Coupures de courant, ports saturés, fiscalité instable : l'industrie camerounaise à l'arrêt :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 01 Jun 2026 14:28:43 | 1716Malgré un PIB de 53 milliards de dollars, le plus élevé d'Afrique centrale, le Cameroun se retrouve en queue de peloton sur l'indice d'industrialisation de la BAD, dépassé par le Gabon et la Guinée Équatoriale. Un paradoxe révélateur d'un modèle économique qui produit de la masse sans créer de la valeur pour ses citoyens.
53 milliards de dollars.
C'est le PIB du Cameroun. Le plus grand de toute l'Afrique centrale. Le chiffre qui fait de lui, sur le papier, le moteur incontesté de la sous-région.
Maintenant, divisez ce chiffre par la population.
Résultat : 1 984 dollars par habitant et par an. Moins de 170 dollars par mois.
Pendant ce temps, un Gabonais vit avec plus de 6 600 dollars. Un Équato-Guinéen, avec 6 700 dollars.
Et selon la Banque Africaine de Développement, c'est le Gabon et la Guinée Équatoriale pas le Cameroun qui dominent le classement de l'industrialisation en Afrique centrale.
Comment un géant démographique avec autant de ressources peut-il être devancé par deux pays dont la population totale ne dépasse pas celle d'une grande ville camerounaise ?
La réponse est à la fois simple et vertigineuse.
Industrialisation : le Cameroun, géant économique aux pieds d'argile
Le paradoxe camerounais mérite d'être nommé clairement. Le pays dispose du PIB le plus élevé d'Afrique centrale environ 53 milliards de dollars. Il produit du cacao, du café, du coton, du bois, du pétrole, du gaz. Il possède deux ports majeurs, des barrages hydroélectriques, une façade atlantique stratégique.
Et pourtant, selon les données de la Banque Africaine de Développement (BAD), il se classe dernier en industrialisation dans sa sous-région, derrière le Gabon et la Guinée Équatoriale.
Le mirage du PIB
Tout commence par une équation démographique brutale. Le Cameroun compte environ 28 millions d'habitants. Ramené à cette réalité, son PIB spectaculaire s'effondre : 1 984 dollars par habitant par an. Soit trois fois moins que le Gabon (plus de 6 600 dollars) et la Guinée Équatoriale (plus de 6 700 dollars).
Cette comparaison est, certes, partiellement biaisée par la nature des économies voisines : le Gabon et la Guinée Équatoriale sont des États-rentes pétrolières à faible démographie, ce qui gonfle mécaniquement leur revenu par tête. Mais ce contexte n'explique pas tout.
Car ce que révèle surtout cet écart, c'est l'incapacité du modèle camerounais à transformer sa population nombreuse et ses ressources abondantes en puissance industrielle à haute valeur ajoutée.
Une industrie de surface, sans champions nationaux
Dans les zones industrielles de Douala ou dans l'espace industrialo-portuaire de Kribi, le diagnostic est posé. Le tissu manufacturier camerounais excelle dans la petite industrie : agro-alimentaire de première transformation, plasturgie légère, cimenteries d'assemblage, traitement du bois à faible technologie.
La BAD le souligne sans ambiguïté : le Cameroun aligne une multitude de Petites et Moyennes Industries (PMI) légères, mais manque de champions industriels lourds capables de rivaliser sur les marchés internationaux ou de s'imposer dans la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).
Le contraste avec ses voisins est saisissant. Le Gabon a imposé sa Zone Économique Spéciale de Nkok comme un hub mondial d'exportation de bois transformé en interdisant purement et simplement l'exportation de grumes brutes, forçant ainsi l'industrialisation locale. La Guinée Équatoriale a développé des infrastructures pétrochimiques massives.
Pendant ce temps, le Cameroun peine à faire émerger sa sidérurgie, sa grande chimie ou une transformation avancée de ses matières premières.
Trois verrous qui bloquent le moteur
Pourquoi cet enlisement ? La BAD et les analystes du secteur identifient trois facteurs structurels.
