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CAMEROUN :: Martinez Zogo : les caméras qui piègent Amougou Belinga :: CAMEROON

Devant le tribunal militaire de Yaoundé, le colonel Jean-Pierre Otoulou a retracé pendant sept heures les premières investigations de l'affaire Martinez Zogo, révélant un pacte financier, des complicités assumées et un système où se mêlent intérêts, pressions et trahisons.

**Yaoundé, tribunal militaire, 14 juillet 2026, 12h20.** La salle est comble. L'opinion publique camerounaise retient son souffle. Devant la barre, un homme en treillis, le colonel Jean-Pierre Otoulou, 34ᵉ témoin de l'accusation dans l'affaire Martinez Zogo, s'apprête à parler.

Il était commandant de la légion de gendarmerie du Centre en janvier 2023, lorsque le journaliste d'Amplitude FM a été enlevé devant un poste de gendarmerie et retrouvé mort, torturé, cinq jours plus tard. « Je me suis senti personnellement interpellé », confie-t-il.

Pendant près de sept heures, l'officier supérieur va livrer une déposition fleuve. Il racontera la manipulation d'un homme fragile, les caméras de surveillance qui ne mentent pas, les relevés téléphoniques qui trahissent, et surtout, les aveux d'un officier de la DGRE qui finit par lâcher : « Mon colonel, je change ma déclaration. »

L'affaire Martinez Zogo l'un des dossiers les plus sensibles de l'histoire judiciaire récente du Cameroun vient de connaître l'une de ses audiences les plus explosives.

L'homme qui a mené l'enquête

Le colonel Jean-Pierre Otoulou, aujourd'hui commandant de la légion de gendarmerie du Littoral, dirigeait celle du Centre au moment des faits. Il avait pris ses fonctions moins de six mois avant l'enlèvement. Dès les premières heures, il s'est rendu sur les lieux du drame.

« Il fallait que je sache ce qui s'était réellement passé dans ce poste pour rendre compte », explique-t-il. Son constat est sans appel : la manière dont le véhicule de Martinez Zogo a été percuté révèle une opération de professionnels. « Il a été percuté de manière à effectuer un tête-à-queue et à se retrouver face au portail de la gendarmerie », détaille-t-il. Martinez Zogo tente d'entrer dans le poste, mais la forte pente l'en empêche.

Pour le colonel, une certitude s'impose : « Il ne s'agissait pas de simples bandits, mais de spécialistes appartenant à une unité spéciale. » Un commando organisé, agissant dans une zone dépourvue de caméras de surveillance.

Les premiers soupçons : Danwe et la DGRE

Quelques jours après l'enlèvement, le colonel Otoulou apprend que le directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), le lieutenant-colonel Justin Danwe, avait préalablement demandé des renseignements sur Martinez Zogo.

Les enquêteurs exploitent les relevés téléphoniques. Le téléphone de Danwe a borné au niveau de Total Yannick, au même moment où le Prado noir le véhicule du commando traversait la zone.

Auditionné, Danwe manipule son téléphone comme s'il supprimait des messages. Confronté aux preuves, il finit par reconnaître : « C'est moi qui ai fait l'opération. » Il cite l'adjudant-chef Ebo'o comme complice.

Le pacte secret du domicile d'Amougou Belinga

C'est ici que le témoignage du colonel Otoulou prend une tournure politique. Selon ses déclarations, les investigations ont mis au jour une réunion clandestine ayant réuni le puissant patron de presse Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwe.

L'objet de ce conciliabule ? La planification et le financement d'une opération dont les contours restaient flous jusqu'ici. Danwe aurait expliqué avoir agi « pour faire plaisir à son chef ».

La confrontation entre les deux hommes est décisive. Amougou Belinga déclare connaître Danwe. Danwe, lui, prétend d'abord ne pas le connaître. Face à l'insistance du colonel Otoulou, Danwe craque : « Mon colonel, je change ma déclaration. Je connais très bien M. Amougou. »

Selon le témoin, Danwe explique avoir sollicité l'aide d'Amougou Belinga pour obtenir une avance sur solde auprès du ministre des Finances. C'est au cours de cet échange qu'Amougou Belinga lui aurait demandé de « faire taire Martinez Zogo » en précisant : « faire taire », pas « tuer ».

500 000 FCFA pour un assassinat

Le colonel Otoulou détaille le financement de l'opération. Après la planification, Amougou Belinga aurait remis à Danwe environ 500 000 FCFA. Une seconde rencontre, à l'immeuble Ekang le fief d'Amougou Belinga donne lieu à une nouvelle remise d'argent.

Le lendemain de l'enlèvement, Danwe retourne informer Amougou Belinga du déroulement de l'opération. Ce dernier lui remet encore de l'argent en déclarant : « J'attends de voir le résultat. » Après la découverte du corps de Martinez Zogo, Danwe revient l'informer. C'est la seule fois, selon le colonel, où il serait reparti sans recevoir d'argent.

Pour étayer ses dires, le colonel Otoulou a produit des images des caméras de surveillance de l'immeuble Ekang. Ces vidéos attestent des allées et venues régulières de Danwe, venu y « rendre compte » de l'avancement de l'opération.

Eko Eko, l'homme qui savait

Le colonel Otoulou a également sollicité l'audition du directeur général de la DGRE, Maxime Eko Eko. Selon son témoignage, ce dernier lui aurait déclaré : « Ne me dérangez pas. Demandez à Amougou Belinga et à Danwe ce qu'ils ont fait. »

Pour le colonel, cette déclaration démontrait que le directeur général de la DGRE connaissait déjà les faits. Eko Eko lui aurait même remis un support amp-audio dans lequel un certain Bidjongo échange avec Amougou Belinga. À l'exploitation de cet enregistrement, les enquêteurs auraient entendu Amougou Belinga déclarer que « même Eko Eko est ma personne ».

Le message est clair : Amougou Belinga dispose de relais au plus haut niveau de l'appareil sécuritaire camerounais.

« Le jour J, ça sera sans pitié »

Le volet le plus glaçant du récit du colonel concerne Bruno Bidjang, présenté comme le « bras droit » d'Amougou Belinga. L'analyse forensique de son téléphone portable a exhumé un message qui a glacé l'assistance. Adressé à un certain Paul Daisy Biya, le texte était sans équivoque : « Le jour J, ça sera sans pitié pour Martinez. »

Un aveu numérique qui anéantit les dénégations du prévenu.

L'iPhone disparu et les zones d'ombre

Le colonel Otoulou a également soulevé un point troublant : le rapport d'expertise n'a exploité qu'environ 18 % des appareils saisis. Un iPhone aurait été confié à une employée de maison avant d'être récupéré. « Nous ne disposons toujours pas de ce téléphone aujourd'hui », affirme-t-il, estimant que cette disparition constitue un élément troublant.

Les débats juridiques

Avant même le fond de sa déposition, plusieurs avocats de la défense ont contesté sa comparution en qualité de témoin, estimant que le procès-verbal de l'enquête préliminaire devait être produit.

Le président du tribunal, se fondant sur l'article 317 du Code de procédure pénale, a rejeté ces objections, indiquant que « le seul impératif du tribunal demeurait le respect des droits de la défense ».

À 17h10, le président du tribunal a renvoyé l'affaire aux 3 et 4 août 2026, à la demande de Maître Claude Assira, avocat de l'État du Cameroun et de la DGRE. Les débats reprendront avec la poursuite de la cross-examination du colonel Jean-Pierre Otoulou.

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