CAMEROUN :: « La Croqueuse de Diamants » traînée en justice pour body filler :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 17 Jul 2026 01:08:49 | 504Le Dr Rodolphe Fonkoua, président de l'Ordre national des médecins, a déposé plainte contre l'influenceuse Manuella Nimpa et Kingsly Nembo, accusés d'exercice illégal de la médecine et de pratiques esthétiques invasives mettant en danger la santé des Camerounais.
L'Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC) a franchi un cap ce 16 juillet 2026. Par la voix de son président, le Dr Rodolphe Fonkoua, l'institution a officiellement saisi la justice contre deux personnalités publiques : Manuella Nimpa, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « La Croqueuse de Diamants » , et Kingsly Nembo, qui se présente illicitement comme « docteur ».
L'affaire est explosive. D'un côté, une influenceuse star des réseaux sociaux, habituée des plateaux télévisés et du faste, accusée de pratiquer des injections de body filler; des actes esthétiques invasifs en dehors de tout cadre légal. De l'autre, un homme qui usurpe le titre de médecin pour proposer des actes médicaux et esthétiques sans la moindre habilitation.
Mais derrière ces deux noms, c'est tout un marché clandestin de la médecine esthétique qui se retrouve sur le banc des accusés. Un marché lucratif, alimenté par les réseaux sociaux, qui prospère dans l'ombre et expose des milliers de Camerounais à des risques sanitaires potentiellement mortels.
L'ORDRE DES MÉDECINS PASSE À L'OFFENSIVE
Une note d'information qui fait date
Le 16 juillet 2026, le Dr Rodolphe Fonkoua, président de l'Ordre national des médecins du Cameroun, a signé une note d'information à l'attention de la communauté médicale et du grand public. Ce document, dont la rédaction de CamerounWeb a obtenu copie, annonce le dépôt de plaintes auprès des autorités compétentes.
L'Ordre précise que ces dossiers « ont été transmis aux autorités compétentes, qui sont désormais chargées de conduire les enquêtes nécessaires afin de vérifier les faits et d'établir les responsabilités, conformément aux lois de la République ».
Cette offensive judiciaire intervient dans un contexte où les actes médico-esthétiques connaissent un essor considérable au Cameroun, suscitant des préoccupations croissantes en matière de sécurité sanitaire.
Kingsly Nembo : l'usurpateur de titre
La première plainte vise Kingsly Nembo. Selon l'Ordre, cet opérateur « se présente publiquement sous le titre de “Docteur” et propose des actes médicaux et esthétiques sans être inscrit au tableau de l'Ordre National des Médecins du Cameroun ».
L'usurpation du titre de médecin n'est pas un détail. Au Cameroun, comme dans la plupart des pays, le titre de « docteur » est protégé par la loi. L'exercice de la médecine sans inscription au tableau de l'Ordre constitue un délit pénalement réprimé. En se présentant comme médecin, Kingsly Nembo expose ses patients à des risques majeurs : absence de formation, de diagnostic, de suivi, et de responsabilité médicale.
Manuella Nimpa : « La Croqueuse de Diamants » dans le viseur
Le second dossier, plus retentissant encore, cible Manuella Nimpa, mondialement connue sous le pseudonyme de « La Croqueuse de Diamants » .
Cette influenceuse, qui a fait son apparition sur la scène médiatique camerounaise en 2023, est rapidement devenue une figure controversée. Son pseudonyme, qu'elle affirme ne pas avoir choisi, lui a valu une notoriété fulgurante sur les réseaux sociaux.
Aujourd'hui, l'Ordre des médecins lui reproche des « faits signalés relatifs à la réalisation d'actes esthétiques invasifs, notamment des injections de Body Filler, en dehors du cadre légal applicable » .
LE BODY FILLER : UNE PRATIQUE À HAUT RISQUE
Qu'est-ce que le body filler ?
Le body filler désigne des produits de comblement destinés à galber fesses, poitrine ou d'autres parties du corps. Ces injections, de plus en plus proposées sur les réseaux sociaux, échappent souvent à toute supervision médicale.
Le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie, a lui-même tiré la sonnette d'alarme dans un communiqué daté du 16 juillet 2026, dénonçant la banalisation de ces pratiques dangereuses et rappelant qu'« une injection de comblement corporel relève strictement de la médecine ».
