CAMEROUN :: L’ancien camarade de Jean Mbouendé qui l’accompagnait souvent au comité directeur à Kumba, Ngounou :: CAMEROON
© Camer.be : Clément W. MBOUENDEU, Gardien de la Mémoire de Jean Mbouendé | 30 May 2026 04:46:44 | 642C'est ainsi que le village Banka en particulier et le département Bamileké en général vont enregistrer en 1959 un nombre incommensurable de victimes dans les rangs de vrais nationalistes et ailleurs.
Actions et mode opératoire
Il fallait absolument commettre des exactions pour mettre sur le dos des vrais nationalistes dans l’intention de diluer leur action en faveur de la souveraineté nationale.
Un fait précis à Banka en 1959 pourrait illustrer cette campagne de sabotage.
Il faudrait au préalable se souvenir que le chef Banka était classé parmi ceux qui soutenaient le nationalisme en secret et n’était pas le bien-aimé de l’administration dans ce sens.
Assassinat du catéchiste Et massacre de New-Town en 1959
Nitcheu Raphael, catéchiste à la mission catholique de Banka était son demi-frère et était également à la solde du pouvoir colonial.
C’est lui qui au lendemain des tristes évènements de mai 1955 avait initié une séance du Komdji (société secrète) pour solliciter la condamnation coutumière de Jean Mbouendé au cours de laquelle le chef Tientcheu a fait usage de stratagèmes à travers « la calebasse du chef » pour faire échec au complot et prier le Ciel d’accorder longévité au nationaliste, défenseur des causes justes, en anéantissant ses bourreaux.
Dans cette foulée du chaos créée et entretenue par le pouvoir colonial, Nitcheu Raphaël est assassiné en septembre 1959.
Le flou règne sur les commanditaires du meurtre.
La gendarmerie descend sur les lieux pour ouvrir une enquête. Les cartouches sont aperçues. Ses vêtements sont fouillés et dépouillés d’argent par les enquêteurs.
Le chef Banka demande à sécuriser ce pactole et obtient une fin de non-recevoir de la part de l’autorité qui l’emporte.
La dépouille est conduite chez lui ensuite et enterrée après quelques jours.
Immédiatement, le pouvoir colonial « suggère » au chef Banka, une mission militaire dans son village pour protéger les populations.
Redoutant un piège visant à massacrer les populations, le souverain décline l’offre et dit pouvoir plutôt organiser ses populations en auto-défense.
L’administration « concède 19 mais prépare immédiatement un gros coup. Il fait organiser une réunion sous le label de l’UPC et demande que les militants viennent nuitamment munis chacun d’une lampe allumée sur la tête pour les distinguer des terroristes. L’objectif étant d’identifier justement les vrais nationalistes pour les assassiner.
Ce qui est fait mais malheureusement cela a plutôt permis de mieux les localiser pour savoir qu’ils étaient de vrais nationalistes, et au lieu de les protéger, les militaires sont venus les zigouiller. C'était horrible. C’est ce qui est appelé le massacre de New-Town, un quartier favorable au nationalisme. On dénombre de centaines de morts.
De sa cachette, sous son baobab de Kékem, Jean Mbouendé a réagi en faisant parvenir aux militants de la subdivision de Bafang une correspondance datée du 22 novembre 1959 les enjoignant d’arrêter de se réunir et de mettre fin à la perception des souscriptions, et leur demander de se protéger en trouvant refuge dans les champs jusqu’à l’avènement de l’indépendance car « la panthère s’était désormais revêtue de la peau d'agneau ». Cette panthère étant l’UPC factice, instrumentalisée par le pouvoir colonial.
Voilà pourquoi les villages ont été désertés. Le but étant d’éviter un bain de sang car l’objectif des revendications visait l’indépendance et plus de dignité et non le mépris et la tuerie des hommes.
Cette circulaire, faite en sept exemplaires suivant les destinataires chargés de les véhiculer (Djitick Emile, Deumatcha Casimir, Ditchi Mbépouleu, Youmbi Raphaël, Namaga Thomas, Wako Francois, Nguelou Joseph) signalait que Jean Mbouendé écrivait depuis « son vrai faux exil de Bondji Tombel » dans le Cameroun occidental. Que l’histoire retienne la date : 22 novembre 1959.
Une frange de l’UPC fantoche (union des paysans du Cameroun) de Michel Njiné etait dirigée à Bafang par Yeugong Bonaventure et jouait à merveille son rôle de diversion.
