CAMEROUN :: Pourquoi fermer les églises et pas les bars à Yaoundé ? :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 13 Jul 2026 12:42:37 | 333La fermeture des églises de réveil à Yaoundé soulève une question brûlante : pourquoi punir la foi quand les bars du quartier Essos font plus de bruit sans jamais être inquiétés ?
Anne Féconde Noah, femme politique camerounaise et première vice-présidente du PCRN. Quoi ? Une lettre ouverte cinglante adressée au sous-préfet de Yaoundé V. Quand ? Le 12 juillet 2026, au lendemain de la fermeture de plusieurs lieux de culte. Où ? Dans l'arrondissement de Yaoundé V, épicentre d'une polémique qui secoue la capitale camerounaise. Pourquoi ? Parce que des églises de réveil ont été fermées pour nuisances sonores, tandis que les bars du quartier Essos les plus bruyants de la ville continuent de faire vibrer les murs jusqu'à l'aube.
« Ce n'est pas votre rôle, cela ne fait pas partie de vos missions, cela ne relève pas de vos compétences, de déterminer si ces chrétiens prient le vrai Dieu ou pas. »
Cette phrase, extraite de la tribune d'Anne Féconde Noah, résume l'essence d'une controverse qui touche au cœur de l'État de droit camerounais. En toile de fond : une campagne nationale de fermeture d'églises de réveil, initiée par le ministre de l'Administration territoriale, qui prévoit la fermeture de 1 400 lieux de culte à travers le pays.
Mais la question qui fâche, celle que des milliers de Camerounais se posent sur les réseaux sociaux, est ailleurs : pourquoi les églises et pas les bars ?
Une opération d'envergure nationale
Le 6 juillet 2026, le sous-préfet de Yaoundé VI, Joseph Alain Etoundi, signe la Décision n° 654/D/J06/06/BAJP ordonnant la « fermeture immédiate et définitive de toutes les églises non conformes » dans son arrondissement. Un texte sans appel, qui repose sur une double légitimité : les lois de décembre 1990 encadrant le maintien de l'ordre et les libertés publiques, et les instructions du ministre de l'Administration territoriale.
Cette décision n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une vague de fermetures qui touche la capitale depuis 2025. En février-mars 2025, le sous-préfet de Yaoundé IV avait déjà fait fermer 188 églises de réveil. Le gouvernement justifie cette offensive par la multiplication des lieux de culte installés sans cadre légal, après le meurtre d'une fillette de 11 ans attribué à une fidèle agissant sous l'influence d'un prétendu prophète.
Mais pour Anne Féconde Noah, la motivation réelle est ailleurs. Dans sa tribune, elle accuse les détracteurs des églises de réveil de profiter de ce moment « pour régler leurs comptes personnels ».
LE CŒUR DE LA CONTROVERSE Laïcité ou régulation ?
La lettre d'Anne Féconde Noah adresse au sous-préfet de Yaoundé V un reproche fondamental : sortir de son rôle.
« En tant qu'Autorité Administrative, vous avez une mission de régulation, et en l'espèce de régulation des décibels. Les citoyens n'attendent pas de vous la censure. »
L'argument est juridiquement imparable : le sous-préfet n'est pas juge de la foi des citoyens. La laïcité, rappelle-t-elle, « est justement le respect du droit de chaque citoyen camerounais de choisir sa foi ». Fermer une église, c'est punir collectivement des croyants pour un problème les nuisances sonores qui appelle une solution technique, pas théologique.
« Le débat aurait plus de sens si vous aviez écouté le volume des "bruits", si vous aviez par exemple dit : "le volume est à 10, il faut le ramener à 5" »
Cette proposition, d'une simplicité déconcertante, met en lumière l'absurdité de la situation : on ferme des églises alors qu'un simple réglage de volume suffirait.
L'ARME FATALE « Et les bars, Monsieur le Sous-préfet ? »
C'est le passage le plus viral de la tribune, celui qui fait mouche et que les Camerounais partagent massivement sur WhatsApp et Facebook :
« Je ne saurais clore ce propos sans vous rappeler, Monsieur le Sous-préfet, que l'arrondissement dont vous avez la charge est celui qui compte le plus grand nombre de bars au km² dans toute la ville de Yaoundé. Les quartiers Essos, me semble-t-il, se trouve à Yaoundé V. Les carrefours de Sodome y pullulent en nombre ingérable. En matière de nuisance sonore, c'est le summum. »
La comparaison est implacable. D'un côté, des églises qui se réunissent à des jours et horaires définis. De l'autre, des bars qui « opèrent quand ils veulent ». Des dizaines d'établissements jouant de la musique simultanément, « chacun mettant le volume de ses baffles au maximum ».
« Pourquoi n'allez-vous pas fermer là-bas ? »
Cette question, devenue un slogan sur les réseaux sociaux, expose une incohérence qui fragilise la légitimité de toute l'opération.
LE VIDE JURIDIQUE Une réglementation inexistante
Anne Féconde Noah soulève un point crucial : le Cameroun ne dispose pas d'une réglementation sur les décibels.
Cette affirmation est corroborée par les travaux de recherche sur le sujet. La législation en matière de lutte contre les nuisances sonores au Cameroun est « encore embryonnaire et très peu appliquée ». Bien qu'il existe un cadre juridique notamment la loi n° 96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l'environnement et l'article 60 alinéa 1 qui interdit « les émissions de bruits et d'odeurs » aucune norme précise ne fixe de seuil maximal de décibels.
