Biya convoque Beti Assomo : l’affaire Zogo rattrape le Mindef
© Camer.be : Onana Nestor | 22 oct. 2026 17:48:00 | 462Paul Biya a demandé des explications à Joseph Beti Assomo sur ses contacts présumés dans l’affaire Martinez Zogo. Coulisses d’une convocation qui secoue le sommet de l’État.
Deux enregistrements audio, un contact direct avec Jean-Pierre Amougou Belinga et des consignes présidentielles : l’affaire Martinez Zogo vient de rattraper le ministre délégué à la Défense.
Le ministre est arrivé. Il est reparti avec des consignes. Ce qu’il a dit dans l’intervalle, personne ne le publiera jamais mot pour mot. Mais les questions, elles, sont connues : pourquoi le nom de Beti Assomo apparaît-il dans des échanges téléphoniques liés au dossier Zogo ? Pourquoi a-t-il cherché à joindre, sans intermédiaire, l’homme d’affaires incarcéré Jean-Pierre Amougou Belinga ? Et pourquoi a-t-il fallu que Paul Biya lui ordonne, noir sur blanc, de ne plus toucher au dossier ?
Une convocation qui n’a rien d’une routine
Au palais d’Etoudi, les convocations de ministres ne sont jamais anodines. Celle de Joseph Beti Assomo, en début de semaine, l’est encore moins. Le ministre délégué à la Défense a été entendu par le chef de l’État en personne. Pas un émissaire. Pas un conseiller. Paul Biya lui-même.
Le motif officiel n’a pas été publié. Mais plusieurs sources concordantes, dont le magazine Jeune Afrique, indiquent que l’explication a porté sur l’affaire Martinez Zogo. Le journaliste avait été enlevé le 17 janvier 2023 à Yaoundé, avant que son corps mutilé ne soit retrouvé cinq jours plus tard à Ebogo III. Trois ans plus tard, son dossier continue de remonter vers les plus hautes sphères de l’État.
Ce n’est pas le procès qui a changé la donne. C’est ce qui circule à côté.
Deux enregistrements, une même question : qui parle à qui ?
Le premier enregistrement dure un peu plus de onze minutes. On y entend le lieutenant-colonel Ayissi Nanga Parfait, témoin clé dans l’affaire, s’entretenir avec Martin Savom, lui-même poursuivi dans le dossier.
L’officier y confie son inquiétude. Il dit ne pas avoir dormi depuis qu’on lui a rapporté que « le vieux » — le surnom du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh — était fâché contre lui. Il redoute d’être cité comme témoin, rapporte Jeune Afrique, qui ne précise pas avoir établi l’authenticité de l’enregistrement.
Dans le même échange, Martin Savom évoque des démarches en vue d’une libération. Il rapporte les propos qu’aurait tenus « le ministre » de la Défense : il attendrait la fin des auditions des témoins. Jeune Afrique identifie ce ministre comme étant Joseph Beti Assomo. Mais le magazine précise qu’il s’agit de propos rapportés dans l’enregistrement, non vérifiés.
Le second enregistrement est un message vocal. Alain Ekassi, présenté comme un agent des renseignements, s’adresse à Martin Savom. Il lui reproche de l’avoir sollicité à plusieurs reprises. Il se dit étranger aux « histoires » dans lesquelles on aurait voulu l’impliquer. Le cœur du message : la disparition d’un document qu’il affirme avoir déposé à la légion de gendarmerie du Centre. Ce document portait sur un versement de 15 milliards de F CFA. Ekassi accuse Martin Savom et le colonel Jean-Pierre Otoulou, qui a conduit l’enquête, de l’avoir fait disparaître. La juge d’instruction aurait demandé à plusieurs reprises où se trouvait ce document.
Ces accusations n’ont pas été vérifiées par la justice. Jeune Afrique ne dit pas non plus avoir confirmé ce point auprès de la magistrate.
Reste une question, la seule qui compte pour le palais : pourquoi le nom du ministre de la Défense revient-il dans ces échanges ?
Le contact qui a fait basculer la semaine
Selon les informations de Jeune Afrique, Joseph Beti Assomo serait entré en contact, sans intermédiaire, avec Jean-Pierre Amougou Belinga. L’homme d’affaires est incarcéré depuis 2023 dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo. Le magazine ne précise ni la date ni la nature de ce contact.
