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ECONOMIE

La SNH met six blocs sur le marché pour relancer la production

La SNH relance six blocs pétroliers, dont Zina et Makary, abandonnés depuis 2014. Mais la production camerounaise a chuté de 9,4 % en 2025.

La Société nationale des hydrocarbures remet en jeu six blocs à l'African Energy Week, dont Zina et Makary, abandonnés depuis douze ans à cause de Boko Haram, tandis que la production nationale poursuit sa chute vertigineuse.

La Société nationale des hydrocarbures a relancé, le 12 octobre 2026, une campagne de promotion portant sur six blocs pétroliers. Présentée au Cap, en Afrique du Sud, lors de l'African Energy Week, cette nouvelle mise en concurrence couvre trois bassins sédimentaires : le Rio del Rey, le Douala/Kribi-Campo et le Logone-Birni.

Les offres sont attendues jusqu'au 28 mai 2027. Les résultats tomberont en juin.

Mais derrière l'annonce, un chiffre dérange : 19,374 millions de barils produits en 2025, contre 21,377 millions en 2024. Une chute de 9,4 %. Et pour tenir les prévisions de 20,8 millions de barils en 2026, il faudrait extraire 11,8 millions de barils au second semestre, soit une hausse de 30 % par rapport au premier. Le défi est immense.

Zina et Makary : le retour d'un bloc fantôme

Parmi les six périmètres proposés, deux retiennent l'attention. Zina et Makary, situés dans l'Extrême-Nord, reviennent sur le marché après douze ans d'interruption. En 2009, la société chinoise Yan Chang avait signé un contrat de partage de production pour explorer ces deux zones, réunies sous l'appellation « bloc Zina-Makary ».

Le 21 mai 2014, les opérations ont été suspendues. La faute à Boko Haram. Les menaces sécuritaires dans la région avaient rendu impossible toute activité d'exploration. Une résolution signée le 10 mars 2016 entre la SNH et Yan Chang a formellement reconnu ce cas de force majeure.

Pendant des années, le contrat est resté dans les documents officiels. Au 31 décembre 2023, Zina-Makary figurait encore parmi les quatre autorisations exclusives de recherche en vigueur au Cameroun, avec Yan Chang comme opérateur, selon le rapport ITIE 2023.

Aujourd'hui, la SNH change de stratégie. Plutôt que de reprendre le contrat avec Yan Chang, elle propose Zina et Makary séparément à de nouveaux investisseurs. Le compte rendu de la présentation du 12 octobre ne précise pas le statut juridique actuel du contrat de 2009. Ni les superficies respectives des deux blocs.

Les quatre blocs délaissés

Zina et Makary ne sont pas les seuls à revenir sur le marché. Quatre autres périmètres, déjà proposés en août 2025, n'avaient pas trouvé preneur.

Dans le bassin du Rio del Rey, Ndian River et Bakassi restent disponibles. Dans celui de Douala/Kribi-Campo, Bomono et Kombe-Nsepe sont de nouveau proposés.

Lors de la campagne d'août 2025, neuf blocs avaient été mis en jeu. Cinq seulement avaient été attribués le 24 avril 2026 : Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem pour l'américain Murphy West Africa, Bolongo Exploration pour Octavia Energy.

Les négociations techniques avec Murphy Oil ont abouti à un procès-verbal d'accord les 20 et 21 août 2026. Le CPP relatif à Bolongo a déjà été signé.

Un objectif de production qui semble hors de portée

La SNH affiche une ambition : doubler la production nationale pour atteindre 100 000 barils par jour. Un responsable du ministère de l'Énergie a confié à S&P Global que tel était l'objectif de cette campagne.

Les chiffres actuels racontent une autre histoire. Le Cameroun a produit 19,374 millions de barils en 2025, contre 21,377 millions en 2024. Une contraction de 9,4 %. Au premier semestre 2026, la production cumulée atteint 9,009 millions de barils, soit une moyenne d'environ 49 800 barils par jour.

Pour atteindre les 20,8 millions de barils prévus pour l'ensemble de 2026, il faudrait extraire 11,8 millions de barils au second semestre. Soit une moyenne proche de 64 600 barils par jour. Une hausse d'environ 30 % par rapport au premier semestre.

S&P Global Ratings anticipe une poursuite du recul. Selon ses projections publiées le 18 septembre 2026, la production camerounaise passerait de 54 200 barils par jour en 2025 à 52 000 en 2026, avant de tomber à 43 800 en 2028.

Les recettes pétrolières sous pression

La baisse de production a un impact direct sur les finances publiques. Selon les données de la SNH, le solde transférable au Trésor s'est établi à 364,6 milliards FCFA en 2025, contre 516,3 milliards en 2024. Une diminution de 151,7 milliards FCFA, soit 29,4 % en un an.

Les volumes de brut exportés pour le compte de l'État ont légèrement progressé, passant de 12,4 millions de barils en 2024 à 12,7 millions en 2025. Mais cette hausse ne compense pas la chute des prix et la baisse globale de production.

Le vieillissement des champs pétroliers est en cause. La SNH a évoqué dans son bilan 2024 « la diminution du rendement du champ Oak », exploité dans le cadre du contrat Bolongo, ainsi que « plusieurs arrêts sur des plateformes du bassin de Rio del Rey ».

Ce que la SNH met sur la table

Pour attirer les investisseurs, la SNH met en avant un argument technique : les six blocs disposent de données sismiques 2D. Ces relevés permettent aux compagnies d'analyser les structures géologiques du sous-sol avant d'engager des investissements.

Mais les données sont anciennes. Pour Zina et Makary, elles datent d'avant 2014. Pour les autres blocs, elles remontent aux campagnes précédentes. Les investisseurs devront financer de nouvelles acquisitions sismiques avant de pouvoir forer.

Le Cameroun dispose de 200 millions de barils de réserves prouvées, selon l'Energy Information Administration américaine. Le pays a produit 186 000 barils par jour à son pic, en 1985. Aujourd'hui, il en produit environ 50 000.


Pourquoi la SNH relance-t-elle Zina et Makary ?
Parce que ces blocs n'ont pas été exploités depuis 2014 à cause de Boko Haram. La SNH espère attirer de nouveaux investisseurs pour relancer l'exploration dans le bassin du Logone-Birni.

Qui a obtenu les blocs lors de la campagne précédente ?
L'américain Murphy West Africa a obtenu Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem. Octavia Energy a obtenu Bolongo Exploration.

Pourquoi la production pétrolière camerounaise baisse-t-elle ?
Les champs sont matures. Leur rendement diminue. Et les investissements dans de nouveaux champs n'ont pas compensé le déclin.

Le Cameroun peut-il doubler sa production ?
C'est l'objectif affiché. Mais les projections de S&P Global Ratings tablent sur une poursuite du recul jusqu'en 2028.

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