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GéOPOLITIQUE

Midterms : le rêve de troisième mandat de Tshisekedi s'effondre

La défaite de Donald Trump aux élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 prive Félix Tshisekedi de son principal allié à Washington. Alors que le Congrès, désormais démocrate, s'apprête à enquêter sur les contrats et les intermédiaires du régime congolais, le pari du président de la RDC se transforme en impasse politique.

Kinshasa, 4 novembre Le réveil est brutal

Le résultat est tombé dans la nuit. Les démocrates ont reconquis la Chambre des représentants et le Sénat. Une victoire sans appel, que le New York Times a qualifiée de « rebuffade cinglante » infligée à Donald Trump. Pour la RDC, c'est un séisme. Pas un séisme militaire. Un séisme politique.

Félix Tshisekedi avait tout misé sur un homme : Donald Trump. Pendant dix-huit mois, son régime a bâti sa survie sur cette relation personnelle, court-circuitant les institutions américaines au profit d'une poignée d'émissaires. Le pari a fonctionné. Jusqu'au 3 novembre 2026.

Ce jour-là, les électeurs américains ont changé la donne. Et à Kinshasa, le réveil est douloureux.

Le pari Tshisekedi  une présidence sous perfusion américaine

Il faut mesurer l'ampleur de ce qui se joue. Depuis la perte de Goma et Bukavu, Félix Tshisekedi gouverne avec un filet de sécurité : le soutien de Washington. Un soutien qui ne passait pas par le Département d'État, mais par des « envoyés spéciaux » aux méthodes troubles.

Massad Boulos, le père de Michael Boulos, l'époux de Tiffany Trump, est devenu l'homme-clé de cette relation. C'est lui qui a négocié avec Tshisekedi, qui a discuté des mines de lithium de Manono, qui a persuadé le président congolais de suspendre ses contrats de lobbying à Washington pour ne passer que par des canaux « officiels » comprendre : les siens.

Autour de Boulos, un aréopage hétéroclite. Erik Prince, le fondateur de Blackwater, qui a signé un contrat de sécurité et de services miniers avec le gouvernement congolais fin 2024, pour plusieurs centaines de millions de dollars sur cinq ans. Alina Habba, ancienne avocate personnelle de Trump. Des firmes de lobbying facturant des millions pour des résultats proches du néant.

« Un ex-haut responsable du Département d'État » décrit Boulos comme moins un médiateur qu'un « lobbyiste de Kinshasa ». les États-Unis n'ont pas négocié avec la RDC. Ils ont négocié avec Tshisekedi.

Ce que le 3 novembre change concrètement

Le basculement du Congrès n'est pas un détail procédural. C'est un changement de régime d'attention. Les démocrates ont promis des enquêtes. Ils disposent désormais des leviers pour les mener.

« Auditions, convocations, demandes de documents. » Ce qui attend les intermédiaires de Kinshasa. Le New York Times, Reuters et d'autres médias ont déjà documenté le fonctionnement de ce réseau. Les commissions parlementaires vont désormais pouvoir mettre leur nez dans les contrats, les paiements, les relations entre ces hommes et le régime congolais.

Un responsable cité par le site Ellenkampire.com, proche du ministère congolais des Affaires étrangères, résume l'ambiance à Kinshasa : « Nous sommes dans de sales draps. Si l'un de nos lobbyistes est appelé à témoigner par le Congrès, nous aurons de gros problèmes. »

Ce témoignage n'a pas pu être vérifié de manière indépendante. Il émane d'une source unique. Mais il correspond à l'analyse de plusieurs observateurs : le Congrès, désormais aux mains des démocrates, ne laissera pas passer les arrangements de l'ère Trump-Boulos sans poser de questions.

La fin d'un soutien inconditionnel

Le changement ne sera pas seulement parlementaire. Il sera aussi politique. La ligne qui prévalait sous Biden soutien à l'intégrité territoriale de la RDC, pression sur le Rwanda devrait rester. Mais un nouvel élément s'y ajoute : la fin de la complaisance vis-à-vis de Kinshasa.

Concrètement, le soutien américain à la RDC ne sera plus assimilé à un soutien à Félix Tshisekedi. Washington pourrait exiger du régime qu'il respecte les libertés politiques et l'ordre constitutionnel. Des sanctions contre des dignitaires du régime sont envisagées. Le précédent Kabila est dans tous les esprits : entre 2017 et 2018, Washington avait multiplié les pressions et les sanctions contre les responsables de son régime, sur fond de répression et de crise électorale.

