CAMEROUN :: Neuf otages pendus par leurs ravisseurs :: CAMEROON
© L’Oeil du Sahel : YVONNE SALAMATOU | 19 Nov 2015 07:14:24 | 5094Leurs corps ont été découverts en état de putréfaction avancée dans la brousse.
Un drame d’une violence inouïe s’est produit dans l’arrondissement de Dir. Dans la journée du 9 novembre 2015, des éleveurs Bororo ont découvert à 75 km de Dir, près de la rivière Dozonyi, un affluent du fleuve Mbah, huit corps attachés à des arbres. Ayant reconnu trois des leurs, appartenant à un groupe d’otages enlevés le 22 octobre 2015, ce n’est que le lendemain aux alentours de 13h, que les éleveurs sont arrivés à Dir pour souffler l’information au lamido, lequel a immédiatement alerté les autorités et les familles dont des membres sont retenus en otage.
Sur ces entrefaites, une équipe est dépêchée le 10 novembre 2015, pour la reconnaissance des corps. Elle est composée du commandant de brigade de Dir, Bouraoussia Tchina, du représentant du lamido, Hamassendé Zatao, d’un agent communal, Bouba Hamadjam Baudelaire, et d’un infirmier Oumarou Sébastien. A ce petit monde, se sont également joints des membres des familles des otages. Partis de Dir aux alentours de 7h, ce n’est que vers 14h que les corps seront découverts, en raison de la difficulté du terrain. «Ils étaient ligotés à des arbres. Ils n’ont trouvé que les os. Les familles ont néanmoins pu reconnaître les leurs. Les os ont été rassemblés et ils ont été enterrés sur place», indique le maire de la commune rurale de DIR, Ousseini. Où exactement ?
Dans les bas-fonds de la rivière Mbaa, en passant par Tomedo, à environ 75 km de DIR. «L’endroit où ils ont été retrouvés est difficilement accessible. C’est un bosquet, touffu. Il faut obligatoirement ramper sur une petite distance, entre 15 et 20 m, pour y accéder. Quatre huttes ont été retrouvées dans le campement des ravisseurs, et je peux vous garantir que de là, ils avaient l’oeil sur tous les visiteurs», glisse une source proche de l’enquête. Outre les trois Bororo, les autres victimes sont essentiellement des Gbaya résidant dans l’arrondissement de Dir. Leur âge oscille entre 21 et 45 ans. Il s’agit des nommés Zanga Hamoa qui résidait au quartier Borwara et de son petit frère Mboula, le plus jeune de la bande ; de Koumada Prospère alias «Malien», qui réside à Malingara, un village situé à 2 km du carrefour de Wa’a; de Yadji Alphonse du village Tenah ; d’Albert Ndoctoui du village Mbigoro à 5 km de Dir et d’Hamadou Enock du village Botoua Pangar, à 12 km de Dir. Selon nos informations, les ravisseurs avaient réclamé la rondelette somme de 500.000 Fcfa par otage. Du moins pour ce qui était des six otages Gbaya. Mais aucune rançon n’a été versée.
Mieux, les ravisseurs étaient sous une constante pression. «Les militaires ont organisé des battues, sans résultat à cause certainement d’informateurs infiltrés dans la population et qui alertaient les ravisseurs. Après l’armée, ça a été au tour des populations de ratisser la brousse, sans retrouver les otages», souligne une autorité administrative de Dir. Déjà plongée dans une certaine psychose sécuritaire, l’assassinat des neuf otages par leurs ravisseurs en rajoute au mal être des populations de l’arrondissement de Dir. «Depuis trois mois, la situation est devenue très préoccupante. Au départ, les preneurs d’otage ciblaient exclusivement les éleveurs Bororo, mais depuis camer.be, tout le monde est touché par ce dangereux fléau. Les éleveurs et les cultivateurs ont fui les alentours de Dir pour se réfugier ici en ville, abandonnant leurs animaux en divagation et leurs champs en friche», regrette le maire Ousseïni. Le phénomène de la prise d’otage n’est pas nouveau. Cependant, il était circonscrit, par l’action énergique de l’armée, notamment du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR). «Depuis 2013, la guerre contre Boko Haram, à l’Extrême-Nord, a «aspiré» une bonne partie des effectifs du BIR déployés dans l’Adamaoua. Or, quoi que l’on puisse dire, c’est l’unité qui est la mieux outillée pour combattre la prise des otages. Les autorités devraient songer à renforcer le dispositif actuel pour que la sécurité soit rapidement de retour», souligne une élite de Dir.
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