CAMEROUN :: Journée Mondiale des Enseignant(e)s, 05 octobre 2015: MESSAGE DU SECRETAIRE GENERAL DU SNAES :: CAMEROON
© Correspondance : Roger KAFFO FOKOU | 14 Sep 2015 13:33:40 | 16191« Un personnel enseignant fort pour des sociétés durables. », tel est cette année le thème de la Journée Mondiale des Enseignant(e)s. L’Internationale de l’Education et les autres institutions internationales partenaires ont donc choisi judicieusement de revenir en cette 21è édition à quelque chose de fondamental : le destin des sociétés. Il était temps ! La logique « de chiffre d’affaires et de profit que nous décriions en 2014 est sur le point d’avoir raison du meilleur de nos sociétés. Partout sur la planète, le terrorisme et la guerre ont pris le dessus sur les stratégies de coopération et, dans un pays comme le Cameroun, la lutte contre la secte islamiste Boko Haram est en train d’asphyxier financièrement l’Etat. Loin d’être durables, nos sociétés sont désormais menacées de désintégration. La carte du monde qu’il nous est donné de contempler avec angoisse et horreur est aujourd’hui celle de gigantesques tsunamis de migrations forcées balayant tout sur leur passage, y compris à l’intérieur des frontières d’un même Etat, avec son lot de précarité, de catastrophes, de désespoirs déchirants et de morts lentes ou violentes.
Face à ces indescriptibles tragédies, la réponse sécuritaire semble prévaloir pour de nombreux acteurs étatiques et internationaux. Il est de plus en plus question, comme l’a montré le dernier Congrès mondial de l’IE à Ottawa, de développer des stratégies pour une éducation en zone de guerre ! Ce type de réponse, particulièrement efficace en situation de crise et sur le court terme, ne permet nullement de se projeter vers l’avenir. C’est sans doute pour cela que le choix a été fait, en cette année 2015, d’orienter la réflexion de tous sur la place et l’importance de l’action du personnel enseignant dans les processus de construction des sociétés pour peu que la durabilité soit au cœur de tels projets.
Mais nous savons que le projet de la Banque Mondiale pour la planète n’inscrit pas en son centre une éducation forte avec un personnel enseignant fort. Nous savons que nos Etats endettés et à bout de ressources financières obéissent plus aux injonctions des institutions de Bretton Woods qu’aux impératifs de durabilité de nos sociétés. Au Cameroun, la Banque Mondiale demande depuis quelques années de précariser et de fragiliser davantage l’ensemble du corps enseignant. Ce projet, déjà très avancé au niveau de l’Education de base avec la contractualisation de près des trois quarts des instituteurs, menace de s’en prendre aujourd’hui aux enseignants du secondaire. Alors que le nombre de places ouvertes dans les Ecoles Normales Supérieures se restreint comme peau de chagrin, un complot, ourdi depuis Bretton Woods, vise à stopper net l’intégration des produits de ces écoles. L’Etat camerounais doit résister et faire échouer un tel projet. La communauté éducative nationale doit résister et faire échouer ce sinistre complot.
Nous devons cependant ajouter pour préciser, que la première et plus grande force du personnel enseignant n’est pas instituée. L’enseignant dispose d’un magistère qui lui confère, théoriquement, une indiscutable autorité scientifique et pédagogique qu’il ne tient qu’à lui d’exercer en fait. C’est à la fois un sacré pouvoir et un pouvoir sacré : celui de souffler sur la glaise sociale l’Esprit dont celle-ci a besoin pour vivre durablement ; celui de parler à haute voix et avec autorité pour indiquer la voie à suivre. C’est en même temps une immense responsabilité : celle de refuser de se taire quand la situation exige de parler, de se croiser les bras quand les circonstances exigent d’agir, parce qu’un enseignant digne de ce nom ne saurait se faire complice de la destruction de l’école.
Ce pouvoir-là, par sa nature-même, ne se donne pas, ne s’institue pas : il s’impose et peut tout au plus être consacré. Il rayonne la confiance en soi et tire sa source de l’expertise scientifique et pédagogique, de l’ambition morale de son détenteur. Quand l’enseignant s’est élevé au-dessus de la matière – qu’il enseigne – et du matériel – qu’on lui refuse - , il peut alors rejoindre les dieux et être en mesure de dire : « Que la matière soit ! », et celle-ci sera. Enseignantes, enseignants, ne pleurons pas sur notre pauvreté, plaignons-nous de notre chute. Quand nous nous serons relevés, aurons à nouveau grimpé la colline pour retrouver notre place, alors seulement, notre pauvreté, sous toutes ses formes, disparaîtra, et nous serons désormais des enseignants forts au service d’une société durable.
Bonne journée mondiale à toutes les enseignantes et tous les enseignants. Un pour tous, tous pour un !
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