se creuser à 2,5 % du PIB, « sous l'effet de la hausse des coûts des subventions aux carburants liée à l'augmentation des prix du pétrole ». Une vulnérabilité qui rappelle la dépendance chronique du Cameroun aux hydrocarbures.
Les scénarios possibles
Une croissance meilleure que prévu, une diversification des sources de financement, une capacité durable à honorer les obligations extérieures et une réduction des arriérés intérieurs pourraient soutenir la note.
Une détérioration de l'accès aux liquidités compromettant le remboursement de la dette, des déficits plus élevés que prévu ou la concrétisation d'une transition politique chaotique pourraient entraîner une dégradation.
L'évaluation finale retenue par Moody's demeure d'ailleurs inférieure à la fourchette « B2-Caa1 » initialement anticipée par la méthodologie, en raison des retards de paiement de la dette intérieure et extérieure du pays.
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