10 MW de plus dans le Nord : ce que ça change vraiment
© Camer.be : Toto Jacques | 22 oct. 2026 01:06:00 | 431SOCADEL investit 9,4 milliards FCFA pour 10 MW thermiques à Garoua, Maroua et Ngaoundéré. Ce que ça change pour les coupures au Nord.
Douze groupes électrogènes, 10 MW, 9,4 milliards. Dans le Grand Nord, la réponse thermique de SOCADEL arrive alors que Lagdo ne suffit plus.
Garoua, Maroua, Ngaoundéré. Douze groupes électrogènes. 10 mégawatts. 9,4 milliards de FCFA. SOCADEL a lancé le 4 octobre 2026 un appel d'offres pour installer ces capacités thermiques dans le Réseau interconnecté Nord (RIN), selon les documents publiés par l'ARMP.
Sur le papier, le compte est simple. Six groupes à Djamboutou (Garoua) pour 5 MW. Quatre à Maroua pour 3 MW. Deux à Ngaoundéré pour 2 MW.
Mais dans le Grand Nord, l'électricité ne se résume jamais à une addition de mégawatts. Elle se mesure en heures sans courant, en groupes qui tombent en panne faute de gasoil, en barrage qui ne remplit pas.
Et la question que personne ne pose vraiment : ces 10 MW suffiront-ils à changer quelque chose ?
Le Nord, ce réseau qui tient sur un barrage
Le RIN couvre l'Adamaoua, le Nord et l'Extrême-Nord. Sa colonne vertébrale, c'est Lagdo. 72 MW installés sur la Bénoué.
Pendant des années, Lagdo a suffi. Jusqu'en 2015. Cette année-là, la centrale couvrait encore la demande du réseau. Puis la consommation a pris le dessus.
Les chiffres racontent mieux que les communiqués. Entre 2015 et 2025, le nombre de clients basse tension raccordés au RIN est passé de 135 947 à 247 773. Une hausse de 82,3 % en dix ans. Dans le même temps, la capacité de production du réseau a presque doublé, de 76 MW à environ 173 MW, selon les données d'Eneo.
Le thermique a poussé. Le solaire aussi, avec deux parcs de 15 MW à Guider et Maroua. Mais l'offre n'a jamais vraiment rattrapé la demande.
La raison est mécanique. Lagdo dépend de la pluie. Le thermique dépend du carburant. Les deux ont leurs saisons, leurs limites, leurs trous.
9,4 milliards, 12 groupes, et une procédure d'urgence
L'appel d'offres de SOCADEL ne laisse pas de place au doute sur l'urgence. La procédure est engagée en urgence. Le délai maximal pour fournir, installer et mettre en service les groupes est de cinq mois à compter de la notification de l'ordre de service.
Sur les 9,36 milliards de FCFA prévus, 8,59 milliards financent l'achat et l'installation des groupes et des équipements de raccordement. Le génie civil représente 417,4 millions. Les systèmes de refroidissement et de protection incendie, 357,8 millions.
Douze groupes conteneurisés de 1 500 kVA chacun. Du standard, du connu. Cummins pour Djamboutou, Maroua et Ngaoundéré. Caterpillar pour Kousseri, dans un autre marché de pièces détachées.
Un additif rectificatif a repoussé le dépôt et l'ouverture des offres au 30 octobre 2026. Aucune date de mise en service n'est encore arrêtée dans l'avis.
Nous avons tenté de joindre la direction de la communication de SOCADEL pour préciser le calendrier opérationnel. Sans réponse au moment d'écrire ces lignes.
Le vrai marché : 52,6 milliards pour faire tourner l'existant
Les 10 MW ne sont que la partie visible. Le même mois, SOCADEL a lancé deux appels d'offres d'un coût cumulé de 52,622 milliards de FCFA TTC pour approvisionner ses centrales thermiques en fioul lourd et en gasoil.
36,7 milliards pour le HFO 3500, destiné à Limbé, Dibamba, Oyomabang et Logbaba. 15,9 milliards pour le gasoil, réparti sur 29 centrales.