Premier verrou : l'énergie. L'industrie lourde est une dévoreuse de mégawatts. Malgré la mise en service de barrages hydroélectriques majeurs, le réseau de transport d'électricité reste vétuste. Les coupures de courant sont chroniques. La quasi-totalité des usines maintient des générateurs de secours un investissement colossal qui plombe directement la compétitivité-prix des produits camerounais à l'export.
Deuxième verrou : la logistique. Le port de Douala souffre d'un tirant d'eau limité, nécessitant un dragage permanent qui alourdit les coûts de passage portuaire. Le port en eau profonde de Kribi offre une alternative moderne, mais la connectivité routière et ferroviaire avec l'arrière-pays industriel reste insuffisante pour fluidifier les flux de marchandises lourdes.
Troisième verrou : le climat des affaires. L'industrie lourde exige des investissements à très long terme. Or, la fiscalité camerounaise souvent jugée instable par le patronat et les investisseurs étrangers et les tracasseries administratives dissuadent les capitaux technologiques d'envergure. Le secteur privé national se replie ainsi sur le commerce de court terme ou l'industrie légère, moins risquée, moins transformatrice.
Un signal d'alarme que l'on ne peut plus ignorer
Être classé dernier en industrialisation dans sa propre sous-région, alors que l'on en est le plus grand PIB, n'est pas une mauvaise performance conjoncturelle. C'est un avertissement structurel.
Le Cameroun ne pourra pas indéfiniment s'appuyer sur la taille de sa population et la diversité de son agriculture pour revendiquer son leadership sous-régional. Dans le cadre de la ZLECAF, les pays qui exporteront de la valeur transformée et non des matières premières brutes seront ceux qui capteront les emplois, les investissements et la croissance de demain.
La question n'est plus de savoir si le Cameroun peut devenir une puissance industrielle. C'est de savoir s'il en a encore la volonté politique et le temps.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
#Cameroun #Économie #Industrialisation #BAD #PIB #ZLECAF #Gabon #AfriqueEconomie #DéveloppementAfrique #Douala #Yaoundé #AfriqueDeboutLire aussi
:: Épouse de Moudiki : les coulisses d’une prise de pouvoir discrète
:: Souveraineté sucrière : le test Sosucam pour le Cameroun
:: Motaze sort du silence : les téléphones frauduleux doivent être bloqués maintenant
:: Faux enfants à charge : le gouvernement sort les griffes contre les fraudeurs
:: Délestage massif au Cameroun : quand l'État étouffe l'électricité qu'il est censé financer
LE DéBAT
Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun? :: AFRICA
AFRIQUE :: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ? :: AFRICA
AFRIQUE :: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe? :: AFRICA
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ? :: AFRICA
Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Dr Christian TCHAM entretien après la conférence de presse à Paris
Dr Christian Tcham à propos de Mesitraining
MBOU MBOU EMILE ancien Lion Indomptable...l'entretien avec Sopieprod
Vidéo
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
Valsero rend hommage à Anicet Ekanè et analyse le peuple camerounais à Bruxelles
Marianne Ekanè interpelle Nathalie Yamb
il y a une semaine
CAMEROUN :: Une femme en transe à Ndokoti : entre réalité et mise en scène, le doute s'installe :: CAMEROON
CAMEROUN :: Inondations à Yaoundé : quand une averse suffit à noyer la capitale :: CAMEROON
CAMEROUN :: BEPC 2026 : il colle ses réponses sous son pied. Le surveillant le démasque :: CAMEROON
Shanda Tonme: "Au Cameroun, la malédiction des ronds-points est une réalité" :: CAMEROON
CAMEROUN :: Affaire Zogo : pourquoi Amougou Belinga a effacé 26 appels avec Danwé ? :: CAMEROON
il y a un mois
NIGÉRIA :: Faux pasteurs : La loi nigériane qui secoue l'Église :: NIGERIA
FRANCE :: Eveline Kammegne : De l’audace et de l’énergie au service du Cameroun.
BELGIQUE :: Charlotte Dipanda conquiert le Cirque Royal de Bruxelles le 16 mai 2026 :: BELGIUM
CAMEROUN :: La mort des compagnons de Biya accélère la fin d'une ère politique :: CAMEROON
CAMEROUN :: Deux lettres « très urgent » signées le même jour, deux représentants désignés :: CAMEROON
il y a un an