Barrages, autoroutes, port en eaux profondes : le Cameroun bâtit son avenir :: CAMEROON
© Camer.be : Avec Dr Momo Jean de Dieu | 14 Jun 2026 22:38:30 | 698Derrière les critiques faciles sur le "retard" du Cameroun, les données infrastructurelles des 40 dernières années racontent une autre histoire celle d'un pays qui a doublé son réseau routier dans un contexte que nul autre pays développé n'a jamais eu à traverser.
En 1980, le Cameroun disposait d'environ 55 000 kilomètres de routes. Héritage de 70 ans de colonisation : des pistes en latérite, peu d'infrastructures durables, et une économie structurée pour exporter des matières premières pas pour se développer.
Quarante ans plus tard : 121 873 kilomètres.
Pas un miracle. Pas une fiction. Une progression de 121 % documentée, construite malgré une crise sécuritaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, malgré les attaques de Boko Haram dans l'Extrême-Nord, malgré des budgets contraints et des comparaisons souvent injustes avec des pays qui ont eu 150 ans et un empire colonial pour bâtir leurs fondations.
Ce texte ne prétend pas que tout va bien au Cameroun. Il dit autre chose : que le Cameroun avance. Et que cette vérité mérite d'être regardée en face, avec les chiffres.
Cameroun : les données qui nuancent le récit du "pays en retard"
Il est devenu presque banal de comparer le Cameroun aux grandes puissances industrielles pour en souligner les manques. Densité routière insuffisante, couverture électrique encore partielle, réseau ferroviaire limité. Les constats sont réels. Mais la grille de lecture, elle, mérite d'être questionnée.
Car comparer le Cameroun de 2025 à la France de 2025, c'est ignorer délibérément 150 ans d'histoire industrielle, coloniale et financière qui ont façonné l'une et retardé l'autre.
Ce que les chiffres disent réellement
Le réseau routier total du Cameroun s'établit aujourd'hui à environ 121 873 kilomètres, dont 10 576 kilomètres de routes bitumées, soit 8,6 % du total. La densité routière est de 4,7 kilomètres pour 1 000 habitants. En France, ce ratio atteint 16 kilomètres pour 1 000 habitants, sur un réseau quasi intégralement revêtu.
L'écart est réel. Mais il faut le lire dans sa dynamique. En 1980, le Cameroun partait de 55 000 kilomètres de voiries, largement héritées de pistes coloniales non revêtues. En quarante ans, ce réseau a plus que doublé une progression de 121 %. Sur la même période, le réseau français a progressé d'environ 17 %. Pas parce que la France a ralenti, mais parce qu'elle avait déjà tout construit.
Ces chiffres sont issus des données disponibles du Ministère des Travaux Publics camerounais et des comparaisons avec les statistiques de l'OCDE. (Note éditoriale : les méthodologies de calcul des réseaux peuvent varier selon les sources ; les ordres de grandeur restent significatifs.)
Une construction en contexte de crise
Ce qui rend la progression camerounaise particulièrement notable, c'est le contexte dans lequel elle s'est opérée. Depuis 2016, la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a provoqué des déplacements massifs, des destructions d'infrastructures et un ralentissement économique localisé. Dans l'Extrême-Nord, les incursions de Boko Haram ont durablement perturbé la vie économique et les chantiers. Près de 1,3 million de personnes ont été à un moment ou un autre hors de portée des services de base.
Aucun pays qui figure aujourd'hui parmi les grandes puissances infrastructurelles n'a bâti son réseau dans ces conditions. La France a construit le sien sur un siècle et demi de paix intérieure relative, appuyée sur les ressources de son empire colonial et, après 1945, sur les transferts du Plan Marshall américain.
Les grands chantiers en cours
Au-delà des routes, le Cameroun conduit simultanément plusieurs projets d'infrastructure majeurs. Le barrage de Nachtigal, financé notamment par EDF et la Banque Africaine de Développement à hauteur d'environ 1,05 milliard d'euros, est une centrale hydroélectrique de 420 MW sur la Sanaga. Le barrage de Lom Pangar, achevé en 2016, régule un volume de 6 milliards de mètres cubes et stabilise le potentiel hydroélectrique du bassin. Le Port en eaux profondes de Kribi est opérationnel et positionne le Cameroun comme hub logistique sous-régional. L'autoroute Yaoundé-Douala est en cours de finalisation sur l'axe économique majeur du pays.
Sur la période 2020-2025, les investissements en infrastructures ont mobilisé l'équivalent d'environ 3,3 milliards USD, avec la participation de la BAD, de la Banque mondiale, de l'AFD française, de la JICA japonaise, de la BID et de l'Union européenne.
La SND30 : un cap chiffré
La Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 fixe des objectifs précis pour la décennie : 6 000 kilomètres de routes bitumées supplémentaires, une densité du réseau revêtu portée de 0,32 à 0,48 kilomètre pour 1 000 habitants, et un réseau ferroviaire étendu à 5 500 kilomètres. Le Plan 2025-2026 prévoit 650 kilomètres de routes bitumées supplémentaires en cours d'exécution.
Ces objectifs sont ambitieux. Leur réalisation dépendra de la stabilité du financement, du contexte sécuritaire, et de la capacité d'exécution des marchés publics des variables qui restent des défis documentés.
Ce que cette lecture change
L'enjeu n'est pas de nier les difficultés réelles du Cameroun. L'accès à l'électricité reste inégal. Le réseau ferroviaire est vieillissant. La gouvernance des marchés publics fait l'objet de critiques récurrentes. Ces réalités sont connues et méritent d'être adressées.
Mais l'enjeu est aussi de refuser une comparaison intellectuellement malhonnête. Mesurer un pays de 65 ans d'indépendance formelle à l'aune d'une puissance industrielle bénéficiant de 150 ans d'avance historique et d'un empire colonial n'est pas une analyse. C'est un biais.
Le Cameroun construit. Dans la durée, dans la complexité, et à un rythme que ses propres ressources rendent remarquable. C'est une vérité qui mérite d'être dite avec rigueur, sans complaisance, et sans les raccourcis dans un sens comme dans l'autre.
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