Le parallèle est d'autant plus troublant que le rêve de Tshisekedi de briguer un troisième mandat pourtant interdit par la Constitution semble s'être envolé avec la défaite de Trump.  « Son rêve de troisième mandat […] a vu […] définitivement sombrer. » Une affirmation qu'il convient de manier avec prudence : aucune déclaration officielle n'a confirmé que Tshisekedi renonçait à ce projet. Mais la logique politique est implacable. Sans le parapluie américain, l'option d'un maintien au pouvoir au-delà de 2028 devient beaucoup plus risquée.

Les autres perdants, et le cas congolais

Trump n'est pas le seul à sortir affaibli du scrutin. Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu y laissent aussi des plumes. Mais c'est en Afrique que le coup est le plus rude. Et c'est en RDC qu'il est le plus visible.

La raison est simple : aucun autre dirigeant africain n'avait autant personnalisé sa relation avec l'administration Trump. Aucun autre n'avait autant misé sur des intermédiaires familiaux et des contrats opaques. Aucun autre ne se retrouve aujourd'hui avec autant de questions à répondre devant un Congrès qui ne lui doit rien.

Deux scénarios se dessinent.

Le premier est celui d'un régime qui tente de sauver les apparences. Il négocie avec le nouveau Congrès, lâche du lest sur les libertés politiques, accepte des concessions. Les contrats de lobbying sont enterrés. Les intermédiaires sont sacrifiés. Tshisekedi tente de se refaire une virginité démocratique.

Le second est celui d'un régime qui s'accroche. Il continue de parier sur les réseaux de l'ère Trump, espérant que le Sénat démocrate ne sera pas aussi offensif que la Chambre. Il joue la montre, en misant sur la prochaine élection présidentielle américaine de 2028.

Aucun des deux scénarios n'est rassurant pour les Congolais. Le premier maintient un système qui a échoué. Le second risque de précipiter le pays dans une crise encore plus profonde.

Une question, à Kinshasa, revient désormais dans tous les couloirs du pouvoir : combien de temps le régime peut-il tenir sans Washington ?


1. Pourquoi les midterms américaines concernent-elles la RDC ?
Parce que Félix Tshisekedi avait fait de Donald Trump son principal allié. Les États-Unis soutenaient son régime face au M23 et aux pressions rwandaises. Avec la défaite de Trump, ce soutien devient beaucoup plus incertain.

2. Qu'est-ce que ça change concrètement ?
Le Congrès, désormais contrôlé par les démocrates, peut enquêter sur les contrats et les intermédiaires du régime congolais. Des auditions, des convocations, des demandes de documents sont à prévoir. Les lobbyistes de Kinshasa vont devoir s'expliquer.

3. Qui sont ces intermédiaires ?
Massad Boulos (conseiller de Trump pour l'Afrique, beau-père de Tiffany Trump), Erik Prince (fondateur de Blackwater, contrat de sécurité et de mines), Alina Habba (ancienne avocate de Trump). Tous ont négocié directement avec Tshisekedi, en marge des institutions.

4. Le rêve de troisième mandat de Tshisekedi est-il vraiment terminé ?
Ce n'est pas confirmé officiellement. Mais sans le soutien de Washington, l'option d'un maintien au pouvoir au-delà de 2028 devient beaucoup plus risquée. Des sanctions contre des dignitaires sont envisagées.

5. Est-ce que les États-Unis vont arrêter de soutenir la RDC ?
Pas forcément. La ligne sur l'intégrité territoriale de la RDC et la pression sur le Rwanda devrait rester. Mais le soutien ne sera plus inconditionnel. Washington pourrait exiger du régime qu'il respecte les libertés et l'ordre constitutionnel.

6. Qu'est-ce que ça change pour la population congolaise ?
À court terme, pas grand-chose. Les combats à l'est continuent. Mais à moyen terme, le régime pourrait être contraint de négocier, de libérer des prisonniers politiques, ou de renoncer à un troisième mandat. Ou, au contraire, de se durcir.

7. Est-ce que la Russie ou la Chine peuvent remplacer les États-Unis ?
La Chine est déjà un acteur majeur en RDC, notamment dans les mines. La Russie a des liens limités. Il est peu probable qu'elles remplacent les États-Unis sur le plan sécuritaire à court terme.

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