30 jours sans Biya : le Cameroun gouverné par un président invisible ?
© Camer.be : Paul Moutila | 07 juil. 2026 02:37:42 | 2805Cela fait désormais 30 jours que le président camerounais Paul Biya, 93 ans, n'a pas été vu en public, tandis que le gouvernement se borne à indiquer qu'il se trouve en Suisse sans fournir la moindre preuve de vie et que des « faux décrets présidentiels » et des « tentatives de coup d'État » sont dénoncés par les autorités.
Trente jours. Un mois entier. C'est le temps qui s'est écoulé depuis la dernière apparition publique de Paul Biya. Le 20 mai 2026, sur le boulevard du 20 Mai à Yaoundé, le président camerounais, 93 ans, présidait les cérémonies de la fête nationale. Depuis, plus rien. Aucune image. Aucune déclaration. Aucune preuve de vie.
Le gouvernement affirme qu'il est en Suisse. Le porte-parole René Emmanuel Sadi assure que le président est à Genève et « nullement admis dans un quelconque établissement médical ». Mais aucune photo, aucune vidéo, aucun message ne vient étayer ces déclarations.
Dans ce vide sidéral, les rumeurs prospèrent. La fille du président, Brenda Biya, affirme que « son père est mourant ». Le magazine Jeune Afrique révèle qu'il aurait été hospitalisé dans une clinique privée de Genève après un malaise lors de la fête nationale. Et des « faux décrets présidentiels » circuleraient, selon les autorités, dans une tentative de déstabilisation des institutions.
Le Cameroun, qui n'a connu que lui depuis 44 ans, est suspendu à une énigme. Le président est-il encore en vie ? Qui gouverne vraiment le pays ?
Une absence qui dure, un silence qui pèse
Le 20 mai 2026, le Cameroun célèbre sa fête nationale. Paul Biya, 93 ans, préside la parade militaire sur le boulevard du 20 Mai à Yaoundé. Les images officielles le montrent, mais les observateurs notent une fragilité inhabituelle.
Depuis ce jour, plus rien. L'homme qui dirige le Cameroun depuis près de 44 ans a disparu des radars.
Le gouvernement se borne à indiquer que le chef de l'État se trouve en Suisse pour un « séjour privé ». Le 18 juin, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, dément les informations de Jeune Afrique, les qualifiant de « conjectures malveillantes et infondées ». Il confirme toutefois que Biya est à Genève et qu'il pourrait y effectuer des « consultations médicales de routine ». Mais aucune preuve de vie n'est apportée.
L'enquête de Jeune Afrique : malaise, clinique secrète, succession
Le 16 juin, le magazine panafricain Jeune Afrique publie une enquête qui ébranle le pouvoir camerounais. Selon l'article, Paul Biya aurait fait un malaise lors des cérémonies du 20 mai. Il aurait été évacué discrètement le 7 juin vers une clinique privée de Genève.
La clinique est tenue secrète. Les dossiers urgents de l'État sont gelés. Le fils du président, Franck Biya, habituellement basé à Monaco, a rejoint son père en Suisse. La famille se réunit autour du patriarche.
Le politologue Aboubakar Ousmane Mey a déclaré que Biya n'est « plus en contrôle de la gouvernance du pays ».
« Mon père est mourant » : la déclaration choc de Brenda Biya
Dans ce contexte de silence officiel, Brenda Biya, la fille du président, a choisi de parler. Le 4 juillet 2026, elle publie une vidéo sur Facebook qui va enflammer la toile.
Elle affirme que son père est mourant et que son entourage le sait. Elle accuse les proches du président de la maintenir enfermée dans une chambre pour la filmer. Sa conclusion est glaçante : « le gouvernement est en train de finir ».
Mais Brenda Biya n'est pas une source fiable. Elle s'est déjà illustrée par des déclarations spectaculaires suivies de rétractations. Ses propos doivent donc être pris avec précaution. Mais ils révèlent une vérité plus large : dans l'absence de transparence, les rumeurs deviennent les seules sources d'information pour des millions de Camerounais.
La communication gouvernementale : une stratégie du vide
La gestion de cette crise par le gouvernement camerounais interroge. Pendant 30 jours, seul un bref communiqué est venu rompre le silence. Et encore : le gouvernement n'a été contraint de parler que lorsque Jeune Afrique a publié son article sur l'hospitalisation présumée du président.
Cette stratégie de communication minimale, qui fait de la santé du président un secret d'État, a des conséquences désastreuses. Elle alimente les spéculations les plus alarmantes. Elle crée un climat d'incertitude propice aux manipulations.
Les faux décrets présidentiels : le symptôme d'un vide institutionnel
L'absence de communication officielle a eu une conséquence directe : la circulation de faux décrets présidentiels. Début juin 2026, un individu s'est rendu dans les locaux de la CRTV, la télévision nationale à Yaoundé, et y a déposé un pli fermé contenant un faux décret.
Le gouvernement a dû sortir du silence pour démentir. Une tentative de diffusion de faux décrets présidentiels a été déjouée, et un suspect a été arrêté. L'affaire est révélatrice : dans un contexte de vide institutionnel, les manipulateurs tentent de prendre le pouvoir par la ruse.
Le ministre Henri Eyebe Ayissi a d'ailleurs dénoncé des « tentatives de coup d'État à travers les faux décrets présidentiels » et des « nominations illégales ».
La question de la succession : le vrai enjeu
Derrière le mystère sanitaire se profile une question politique vertigineuse : qui succédera à Paul Biya ?
Le président, au pouvoir depuis 1982, est le plus vieux chef d'État du monde. Il a été réélu pour un huitième mandat en novembre 2025.
Son fils, Franck Biya, est de plus en plus présenté comme un successeur potentiel. Sa présence en Suisse aux côtés de son père alimente les spéculations. Mais d'autres figures pourraient également briguer la succession.
Le Cameroun, qui n'a connu que Biya depuis 44 ans, se prépare à un basculement historique. Mais dans le plus grand des secrets.
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