Des complications potentiellement mortelles
Le communiqué du ministère de la Santé dresse une liste alarmante de complications possibles :
- Infections graves
- Réactions allergiques sévères
- Déformations corporelles irréversibles
- Douleurs persistantes
- Déplacement du produit injecté dans l'organisme
- Nécrose tissulaire (mort des tissus)
- Complications potentiellement mortelles
Les sociétés savantes de médecine esthétique rappellent que ces injections peuvent entraîner des complications « parfois très graves lorsque les produits sont inadaptés ou lorsque les gestes sont réalisés dans de mauvaises conditions ».
À ce jour, aucun produit de comblement de masse n'a reçu d'autorisation de mise sur le marché camerounais, ce qui rend ces pratiques encore plus dangereuses.
UNE ALERTE SANITAIRE QUI DÉPASSE LES DEUX CAS
Le ministre de la Santé en première ligne
L'affaire « Croqueuse de Diamants » n'est que la partie émergée d'un iceberg sanitaire. Le Dr Manaouda Malachie a appelé la population à la vigilance face aux offres circulant sur les réseaux sociaux ou proposées dans des lieux non homologués.
« Se tourner vers un opérateur improvisé, officiant depuis un domicile ou recruté via une simple publication en ligne, revient à exposer sa santé à des dangers sérieux plutôt qu'à s'offrir un simple geste esthétique », a-t-il martelé.
Des contrôles et des poursuites annoncés
Le ministère de la Santé a annoncé des contrôles d'ores et déjà programmés, avec à la clé des poursuites administratives et judiciaires contre les contrevenants. Le grand public est également encouragé à signaler aux autorités sanitaires toute pratique jugée suspecte.
Le médecin qui dénonce… et qui est menacé
La pratique du body filler hors cadre médical au Cameroun constitue « une alerte de santé publique », ont souligné plusieurs professionnels de santé. Certains médecins qui ont dénoncé ces pratiques auraient même été menacés, signe que le phénomène est profondément enraciné.
QUE RISQUENT LES MISES EN CAUSE ?
Exercice illégal de la médecine : un délit pénal
Au Cameroun, l'exercice illégal de la médecine est régi par la Loi n° 80-06 du 14 juillet 1980 portant réglementation de la profession médicale.
L'article 9 de cette loi stipule qu'« est reconnu coupable d'exercice illégal de la médecine : 1. Tout praticien qui exerce son art sous un pseudonyme ou qui donne des consultations dans des conditions non autorisées ».
Les peines encourues peuvent être lourdes : amendes substantielles et peines d'emprisonnement, en fonction de la gravité des faits et des conséquences sur les patients.
Une procédure judiciaire en cours
À ce stade, les plaintes ont été transmises aux autorités judiciaires qui mèneront les investigations nécessaires. Aucune condamnation n'a encore été prononcée, et la présomption d'innocence s'applique aux deux mis en cause.
L'Ordre des médecins, en se constituant partie civile, entend toutefois donner un signal fort : la tolérance zéro face à l'exercice illégal de la médecine et aux pratiques esthétiques clandestines.
L'APPEL À LA VIGILANCE DE L'ORDRE DES MÉDECINS
Dans sa note d'information, l'ONMC rappelle avec fermeté que « tout acte médical ou médico-esthétique invasif ne peut être pratiqué que par des professionnels légalement habilités et régulièrement inscrits au tableau de l'Ordre, dans le respect des textes en vigueur ».
L'institution « réaffirme sa détermination à lutter contre toute forme d'exercice illégal de la médecine, à protéger la santé des populations et à préserver l'honneur, la crédibilité et l'intégrité de la profession médicale au Cameroun ».
Les praticiens et le public sont invités à signaler à l'Ordre toute situation susceptible de constituer un exercice illégal de la médecine.
L'affaire « La Croqueuse de Diamants » et Kingsly Nembo est bien plus qu'un simple fait divers judiciaire. Elle révèle l'ampleur d'un phénomène inquiétant : la prolifération des pratiques médicales et esthétiques clandestines au Cameroun, alimentée par les réseaux sociaux et l'appât du gain.
Derrière les paillettes et les promesses de beauté instantanée, ce sont des vies humaines qui sont en jeu. Une injection mal réalisée, un produit non conforme, une infection non traitée à temps : les conséquences peuvent être dramatiques, voire mortelles.
En portant plainte contre ces deux figures publiques, l'Ordre national des médecins du Cameroun envoie un message clair : l'impunité n'est plus de mise. La santé des Camerounais ne se marchande pas sur les réseaux sociaux.
Reste à espérer que cette affaire servira de déclencheur pour une prise de conscience collective. Car la beauté, si elle mérite d'être célébrée, ne vaut jamais qu'on y risque sa vie.
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