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CAMEROUN :: Père Lado : « Vous pilliez l’or pendant que les églises ouvraient » :: CAMEROON

Le prêtre jésuite Ludovic Lado, figure de la contestation au Cameroun, accuse le régime de Paul Biya d’avoir fermé les yeux sur l’anarchie religieuse pour mieux piller les richesses du pays.

Le 8 juillet 2026, le ministre Paul Atanga Nji annonçait la fermeture imminente de 1 400 églises de réveil jugées illégales sur l’ensemble du territoire camerounais. Une décision radicale, motivée par le meurtre d’une fillette de 11 ans à Yaoundé, dont la suspecte serait une fidèle d’une congrégation évangélique.

Mais le Père Ludovic Lado, prêtre jésuite, docteur en anthropologie sociale d’Oxford et enseignant à Harvard, n’a pas tardé à réagir. Sa question, cinglante, résonne comme un uppercut politique : « Quand les églises ouvraient sans autorisation, vous étiez où ? »

Sa réponse est sans appel : le gouvernement fermait les yeux, trop occupé à piller l’or et le pétrole des Camerounais.

La répression des églises de réveil

Tout commence dans la nuit du 27 au 28 juin 2026. Une fillette de 11 ans est assassinée à Yaoundé, victime de 17 coups de couteau. La principale suspecte, membre de l’église évangélique « Vie et Paix au Cameroun », aurait agi sous l’influence d’un responsable religieux qui lui aurait promis la résolution de ses problèmes financiers en échange d’un sacrifice humain.

Le choc est national. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, convoque les responsables religieux et annonce une opération d’envergure : la fermeture de 1 400 églises de réveil exerçant sans autorisation légale. Le sous-préfet de Yaoundé VI signe le 6 juillet une décision de fermeture immédiate et définitive, sans préavis ni recours.

« La foi ne s’affranchit pas de la loi » , martèle le gouvernement.

La contre-offensive de Ludovic Lado

C’est dans ce contexte que le Père Ludovic Lado, connu pour son franc-parler et son engagement politique, est monté au créneau.

Sur les réseaux sociaux, le prêtre jésuite qui a déjà été arrêté en 2020 lors d’une « marche pour la paix » et qui a lancé en janvier 2024 le mouvement politique « Servir » a dénoncé ce qu’il perçoit comme une hypocrisie d’État.

Sa question est devenue virale : « Anarchie, non ! Ce régime dit fermer des églises : quand elles ouvraient sans autorisation, vous étiez où ? En train de voler notre or... et notre pétrole » .

Pour l’intellectuel jésuite, la réponse est limpide : le laxisme des autorités face à la prolifération des églises illégales n’était pas une négligence, mais une stratégie délibérée. Pendant que des centaines de lieux de culte s’installaient dans les quartiers populaires de Yaoundé « comme des champignons », le pouvoir fermait les yeux. Non par mansuétude, mais parce qu’il était selon Lado trop occupé à piller les ressources nationales.

Une accusation grave : le pillage de l’or et du pétrole

L’accusation n’est pas anodine. Elle touche au cœur du système économique camerounais, où les ressources minières et pétrolières sont régulièrement pointées du doigt pour leur gestion opaque.

Le Cameroun, pays producteur de pétrole et de gaz, exporte également de l’or artisanal dans des conditions souvent opaques. Les chiffres évoqués par les observateurs sont vertigineux : 900 milliards de FCFA d’or artisanal auraient transité vers Dubaï en un an.

En reliant la fermeture des églises à cette prédation des ressources, Lado opère un rapprochement politique explosif : le gouvernement qui sévit aujourd’hui contre l’anarchie religieuse est le même qui a laissé faire, parce qu’il avait intérêt à ne pas voir trop affairé à se servir dans les caisses de la nation.

« Vous étiez où ? » la question qui fâche

La force de la formule de Lado tient à sa simplicité dévastatrice. Elle retourne l’argument gouvernemental contre ses propres auteurs.

Le ministre Atanga Nji justifie la répression par la nécessité de mettre fin à un désordre qui dure depuis des années. Mais Lado rétorque : si ce désordre dure depuis des années, pourquoi n’a-t-il jamais été traité avant ?

La réponse implicite du prêtre jésuite est que le pouvoir a toléré cette anarchie parce qu’elle ne le menaçait pas et que la répression soudaine n’est qu’une manœuvre politique pour détourner l’attention des véritables scandales.

L’homme derrière la polémique

Pour comprendre la portée de ces déclarations, il faut connaître le parcours de Ludovic Lado. Jésuite, docteur en anthropologie sociale et culturelle de l’Université d’Oxford, il a été vice-doyen de la faculté des sciences sociales et de gestion de l’Université catholique d’Afrique centrale à Yaoundé.

Il est actuellement professeur invité à Harvard Divinity School pour l’année académique 2025-2026. Cette reconnaissance internationale lui confère une crédibilité académique qui amplifie la portée de ses critiques.

Mais Lado n’est pas un simple universitaire. C’est aussi un acteur politique. En janvier 2024, il a lancé le mouvement « Servir » pour mobiliser l’électorat chrétien en vue d’une alternance politique. Il a appelé les Camerounais à s’inscrire sur les listes électorales pour « changer leur pays ».

Il a également été limogé de son poste de vice-doyen, une décision qu’il a attribuée à sa critique du pouvoir. Plus récemment, il s’est opposé à la visite du Pape Léon XIV au Cameroun, estimant que cette venue légitimerait un régime qu’il qualifie de « criminel ».

Une voix qui dérange

Les déclarations de Lado sur les églises s’inscrivent dans une critique plus large du régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.

Le prêtre jésuite a déjà dénoncé le « silence des églises » face aux défis socio-politiques du pays, appelant les chrétiens à boycotter les lieux de culte qui ne s’engagent pas pour le changement. Il a critiqué les dons du ministre Atanga Nji à des paroisses, y voyant une tentative de neutraliser la parole religieuse.

Sa méthode est toujours la même : interpeller, provoquer, dénoncer. Avec une éloquence qui fait mouche sur les réseaux sociaux et une légitimité académique qui rend ses attaques difficiles à ignorer.

Conséquences et perspectives

La polémique autour des fermetures d’églises et des déclarations de Lado est loin de s’éteindre. Elle soulève des questions fondamentales :

- La liberté religieuse au Cameroun : jusqu’où peut aller la régulation de l’État sans empiéter sur les libertés fondamentales ?
- La gestion des ressources nationales : les accusations de pillage de Lado trouveront-elles un écho dans une opinion publique déjà sensibilisée à la corruption ?
- Le rôle de l’Église : la prise de position d’un prêtre jésuite aussi engagé politiquement est-elle légitime ? Divise-t-elle le clergé camerounais ?

Le gouvernement, de son côté, reste ferme. Paul Atanga Nji a convoqué les responsables religieux, exigé un recensement des pasteurs dans un délai de 14 jours et renforcé les exigences de formation. La machine administrative est en marche.

Mais la question de Lado « Vous étiez où ? » continue de hanter les couloirs du pouvoir. Et elle résonne bien au-delà du seul problème des églises clandestines.

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