Le lot le plus lourd du gasoil concerne Djamboutou, Guider, Kousseri et Maroua : 9,519 milliards, soit 59,8 % du budget gasoil.
Autrement dit : avant même de parler des 10 MW à venir, il faut déjà financer le carburant de ce qui existe. Et sur ce terrain, les fournisseurs doivent avancer les livraisons sans acompte de SOCADEL.
La question du financement de l'exploitation reste ouverte. SOCADEL a mandaté la General Bank of Cameroon en juillet 2026 pour structurer une levée de 60 milliards de FCFA sur le marché bancaire. Le besoin de trésorerie n'est pas une abstraction.
Ce que 10 MW ne règlent pas
La demande du RIN croît. Les données d'Eneo et les projections de l'ARSEL situent la progression autour de 7 à 8 % par an sur le réseau nord. Dans un système qui frôle déjà la saturation en pointe, 10 MW, c'est un peu plus de deux mois de croissance de la demande.
Et la pointe, elle, ne se gère pas avec des moyennes. Elle se gère heure par heure.
En janvier 2026, Eneo a planifié des coupures de 8 heures à 18 heures à Garoua et dans plusieurs quartiers de Ngaoundéré. Maroua, Bogo, Maga, Kaélé, Yagoua, Kousséri et Mora étaient aussi concernées. La raison invoquée : des pluies insuffisantes en 2025 dans le bassin de la Bénoué, un réservoir de Lagdo mal rempli, et des capacités thermiques de secours limitées à 72 MW, elles-mêmes contraintes par l'approvisionnement en carburant.
Le thermique n'est pas une solution de transition. C'est un palliatif. Et un palliatif qui coûte cher.
Le chantier de Lagdo, l'horizon incertain
Lagdo a un avenir. Mais il a un prix. Le ministre de l'Eau et de l'Énergie a évoqué en 2025 une réhabilitation complète pour faire passer la centrale de 72 à 80 MW, avec un coût prévisionnel de 100 milliards de FCFA.
L'ensablement du réservoir est documenté. La baisse des apports hydriques aussi. Le projet Bini à Warak, dans l'Adamaoua, est annoncé pour 75 MW à terme. Mais les calendriers de ces infrastructures structurantes ne figurent dans aucun avis d'appel d'offres.
Alors en attendant, le Nord fonctionne au fioul, au gasoil, et à la pluie.
Les 10 MW de SOCADEL ne sont pas rien. Ils sont même probablement nécessaires. Mais ils ne remplacent pas un barrage qui remplit. Ils ne remplacent pas un réseau qui tient. Ils ne remplacent pas une politique énergétique qui anticipe.
Ils achètent du temps. Reste à savoir combien.
Pourquoi le Nord du Cameroun manque-t-il d'électricité ?
Parce que le réseau dépend principalement du barrage de Lagdo (72 MW), dont la production baisse en saison sèche quand le réservoir de la Bénoué est mal rempli. Les centrales thermiques de secours ne suffisent pas à couvrir la demande, qui progresse de 7 à 8 % par an.
À quoi servent les 10 MW thermiques de SOCADEL ?
Ils doivent compléter la production hydroélectrique pendant les périodes de baisse des apports en eau. Douze groupes électrogènes seront installés à Garoua (5 MW), Maroua (3 MW) et Ngaoundéré (2 MW).
Quand les nouveaux groupes seront-ils opérationnels ?
Aucune date de mise en service n'est fixée dans l'avis. La procédure est en urgence, avec un délai maximal de cinq mois après notification de l'ordre de service. Les offres étaient attendues fin octobre 2026.
Les 10 MW suffiront-ils à supprimer les coupures ?
Non, pas à eux seuls. La demande du RIN augmente d'environ 7 à 8 % par an, et 10 MW représentent une fraction de cette croissance. La réhabilitation de Lagdo et les projets structurants (Bini à Warak) restent déterminants.
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