Dans ce vide juridique, les autorités administratives disposent d'une marge de manœuvre considérable. Mais cette marge, argue la femme politique, ne saurait justifier une mesure aussi radicale que la fermeture définitive d'un lieu de culte.
LA CITATION DE PAUL RICŒUR La justice comme horizon
Anne Féconde Noah convoque le philosophe français Paul Ricœur pour donner à son plaidoyer une dimension universelle :
« Le but de la justice est que même la partie condamnée dise : Justice a été rendue. »
En citant Ricœur, elle élève le débat au-dessus de la simple polémique. La question n'est pas seulement de savoir si les églises font trop de bruit, mais si la décision administrative est juste. Une justice qui, pour être reconnue comme telle, doit être acceptée par toutes les parties y compris celles qui sont condamnées.
« En l'espèce, nous, chrétiens des églises réveillées, ressentons cette campagne comme une grave injustice. »
UNE CAMPAGNE QUI DIVISE LA SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE
La fermeture des églises de réveil ne fait pas l'unanimité. Dans les quartiers populaires de Yaoundé, les réactions sont contrastées.
D'un côté, des riverains épuisés par les nuisances sonores soutiennent la mesure. Les églises de réveil, avec leurs sonorisations puissantes et leurs cultes qui s'étendent parfois tard dans la nuit, peuvent rendre la vie quotidienne infernale.
De l'autre, des fidèles qui se sentent stigmatisés. « Nous, on vient seulement à l'église, on ne cherche pas à savoir si c'est légalisé ou pas. On vient chercher Dieu », témoigne un fidèle dans un reportage de RFI. Un pasteur interrogé par le même média assure que son assemblée est dans la légalité : « Nous ne sommes pas là parce que nous voulons piétiner les os ou bien pour dépouiller les hommes. Non, ce n'est pas la mission que le Seigneur nous a envoyé ».
La polémique dépasse le simple cadre des nuisances sonores. Elle touche à des questions plus profondes : le droit à la ville, la liberté religieuse, et le rôle de l'État dans une société pluraliste.
Une gouvernance urbaine en question
Au-delà de l'indignation légitime, la tribune d'Anne Féconde Noah met en lumière un problème structurel : l'absence de politique publique de régulation des nuisances sonores au Cameroun.
Les autorités, faute de cadre légal clair, réagissent au coup par coup. Tantôt contre les églises, tantôt contre les bars comme en 2006, lorsque le préfet du Mfoundi avait suspendu 23 bars à Essos. Cette approche punitive et discontinue crée un sentiment d'injustice et d'arbitraire.
La solution proposée par Anne Féconde Noah est pragmatique : réguler, pas fermer. Établir des normes de décibels applicables à tous églises comme bars et les faire respecter de manière égale. Une approche qui épargnerait aux croyants l'humiliation de voir leur lieu de culte scellé, tout en protégeant les riverains des nuisances.
LA RÉPONSE DU SOUS-PRÉFET : Silence ou contre-attaque ?
À ce jour, le sous-préfet de Yaoundé V n'a pas répondu publiquement à la tribune d'Anne Féconde Noah. Le silence de l'autorité administrative est assourdissant, d'autant que la polémique enfle sur les réseaux sociaux.
Les services du ministère de l'Administration territoriale, sollicités par plusieurs médias, n'ont pas non plus fait de déclaration officielle. Pendant ce temps, la campagne de fermeture se poursuit. Le gouvernement a annoncé le 8 juillet 2026 une vaste offensive contre les églises de réveil exerçant sans autorisation.
PERSPECTIVE Et après ?
La tribune d'Anne Féconde Noah pourrait avoir des conséquences politiques. À quelques mois d'échéances électorales importantes, la question de la liberté religieuse et de la gouvernance urbaine risque de devenir un sujet de campagne.
Pour les fidèles des églises de réveil, l'enjeu est existentiel. Pour les riverains, il est quotidien. Pour l'État, il est symbolique : saura-t-il concilier ordre public et liberté de culte ?
Une chose est sûre : la question posée par Anne Féconde Noah continuera de résonner dans les chaumières et sur les réseaux sociaux. Pourquoi fermer les églises et pas les bars ?
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#Cameroun#Yaoundé #Églises #AnneFécondeNoah #Fermeture #Laïcité #NuisancesSonores #Essos #ActualitéCameroun #PolitiqueCamerounLire aussi
LE DéBAT
Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun? :: AFRICA
AFRIQUE :: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ? :: AFRICA
AFRIQUE :: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe? :: AFRICA
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ? :: AFRICA
Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Dr Christian TCHAM entretien après la conférence de presse à Paris
Dr Christian Tcham à propos de Mesitraining
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
CAMEROUN :: « Mon père est mourant » : la fille de Biya brise le silence, le gouvernement dément :: CAMEROON
Mbappé victime d'un déchaînement raciste d'une sénatrice après France-Paraguay
BRÉSIL :: Neymar en larmes annonce sa retraite internationale après l'élimination du Brésil :: BRAZIL
CAMEROUN :: « J'ai vraiment besoin de dos » : Ngannou répond avec humour à la rumeur sur Eto'o :: CAMEROON
BRÉSIL :: Brésil éliminé par la Norvège : la presse fracasse Ancelotti et Neymar :: BRAZIL
il y a un mois
il y a un an