À côté, d’autres groupes dirigés Par l’ANLK de Singap Martin, nationaliste retourné, qui contrôlait la subdivision de Bafang, de Dschang et Momo Paul, un autre nationaliste retourné, qui couvrait Bafoussam, Mbouda et Bangangté.
Leurs états-majors étaient installés respectivement à Fomopéa et à Tonga.
Leur représentant local était Ngounou Etienne, organisateur départemental de la section Bamileké de l’ALNK, ancien homme de main de Jean Mbouendé et membre fondateur de l’UPC ayant fait défection pour rejoindre la branche paramilitaire.
Les membres étaient recrutés dans la population naïve qui pensait œuvrer en faveur de la souveraineté nationale.
L’administration coloniale leur avait promis le pouvoir au cas où ils parvenaient à leur fin, à savoir détruire le mouvement nationaliste authentique.
Ils sont derrière l’assassinat du chef Banfeko, Datchoua Marcel, connu pour son penchant nationaliste.
Ils ont enlevé une de ses épouses pour servir d’appât et quand il est allé la réclamer, ils l’ont abattu.
Ils se sont emparés du chef Banka Tientcheu Michel, nationaliste connu et l’ont conduit à Fondatie.
Quand il a appris le ralliement de Jean Mbouendé en fin mai 1960, après la proclamation de l’indépendance, il a envoyé un de ses notables s’assurer de l’authenticité de l’information.
Celui-ci l’a rencontré et Jean Mbouendé lui a dressé un laisser-passer qui devait permettre au chef de revenir en sécurité à la vie normale.
Sur le chemin de retour, ce notable manifestait la joie d’avoir revu le nationaliste et brandissait en chantant le document reçu en direction du souverain, ce groupe l’a assassiné entre Bandja et Fondjomakwet et a conduit le chef Banka à Dschang où il ne sera libéré que quelques temps après par les éléments de l’armée camerounaise installés à Bafang en remplacement des troupes françaises à la demande de Jean Mbouendé.
Il n’a eu assurément la vie sauve que parce qu’il s’était replié en brousse sans épouse. Il en aurait pris une avec lui que les membres de ces groupes l’auraient assassiné pour s’emparer d’elle comme c’était de coutume pour eux.
Toujours en 1959, ils ont enlevé une des épouses de Jean Mbouendé Moukam dont on est sans nouvelle jusqu’aujourd’hui.
Il est important de signaler que l’ancien camarade de Jean Mbouendé qui l’accompagnait souvent au comité directeur à Kumba, Ngounou Étienne a fini par faire défection et a rejoint le groupe de Singap Martin en représentant la subdivision de Bafang à l'état-major.
Ils l’ont utilisé pour infiltrer le refuge de Jean Mbouendé à Kambo-Kékem dans le but de s’assurer qu’il y était encore présent pour l’assassiner puisque sa tête était mise à prix par l'administration coloniale.
La stratégie utilisée était cette lettre d’invitation à l’état-major en date du 10 février 1960 écrite par Ngounou Etienne dont le porteur était Fodjeu Simon. Ils voulaient s’assurer que Jean Mbouendé était toujours dans ses plantations avant d’organiser son assassinat tel que planifié.
Malheureusement ils sont tombés sur la dextérité et la finesse de Nitcheu Bernard, président du comité de base de Baga-Banka, pétitionnaire à l’Organisation des nations unies(Onu) en 1957, un des agents de liaison de Jean Mbouendé, qui a accusé réception de la correspondance et a dit au porteur qu’il la transmettra dans la vraie fausse destination du nationaliste à Kumba.
Malgré ce subterfuge, ils ont mis près de deux semaines à lorgner coins et recoins du refuge de Jean Mbouendé sans l’apercevoir et pourtant il était là et les voyait.
Ce même Ngounou s’est rendu compte bien après, notamment au lendemain du ralliement de Jean Mbouendé en Juin 1960, qu’il était dans l’étau.
Il a envoyé son épouse solliciter l’aide de Jean Mbouendé pour rallier également. Il a indiqué un lieu à proximité d’un cours d’eau à Baboutcha-Nitcheu où Jean Mbouendé devait le retrouver pour l'opération de sauvetage.
Jean Mbouendé, homme de paix et pas du tout rancunier, par prudence, lui a plutôt recommandé de se réfugier nuitamment dans une case au centre urbain de Bafang où il passerait le chercher.
Il a opté pour cette solution et Jean Mbouendé l’a délogé et l’a présenté aux nouvelles autorités où il a fait sa déposition et a été remis en liberté.
Il se confiera au nationaliste pour dire les secrets du retournement des leaders de l’ALNK et leur plan machiavélique.
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