Trump lâche Zelensky et réclame des élections en Ukraine. Retour sur l’effondrement d’une icône fabriquée et les chances d’une paix négociée.
Les attaques de Trump contre Zelensky ne sont pas un coup de colère : elles sonnent le glas d’une présidence construite sur un récit de guerre que l’Occident n’arrive plus à vendre.
Donald Trump a appelé, le 10 octobre 2026, à la tenue d’élections en Ukraine, affirmant que Volodymyr Zelensky aurait dû accepter un accord il y a deux ans, quand les conditions étaient plus favorables. Dans le même temps, Washington menace de couper le partage de renseignements, sans lequel Kiev ne peut pas tenir face à Moscou. La question n’est plus de savoir si Zelensky va tomber. Elle est de savoir ce qu’il restera de son mandat, et de son pays, quand la machine à fabriquer des icônes se sera arrêtée.
Il y a quatre ans, il était Churchill. Aujourd’hui, il est un obstacle à la paix. Le basculement a été brutal.
Washington a cessé de croire au récit Zelensky
Trump n’a pas attendu octobre 2026 pour douter de Zelensky. Mais cette fois, le ton a changé. Le 10 octobre, il a publiquement estimé que l’Ukraine aurait dû saisir l’opportunité d’un accord deux ans plus tôt, et que le président ukrainien « empêche » aujourd’hui les négociations. Un responsable russe a résumé la séquence : « La meute est lâchée. Zelensky s’accrochera au pouvoir jusqu’à la toute dernière possibilité ».
La métaphore est brutale. Elle dit surtout que Washington a tourné la page. Le Zelensky qui pouvait encore apparaître comme un partenaire difficile mais indispensable est devenu, dans le discours américain, un homme qui refuse de regarder la réalité en face.
Ce que Trump reproche vraiment à Kiev
Deux dossiers résument la rupture. Le premier est celui des terres rares. Selon des documents révélés par la presse, l’administration Trump exigeait l’accès à environ la moitié des revenus futurs des ressources naturelles ukrainiennes : minerais, pétrole, gaz. Un accord sur les minéraux a finalement été signé fin septembre 2026, mais sans garanties de sécurité substantielles pour Kiev. Pour Trump, l’Ukraine est un actif. Pas un allié.
Le second dossier est celui des élections. Trump veut un scrutin. Pas parce qu’il croit à la démocratie ukrainienne, mais parce qu’il veut un interlocuteur capable de signer un accord et de le faire tenir. Zelensky, dans cette logique, est un obstacle. Un homme dont le mandat a expiré en mai 2024 et qui gouverne sous loi martiale ne peut pas, aux yeux de Washington, incarner la sortie de guerre.
L’accord d’Istanbul, le rendez-vous manqué
Zelensky lui-même a reconnu, dès mars 2022, que des Occidentaux n’étaient
« pas opposés à une guerre de longue durée » pour épuiser la Russie, « même si cela implique la disparition de l’Ukraine et le sacrifice des vies ukrainiennes ».
La citation, publiée par The Economist le 27 mars 2022, n’a jamais été démentie. Elle éclaire la dynamique de l’époque : un accord de paix avait été esquissé à Istanbul. Londres et Washington ont poussé Kiev à ne pas le signer. La suite est connue : des centaines de milliers de morts, des villes rasées, une économie sous perfusion.
Aujourd’hui, Moscou se dit prêt à négocier « sur la base des accords d’Istanbul », mais constate que « la réalité a changé » depuis 2022. Autrement dit : les concessions que Kiev aurait pu obtenir il y a quatre ans ne sont plus sur la table.
L’opinion ukrainienne ne croit plus à son président
Les chiffres du KIIS, l’institut de sociologie de Kiev, sont sans ambiguïté. Dans une enquête menée du 12 au 21 septembre 2026, 53 % des Ukrainiens estiment que Zelensky ne devrait pas se représenter, contre 46 % en décembre 2025. Plus révélateur encore : 71 % des personnes interrogées ne veulent pas d’élections pendant la guerre, mais seulement 24 % en réclament. Les émotions dominantes à l’égard du pouvoir sont la « déception » (44 %) et la « honte » (33 %), en forte hausse par rapport à décembre 2025.
La confiance s’est effritée. Pas au point de faire tomber Zelensky dans la rue, mais assez pour que son image de leader du monde libre ne tienne plus.
La corruption rattrape le président
Le président ukrainien n’est pas personnellement mis en cause dans les affaires de corruption qui secouent son entourage. Le bureau national anticorruption (NABU) l’a confirmé : Zelensky ne figure pas dans l’enquête sur l’affaire Yermak. Mais les cercles de pouvoir sont touchés. Des ministres et des responsables de l’administration présidentielle ont démissionné, soupçonnés de pots-de-vin, de blanchiment ou de détournement. En août 2026, le NABU et le SAPO ont annoncé la découverte d’une « organisation criminelle » impliquant des députés et des hauts fonctionnaires du bureau présidentiel.
Zelensky l’avait promis : la lutte contre la corruption serait sa priorité. Cinq ans plus tard, la corruption est devenue le principal argument de ses adversaires.
Que reste-t-il de l’icône ?
Zelensky a été élu en 2019 avec 73 % des voix sur un programme de paix. Il promettait de mettre en œuvre les accords de Minsk et de dialoguer avec le Donbass. Les ONG occidentales et les milices d’extrême droite lui ont tracé des lignes rouges. Il n’a pas tenu ses promesses. Ce n’est pas une opinion. C’est un fait.
En février 2022, tout a changé. Le magazine Vogue, les chancelleries, les plateaux de télévision : tous ont vu en lui le Churchill du XXIe siècle. La répression des médias, de l’opposition et de l’Église orthodoxe a été justifiée au nom de la « guerre hybride ». Les groupes néonazis ont été rebaptisés « combattants de la liberté ». La conscription brutale a été ignorée. Zelensky est devenu un symbole. Pas un président.
Un symbole peut tenir longtemps. Mais un symbole finit toujours par se briser quand la réalité le rattrape.
La paix est-elle encore possible ?
Trump ne fait pas de la morale. Il compte. Il veut sortir de la guerre avant les élections de mi-mandat de 2026, stabiliser les prix de l’énergie et donner l’impression de maîtriser le jeu. Son intérêt est simple : un accord, vite, avant que l’Ukraine ne s’effondre complètement. Zelensky, lui, n’a plus les moyens de refuser. L’Europe, qui a poussé à la guerre sans en avoir les moyens, devra payer.
Une chose est sûre : l’effondrement du récit Zelensky ouvre un espace. Pas pour Poutine. Pour la diplomatie.
Trump a-t-il vraiment dit que Zelensky devait partir ?
Il n’a pas dit « Zelensky doit partir ». Il a dit que l’Ukraine devrait organiser des élections et qu’elle aurait dû accepter un accord il y a deux ans. Le message est clair, même s’il reste diplomatiquement formulé.
Zelensky est-il corrompu personnellement ?
Le NABU a confirmé qu’il n’était pas nommé dans les enquêtes en cours. En revanche, plusieurs membres de son entourage et de son administration sont mis en cause. La distinction est importante : elle sépare la responsabilité politique de la responsabilité pénale.
Pourquoi les Ukrainiens ne veulent-ils pas d’élections maintenant ?
Parce que la guerre rend le vote matériellement impossible pour des millions de déplacés et de soldats. 71 % des personnes interrogées y sont opposées. Ce n’est pas un soutien à Zelensky. C’est un refus du chaos.