CAMEROUN :: Inondations à Yaoundé : quand une averse suffit à noyer la capitale :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 05 Jun 2026 01:35:41 | 1252Une forte averse de saison a suffi à transformer le centre-ville de Yaoundé en marécage urbain ce jeudi, paralysant la circulation, engloutissant les véhicules et relançant le débat sur l'impuissance chronique des infrastructures d'assainissement de la capitale camerounaise.
Il n'a pas fallu longtemps.
Quelques dizaines de minutes de pluie. Pas un cyclone. Pas une catastrophe climatique exceptionnelle. Une averse de saison, comme il en tombe des dizaines par an à Yaoundé.
Et pourtant, ce jeudi après-midi, le centre-ville de la capitale camerounaise a disparu sous les eaux.
Boulevard du 20 mai. Avenue Kennedy. Poste centrale. Les artères les plus emblématiques du cœur politique et économique du Cameroun se sont transformées en rivières de boue en quelques minutes. Des voitures immobilisées jusqu'aux capots. Des commerçants les pieds dans l'eau. Des centaines de citadins bloqués, impuissants, regardant la capitale sombrer.
Ce n'est pas la première fois. Tout le monde le sait. C'est précisément là que le bât blesse.
Ce jeudi, il était à peine l'heure de la grande circulation de fin d'après-midi lorsque le ciel de Yaoundé a lâché ses eaux. En quelques dizaines de minutes, le centre-ville de la capitale camerounaise a basculé dans le chaos. Un chaos familier. Un chaos que les Yaoundéens connaissent trop bien.
Le centre englouti
Du boulevard du 20 mai à l'avenue Kennedy, en passant par le secteur de la Poste centrale, le tableau est identique : les chaussées ont disparu sous des nappes d'eau boueuse montant parfois jusqu'aux genoux. Des dizaines de véhicules se sont retrouvés bloqués, moteurs noyés, certains abandonnés en pleine voie par leurs conducteurs résignés. D'autres automobilistes, plus téméraires, ont tenté de forcer le passage souvent en vain.
Sur les trottoirs et dans les arcades, commerçants et passants ont assisté, impuissants, à l'envahissement des boutiques par les eaux boueuses. Les marchandises menacées, les pertes économiques immédiates sont réelles et difficiles à chiffrer dans l'urgence du moment.
La paralysie totale
Les conséquences sur la circulation ont été immédiates et brutales. Yaoundé, dont les embouteillages constituent déjà un problème chronique en temps normal, a atteint un niveau de paralysie rarement vu. Parcourir 500 mètres prenait plusieurs heures. Les axes secondaires reliant le centre-ville aux quartiers résidentiels Bastos, Melen, Ngousso, Omnisports se sont saturés en cascade, créant un blocage généralisé à l'échelle de toute la cité administrative.
Les motos-taxis, poumon informel de la mobilité yaoundéenne, ont eux-mêmes dû rebrousser chemin face à la hauteur des eaux. Un signal fort : quand les motos ne passent plus, c'est que la situation est critique.
Un diagnostic connu, des solutions absentes
Cette énième inondation du centre-ville de Yaoundé n'est pas une surprise. Le diagnostic est posé depuis des années par les experts, les habitants et les élus locaux eux-mêmes.
Premier facteur : des réseaux d'évacuation des eaux pluviales anciens, sous-dimensionnés, insuffisants pour absorber les volumes d'eau générés par les pluies de saison dans une ville dont la population dépasse les trois millions d'habitants.
Second facteur, aggravant : l'incivisme. Les caniveaux de Yaoundé sont régulièrement obstrués par des déchets ménagers, des bouteilles plastiques, des sacs. Lorsque la pluie arrive, l'eau ne peut s'écouler nulle part. Elle remonte. Elle déborde. Elle noie.
Les travaux d'assainissement ponctuellement lancés ici et là montrent leurs limites face à l'ampleur du problème structurel.
L'enjeu dépasse la gêne quotidienne
Yaoundé n'est pas seulement la capitale administrative du Cameroun. C'est la vitrine politique et diplomatique du pays. Une métropole paralysée par une averse de saison envoie un signal préoccupant sur la gouvernance urbaine, sur la capacité à gérer une croissance démographique rapide, et sur la préparation du pays aux aléas climatiques qui s'intensifient.
Alors que la saison des pluies bat son plein, la question posée par chaque inondation reste sans réponse durable : jusqu'à quand Yaoundé acceptera-t-elle de s'arrêter de vivre à chaque fois que le ciel gronde ?
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