Le MINESUP a déclaré FUNIBER fermée à Yaoundé pour formations sans habilitation. Des milliers d'étudiants camerounais se retrouvent avec des diplômes en sursis.

La Fondation Universitaire Ibéro-Américaine proposait des licences, masters et doctorats en ligne depuis Yaoundé. Le MINESUP vient de rappeler une règle simple : au Cameroun, l'État seul délivre les diplômes.

Le Ministère de l'Enseignement Supérieur a déclaré fermée la Fondation Universitaire Ibéro-Américaine (FUNIBER), dont le siège au Cameroun est situé à Yaoundé, pour avoir proposé des formations de licence, master et doctorat en ligne sans habilitation institutionnelle. Le communiqué, signé du Ministre d'État Jacques Fame Ndongo, Chancelier des Ordres Académiques, a été publié le 13 octobre 2026.

La phrase qui tue : « Conformément à la réglementation en vigueur, cet établissement est donc déclaré fermé. »

Derrière ces mots, il y a des étudiants. Des hommes et des femmes qui ont payé. Qui ont suivi des cours. Qui attendaient un diplôme. Et qui découvrent aujourd'hui que l'établissement qui le leur promettait n'avait pas le droit d'exister.

Ce que dit le communiqué du MINESUP

Le texte officiel est sans ambiguïté.

Le MINESUP informe « l'opinion publique nationale et internationale » que FUNIBER, dont le siège social au Cameroun est situé à Yaoundé, « offre des formations dans les cycles Licence, Master et Doctorat en ligne sans habilitation institutionnelle ». L'établissement est déclaré fermé.

Le communiqué s'appuie sur l'article 20 alinéa 1 de la loi n°2023/007 du 25 juillet 2023 portant orientation de l'Enseignement Supérieur au Cameroun. Le texte est cité : « L'État a le monopole de la collation des diplômes et grades d'enseignement supérieur ».

La conclusion tombe : FUNIBER, « proposant des formations clandestines, est tenue de cesser immédiatement ses activités, sous peine de sanctions ».

Le MINESUP réaffirme son « engagement indéfectible à garantir l'assurance-qualité des formations, la protection et la crédibilité des diplômes délivrés au Cameroun ».

Un point juridique important. Le communiqué évoque une « fermeture » de FUNIBER. Une source au MINESUP, jointe par téléphone, précise qu'il s'agit d'un « arrêté de fermeture » pris conformément à la réglementation. Nous n'avons pas pu obtenir copie de cet acte administratif avant publication.

La règle que tout le monde connaît (ou devrait connaître)

Au Cameroun, une institution privée d'enseignement supérieur peut fonctionner. Mais elle ne peut pas délivrer de diplômes.

La loi n°2023/007 est claire. L'approbation est définie comme « l'autorisation accordée à un établissement d'enseignement supérieur de fonctionner de manière autonome, à l'exception de la délivrance de certificats ». Une institution privée peut exister. Elle peut enseigner. Mais elle ne peut pas remettre le papier qui fait foi.

Ce papier, c'est l'État qui le signe.

Le mécanisme est connu : les institutions privées doivent opérer sous la « tutelle académique » ou le mentorat d'une université d'État, qui délivre le diplôme final. Ce système existe depuis des années. Il a été renforcé par la loi de 2023.

FUNIBER, selon le MINESUP, ne respectait pas ce cadre. Elle proposait des diplômes. Sans habilitation. Sans tutelle. Sans autorisation.

FUNIBER, c'est quoi exactement ?

La Fondation Universitaire Ibéro-Américaine n'est pas une petite structure locale.

FUNIBER est une fondation espagnole présente dans plus de 30 pays, notamment en Espagne, au Portugal, en Argentine, au Brésil, au Mexique, en Angola, au Mozambique et au Cap-Vert. Son siège au Cameroun a ouvert en 2015 à Yaoundé.

L'organisation propose des bourses d'études et des formations à distance. Elle collabore avec des universités partenaires, comme l'Université Européenne de l'Atlantique (UNEATLANTICO) ou l'Université de Maroua au Cameroun.

