Atanga Nji suspend le FSNC de Tchiroma pour 3 mois
© Camer.be : Toto Jacques | 27 oct. 2026 19:33:00 | 505Atanga Nji suspend le FSNC d'Issa Tchiroma Bakary pour 3 mois. Insurrection, intégrité territoriale, violences : les motifs de l'arrêté du 27 octobre.
Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a signé le 27 octobre 2026 un arrêté suspendant pour trois mois toutes les activités du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) sur l'ensemble du territoire national. L'arrêté, référencé n°00163/A/MINAT, invoque cinq motifs liés aux événements survenus pendant et après l'élection présidentielle du 12 octobre 2025.
Appel à l'insurrection. Atteinte à l'intégrité territoriale. Incitation à la violence. Troubles graves à l'ordre public. Résidence des dirigeants statutaires à l'étranger.
Cinq motifs. Une signature. Et un parti présidé par Issa Tchiroma Bakary, exilé en Gambie depuis novembre 2025, qui conteste toujours les résultats de la présidentielle. L'arrêté a été pris alors que des instances judiciaires sont en cours et que des condamnations ont été prononcées, notamment par le Tribunal militaire de Yaoundé.
Atanga Nji suspend le FSNC de Tchiroma Bakary pour trois mois
Le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) est un parti politique dirigé par Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et figure de l'opposition. Après l'élection présidentielle du 12 octobre 2025, remportée selon les résultats officiels par Paul Biya, Tchiroma Bakary a contesté la victoire, s'est proclamé président élu, et a quitté le pays pour la Gambie, où il a demandé l'asile le 7 novembre 2025.
Depuis son exil, le FSNC a mené une offensive politique et judiciaire. En juin 2026, Tchiroma Bakary a déposé deux plaintes devant le tribunal judiciaire de Paris, visant Paul Biya et une vingtaine de hauts responsables camerounais, dont Paul Atanga Nji, pour des crimes commis lors de la répression des manifestations postélectorales. Le parti a également annoncé sa participation aux élections législatives et municipales de 2026, avant de revenir sur sa position.
C'est dans ce contexte que le ministre de l'Administration territoriale a signé, le 27 octobre 2026, un arrêté de suspension.
Ce que dit l'arrêté du 27 octobre
L'arrêté, dont une copie a été rendue publique, est court. Il tient en quatre articles.
L'article 1er suspend le parti pour trois mois à compter de la date de signature. La suspension couvre l'ensemble du territoire national. Elle vise « toutes les activités du parti politique dénommé Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) ».
L'article 2 interdit toutes les activités du parti pendant la période de suspension.
L'article 3 précise que les contrevenants s'exposent à des poursuites judiciaires conformément à la législation en vigueur.
L'article 4 charge les gouverneurs de région, les préfets et les sous-préfets de l'application de l'arrêté.
Le document est signé « ATANGA NJI Paul », ministre de l'Administration territoriale, et porte le sceau du ministère.
Les cinq motifs invoqués par Atanga Nji
L'arrêté énumère cinq motifs, présentés comme les fondements de la suspension. Ils sont tous liés, selon le texte, à des actes commis « pendant et après l'élection présidentielle du 12 octobre 2025 ».
Le premier motif est l'« appel à l'insurrection ». Le deuxième, l'« atteinte à l'intégrité territoriale, à l'unité nationale et à la souveraineté nationale ». Le troisième, l'« incitation à la violence ayant occasionné des destructions de biens publics et privés ». Le quatrième, les « troubles graves à l'ordre public ». Le cinquième, la « résidence de l'un des dirigeants statutaires à l'étranger ».
Ce dernier motif est directement lié à la situation d'Issa Tchiroma Bakary. Le président du FSNC vit en Gambie depuis novembre 2025 et n'est pas rentré au Cameroun. Pour les autorités, cette résidence à l'étranger constitue en soi un motif de suspension.
« L'arrêté ne dit pas que le FSNC a été condamné. Il dit que ses activités présentent un risque pour l'ordre public. C'est une décision administrative, pas une décision de justice. »
Le contexte judiciaire et politique
L'arrêté mentionne explicitement que des « instances sont en cours » devant les juridictions et que des « condamnations » ont été prononcées, notamment par le Tribunal militaire de Yaoundé lors de son audience du 08 octobre 2026, « contre les auteurs des violences » commises lors de l'élection présidentielle.
Cette référence au Tribunal militaire est notable. Le procès Martinez Zogo s'y tient, mais l'arrêté ne mentionne pas cette affaire. Il vise les violences postélectorales, distinctes.
Sur le plan politique, la suspension intervient à un moment où le FSNC est affaibli. Tchiroma Bakary est en exil. Le parti a connu des revirements sur sa participation aux élections. Des cadres ont envisagé de se présenter sous d'autres bannières. La suspension ajoute une contrainte juridique à une situation déjà fragile.
Ce que cette suspension change
Trois mois. C'est la durée de la suspension. Elle peut être levée, prolongée, ou suivie d'une dissolution. L'arrêté ne précise pas les conditions d'une éventuelle levée.
Pour le FSNC, l'effet est immédiat. Les activités publiques sont interdites. Les réunions, les conférences de presse, les déplacements au nom du parti tombent sous le coup de l'article 2. Les contrevenants s'exposent à des poursuites.
Pour l'opposition camerounaise, la mesure envoie un signal. Un parti dont le dirigeant est en exil et qui conteste les résultats d'une élection peut être suspendu par décision administrative, sans passage devant un juge. La voie judiciaire reste ouverte, mais elle est distincte de la voie administrative.
« La question n'est pas de savoir si le FSNC respecte la loi. La question est de savoir si la suspension est proportionnée. Trois mois, c'est long pour un parti qui doit préparer des élections. »
Le FSNC peut contester l'arrêté devant les juridictions administratives. Aucun recours n'a été annoncé publiquement au moment d'écrire ces lignes. Le parti n'a pas publié de communiqué officiel sur la suspension.
Issa Tchiroma Bakary, depuis la Gambie, n'a pas réagi publiquement à l'arrêté. Nous avons tenté de joindre un représentant du FSNC à Yaoundé. Sans succès à l'heure de publication.
La suspension court jusqu'au 27 janvier 2027. D'ici là, le paysage politique camerounais compte un parti de moins dans l'arène légale. Et une question de plus sur la frontière entre administration et politique.
Pourquoi le FSNC est-il suspendu ?
Selon l'arrêté du 27 octobre 2026, le FSNC est suspendu pour cinq motifs : appel à l'insurrection, atteinte à l'intégrité territoriale, incitation à la violence, troubles graves à l'ordre public, et résidence de l'un de ses dirigeants statutaires à l'étranger.
Qui a signé l'arrêté de suspension ?
L'arrêté n°00163/A/MINAT a été signé par Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale, le 27 octobre 2026.
Combien de temps dure la suspension du FSNC ?
La suspension est prononcée pour une durée de trois mois à compter du 27 octobre 2026. Elle couvre l'ensemble du territoire national.
Le FSNC peut-il contester cette suspension ?
Oui. Le parti peut déposer un recours devant les juridictions administratives compétentes. Aucun recours n'a été annoncé publiquement à ce stade.
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