Libre circulation des personnes : L’ouverture en trompe-l’œil des frontières équato-guinéennes
© Le Quotidien De L’économie : Sandrine Gaingne | 17 mars 2017 13:03:07 | 6612Depuis le 3 mars, Obiang Nguema a ouvert ses frontières aux Camerounais titulaires de passeport diplomatique, officiel ou de service, ou en possession d’un ordre de mission. Les autres sont priés d’attendre.
Dans une note verbale datée du 3 mars 2017, l’ambassade de la Guinée Equatoriale à Yaoundé communique la décision de la présidence du gouvernement de la République de Guinée Equatoriale, qui donne « l’ordre d’observance et l’exécution des dispositions de la libre circulation des citoyens communautaires titulaires du passeport diplomatique, officiel ou de service, ou en possession d’un ordre de mission délivré par l’autorité compétente », peut-on lire dans ce document.
Cette décision de la Guinée Equatoriale fait suite au dernier sommet des chefs d’Etat africains qui s’est tenu le 17 février 2017 dernier en Guinée Equatoriale. Un sommet au cours duquel les présidents gabonais et équatoguinéen avaient pris l’engagement d’appliquer la libre circulation intégrale au bénéfice de tous les ressortissants de l’espace Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) munis d’une pièce d’identité sécurisée (carte d’identité ou passeport biométrique).
Et il avait été décidé qu’une mission circulaire de la commission de la Cemac se rendra dans l’ensemble des pays à l’effet de s’assurer de la matérialisation de la mise en oeuvre de cette décision. Et donc, la Guinée Equatoriale a tenu à respecter ses engagements moins d’un mois après la tenue de ce sommet. Le Gabon traîne encore le pas. Cependant, comme on peut le constater, cette ouverture des frontières de la Guinée Equatoriale ne concerne qu’une catégorie de citoyens parmi les privilégiés, c’est-à dire les fonctionnaires, les diplomates, les officiels ou les hommes d’affaires.
Ceux qui ne sont pas mentionnés dans cette note et qui constituent la grande majorité de la population devront toujours solliciter un visa pour franchir les frontières équato-guinéennes. Pourtant, la libre circulation voulue par les chefs d’Etat de la Cemac lors de ce sommet prévoyait une ouverture totale des frontières de telle sorte que les visas d’entrée ne soient plus exigés pour tout ressortissant communautaire muni d’une simple carte nationale d’identité. Si la Guinée Equatoriale a franchi un palier, au Gabon, tous les ressortissants étrangers doivent prendre systématiquement un visa à l'entrée, y compris les ressortissants des cinq autres pays membres de la CEMAC.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette doléance de l’ouverture des frontières est émise. L’on se souvient qu’il y a quelques années, les chefs d’Etat avaient pris la décision de supprimer le visa entre les pays de la sous-région Cemac dès le 1er janvier 2014. Mais, plus de trois ans plus tard, cette libre circulation reste une utopie. Et pour cause, on a toujours besoin de visa pour aller et venir dans un pays comme dans un autre.
La Guinée Equatoriale et le Gabon ont toujours été les deux pays à se montrer réfractaires à l’application de cette mesure. Ils craignaient que la libre circulation favorise l’immigration des ressortissants des autres pays de la sous-région dans leur pays respectif. Dans les milieux diplomatiques proches de Yaoundé, on explique l’indifférence de Paul Biya pour les sommets de la CEMAC en raison du mépris des dirigeants vis à vis des résolutions qui y sont prises au sujet de l’intégration régionale intégrale.
Aujourd’hui, avec cette décision prise par la Guinée Equatoriale, les Camerounais ordinaires et certains commerçants espèrent que l’ouverture des frontières ne va pas demeurer un leurre. Mais, que pour une fois, ces pays vont respecter leurs engagements et ouvrir leurs frontières pour le bien de l’intégration sous régionale et des économies des pays.
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