Lecture d'une actualité sportive à la lumière d'une œuvre littéraire : L'Os de Mor Lam
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Cameroun - Lecture d'une actualité sportive à la lumière d'une œuvre littéraire : L'Os de Mor Lam

À toutes fins utiles. La présente tribune ne relève ni du règlement de comptes, ni de la polémique partisane. Elle est un exercice de lecture croisée. Une tentative de comprendre une actualité sportive brûlante à la lumière d'une œuvre littéraire qui a bercé l'enfance de toute une génération de Camerounais.

Nous avons choisi de convoquer la littérature, car elle dit souvent, mieux que les communiqués officiels, les ressorts profonds du pouvoir, du secret et de la responsabilité. Lorsque les faits comptables sont remplacés par des incantations, lorsque la preuve est remplacée par la victimisation, le conte devient plus éclairant que le droit.

C'est à cet exercice que nous nous livrons ici : lire l'affaire des 500 000 euros du match amical Cameroun-Russie à travers le prisme intemporel de L'Os de Mor Lam  de Birago Diop.

Que le lecteur y voie un appel à la raison, à la transparence et au simple bon sens : en matière de gestion publique, on ne raconte pas l'os. On le montre.

L'affaire des 500 000 euros du match amical Cameroun-Russie : Samuel Eto'o, notre Mor Lam contemporain

Il est des contes qui ne vieillissent jamais, parce qu'ils disent la nature humaine dans ce qu'elle a de plus constant.

Dans Les Contes d'Amadou Koumba,  Birago Diop nous offre l'histoire de Mor Lam. Un homme ordinaire qui, au retour d'une chasse mystérieuse, ramène un os prodigieux. Un os qui chante, un os qui parle, un os qui nourrit tout le village. Mais quand les anciens l'interrogent, quand les femmes et les enfants lui demandent : « Mor Lam, d'où vient cet os ? », l'homme se dérobe. Il parle de la forêt, il parle du vent, il parle de la jalousie de ses voisins. Il parle de tout, sauf de l'os.

Cette parabole n'est pas anodine pour nous, Camerounais.

Pour toute la génération des années 90, L'Os de Mor Lam a été étudié au collège et au lycée comme œuvre au programme de lecture suivie. Tout le monde connaît donc la fin de l'histoire.

Cette fable, apprise sur les bancs de l'école, semblait appartenir au folklore. Elle est devenue l'actualité la plus brûlante du football camerounais.

Aujourd'hui, notre Mor Lam s'appelle Samuel Eto'o Fils. L'os prodigieux, ce sont 500 000 euros. La chasse mystérieuse, c'est un match amical à Moscou en 2023 contre la Russie. Et le village qui demande des comptes, c'est tout le peuple camerounais.

Depuis que la presse internationale affirme que cette somme, versée par la Fédération russe de football, aurait transité par son compte personnel, l'ancien buteur, devenu président de la FECAFOOT, fait comme son ancêtre littéraire : il raconte tout, sauf l'essentiel.

Il convoque Gianni Infantino, il dénonce CNN, les médias étrangers, les individus tapis dans l'ombre, une cabale, un complot contre le football africain. Il convoque le monde entier.

Une seule chose manque à son récit : l'os.

Où est l'os, Président ?

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