En juin 2026, une médecin camerounaise a reçu une bourse de FUNIBER pour suivre un troisième cycle en ligne à l'UNEATLANTICO, dans le cadre du programme « Learn África ». La cérémonie s'est tenue au siège de FUNIBER Cameroun à Yaoundé, présidée par Barbara Tonlio, directrice du siège.

Ces faits ne sont pas contestés. Ils compliquent le tableau. FUNIBER avait des partenariats. FUNIBER avait des étudiants. FUNIBER avait une directrice locale.

Ce que le MINESUP conteste, ce n'est pas l'existence de FUNIBER en tant que fondation. C'est la délivrance de diplômes sans habilitation.

Ce que les étudiants perdent

C'est là que le bât blesse.

Un étudiant qui s'inscrit chez FUNIBER au Cameroun pour un master en ligne, et qui paie des frais de scolarité, attend un diplôme. Ce diplôme, selon le MINESUP, n'a pas de valeur légale au Cameroun s'il a été délivré par FUNIBER sans habilitation.

Le communiqué ne mentionne pas les diplômes déjà délivrés. Il ne précise pas ce qu'il advient des étudiants actuellement en formation. Nous avons cherché une réponse sur le site du MINESUP et dans les communiqués ultérieurs. Aucun document publié à ce jour ne détaille les mesures d'accompagnement pour les étudiants concernés.

C'est une question à laquelle le MINESUP devra répondre. Des étudiants ont suivi des cursus. Certains ont peut-être validé des années entières. D'autres ont peut-être terminé et attendent leur diplôme.

Le communiqué du 13 octobre 2026 ne dit rien sur leur sort.

L'angle juridique : « l'État a le monopole »

La phrase clé du communiqué est celle-ci : « L'État a le monopole de la collation des diplômes et grades d'enseignement supérieur. »

Cette règle n'est pas nouvelle. Elle est le pilier du système camerounais. Elle vise à protéger les étudiants contre les diplômes fantômes. Elle vise aussi à préserver la valeur des diplômes nationaux.

Une institution qui délivre des diplômes sans habilitation commet une infraction. La loi prévoit des sanctions. Le communiqué mentionne des « sanctions » sans les détailler.

La question qui reste ouverte : FUNIBER a-t-elle délivré des diplômes au Cameroun ? Si oui, combien ? Et ces diplômes sont-ils annulables ?

Le MINESUP n'a pas encore répondu à ces questions.

Ce que ça dit du marché de la formation en ligne

Le Cameroun compte des dizaines d'institutions privées d'enseignement supérieur. Toutes ne respectent pas le cadre légal. Le MINESUP publie régulièrement des communiqués pour rappeler la règle. En 2020, Jacques Fame Ndongo avait déjà indexé trois universités privées dans un communiqué similaire.

La formation en ligne complique les choses. Un étudiant peut s'inscrire à un programme depuis Yaoundé, suivre des cours dispensés depuis l'Espagne ou le Mexique, et recevoir un diplôme tamponné par une université étrangère. La question de la reconnaissance de ce diplôme au Cameroun devient centrale.

FUNIBER opère précisément sur ce créneau : la formation à distance avec des universités partenaires internationales. Ce modèle a ses avantages. Il a aussi ses zones grises.


FUNIBER est-elle complètement interdite au Cameroun ?
Le MINESUP a déclaré l'établissement fermé. FUNIBER doit cesser immédiatement ses activités. Toute activité de formation au Cameroun serait illégale.

Les diplômes déjà obtenus chez FUNIBER sont-ils valables ?
Le MINESUP n'a pas communiqué sur ce point. Si FUNIBER délivrait elle-même les diplômes sans habilitation, leur validité au Cameroun est compromise. Une clarification officielle est attendue.

Les étudiants peuvent-ils se retourner contre FUNIBER ?
Juridiquement, c'est possible si l'institution a perçu des frais pour des formations non habilitées. Aucune action collective n'a été signalée à ce jour.

FUNIBER peut-elle contester la décision ?
Oui. Une institution peut saisir les juridictions administratives camerounaises pour contester un arrêté de fermeture. FUNIBER n'a pas encore réagi publiquement.