C’est ce point qui aurait déclenché la convocation. Paul Biya aurait enjoint à son ministre de ne pas interférer dans la procédure. Des consignes fermes auraient également été données sur le traitement du dossier Ayissi Nanga : libérer l’officier sans délai et suivre le cours normal des auditions.
L’officier avait été arrêté à Yaoundé le 18 octobre 2026, avant d’être relâché. Quelques jours plus tôt, il s’était présenté à l’improviste au tribunal militaire, en plein procès, pour demander à témoigner en urgence. Il affirmait que sa vie était en danger.
Derrière Zogo, une guerre de clans au sommet
La convocation de Beti Assomo ne se comprend pas sans le contexte des rivalités qui structurent l’appareil d’État camerounais. Le ministre délégué à la Défense et le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, ne s’entendent plus. Jeune Afrique rapporte que Ngoh Ngoh aurait envisagé de proposer au chef de l’État de remplacer Beti Assomo par Galax Yves Landry Etoga, actuel secrétaire d’État à la Défense chargé de la gendarmerie nationale, lors d’un prochain remaniement.
Les rapports entre Etoga et Beti Assomo se sont tendus en 2026. En juin, le ministre délégué a suspendu la délégation de signature dont disposait le secrétaire d’État, à la suite de désaccords sur les affectations dans la gendarmerie.
Ce n’est pas une querelle de personnes. C’est une lutte pour le contrôle de l’appareil sécuritaire. Et l’affaire Zogo en est devenue le terrain.
Ce que le procès a déjà dit
Le procès devant le Tribunal militaire de Yaoundé se poursuit. Le 1er juin 2026, des images de torture de Martinez Zogo ont été projetées pour la première fois. La salle était sidérée. Des avocats ont quitté l’audience.
Le 22 juin, un expert en cybercriminalité, Jean-Pierre Eloumou, a livré un témoignage qui a fait sensation. L’exploitation du téléphone de la victime a permis de constater que Martinez Zogo était un informateur du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, et du directeur adjoint du cabinet civil, Oswald Baboke. Selon l’expert, le journaliste alimentait ces deux personnalités en accusations de détournements de fonds visant Jean-Pierre Amougou Belinga.
L’expertise ne dit pas si Ngoh Ngoh ou Baboke étaient impliqués dans la mort du journaliste. Mais leur nom est désormais cité dans le dossier.
Ce qui n’est pas confirmé
Il faut le dire clairement.
L’authenticité des deux enregistrements n’a pas été établie par Jeune Afrique, et nous ne sommes pas en mesure de la vérifier. Les propos de Martin Savom sur « le ministre » sont des propos rapportés, pas des constatations judiciaires. L’accusation d’Alain Ekassi contre Martin Savom et le colonel Otoulou relève de ses déclarations, pas d’un jugement. Le contact entre Beti Assomo et Amougou Belinga est présumé : ni sa date ni sa nature n’ont été précisées.
Ce que l’on sait avec certitude : Paul Biya a convoqué son ministre de la Défense. Le reste est une bataille d’interprétations.
Pourquoi Paul Biya a-t-il convoqué Joseph Beti Assomo ?
Parce que le nom du ministre apparaît dans des échanges liés à l’affaire Martinez Zogo, et parce qu’il aurait cherché à contacter directement Jean-Pierre Amougou Belinga, l’un des principaux accusés.
Qu’est-ce que le document de 15 milliards de F CFA ?
Selon Alain Ekassi, il s’agit d’une dénonciation déposée à la légion de gendarmerie du Centre, portant sur un versement de 15 milliards de F CFA. Ce document aurait disparu. Jeune Afrique ne précise ni l’origine ni la destination de cette somme.
Joseph Beti Assomo va-t-il être remplacé ?
Aucune décision n’a été annoncée. Mais Ferdinand Ngoh Ngoh aurait envisagé de proposer Galax Yves Landry Etoga pour le remplacer lors d’un prochain remaniement.
Le procès Zogo est-il terminé ?
Non. Le procès devant le Tribunal militaire de Yaoundé se poursuit. Plusieurs audiences ont été renvoyées. Aucun verdict n’a été rendu à ce jour.
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