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Hommage, Roger Moindou: Une voix qui ne se contentait pas de voyager dans l'air

Il est des voix qui ne se contentent pas de voyager dans l’air. Elles sculptent le silence, apprivoisent les oreilles et déposent dans la mémoire des empreintes que même les années les plus cruelles ne parviennent à effacer. Roger Moindou était de cette étoffe rare.

Il avait ce don mystérieux de faire d’une simple prise de parole une signature, d’une présentation un rituel, et de quelques mots une mélodie que les auditeurs emportaient avec eux bien après avoir éteint leur poste de radio.

« Ebolowa, la voix du Sud, Moindou ! »

Écoutez bien cette formule… Elle n’est pas qu’un assemblage de mots. C’est une petite cathédrale sonore, un morceau d’histoire suspendu aux lèvres d’un homme qui avait compris que la voix possède son propre alphabet, sa propre musique et ses propres chemins vers l’immortalité.

Dans le grand théâtre des ondes camerounaises, Roger Moindou n’était pas un figurant. Il était de ces artisans de la parole qui donnent à l’information une âme, au micro une personnalité et à leur passage une résonance singulière.

Né à Ngouétou, dans le département du Mbam-et-Kim, au sein d’une modeste famille vuté, il a parcouru les chemins de l’apprentissage avant de faire de sa passion un métier. Des premières classes à l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication, il a patiemment façonné son destin, comme le sculpteur arrache une œuvre au silence de la pierre.

En 1987, la CRTV lui ouvre les portes de son univers professionnel. Direction Ebolowa, cette terre du Sud qui deviendra le berceau de sa renommée radiophonique. Là-bas, sa voix trouve son paysage, son talent rencontre son public et son nom s’accroche aux habitudes d’écoute.

Il y avait dans sa signature quelque chose d’un tam-tam identitaire : une manière de convoquer une ville, de réveiller une région et de rappeler qu’une voix peut devenir le visage invisible d’un territoire.

Roger Moindou faisait entendre Ebolowa, mais c’est toute une époque qu’il faisait résonner.

Pourtant, les hommes de sa trempe ne se laissent pas enfermer dans une seule dimension. En 1995, il quitte les studios pour rejoindre le ministère du Tourisme, où il dirige la cellule de communication. Plus tard, après une spécialisation en marketing international à l’IRIC, il poursuit son parcours à la Primature comme chargé d’études.

Du micro aux bureaux de l’administration, il change de décor sans abandonner la substance de son art : cette intelligence de la communication qui consiste à donner aux mots une direction et à la parole une portée.

Mais le destin, parfois, écrit ses phrases les plus cruelles sans prévenir ceux qui doivent les lire.

Le 7 mai 2006, à Yaoundé, la mort vient interrompre le cours de son existence. Roger Moindou n’a que 47 ans. Quarante-sept années de vie, de rêves, de combats et de paroles… puis cette frontière mystérieuse où la présence devient souvenir.

La nouvelle tombe. Le temps suspend son souffle. Et quelque part dans l’immense maison de la radio, une chaise semble soudain plus vide qu’à l’ordinaire.
Comment accepter qu’une voix qui savait tant remplir l’espace puisse un jour laisser derrière elle un silence aussi vaste ?
Comment concevoir que celui qui avait fait de son nom une ponctuation sonore ne puisse plus jamais reprendre son souffle devant un microphone ?
La mort a emporté l’homme. Elle n’a cependant pas emporté toutes les traces de son passage.
Car il existe des archives que les machines ne savent pas conserver : celles que l’on grave dans les consciences. Il existe des fréquences que les émetteurs ne diffusent pas : celles du souvenir. Et il existe des journalistes dont la véritable rédaction commence après leur départ, lorsque les générations suivantes racontent ce qu’ils ont représenté. Roger Moindou appartient à cette mémoire-là.

Aujourd’hui, son histoire nous rappelle que le journalisme est aussi une affaire de présence, de personnalité et de cette alchimie inexplicable qui transforme un professionnel en référence.

Les années ont passé. Les équipements ont changé. Les techniques ont évolué. Les voix se sont succédé derrière les microphones.
Mais certaines signatures ne vieillissent pas. Elles attendent simplement qu’une mémoire les réveille.
Et lorsque le nom de Roger Moindou remonte des profondeurs du temps, on croirait entendre, derrière le rideau de l’absence, les derniers frémissements d’une époque où la radio avait ses magiciens de la parole.

Il est parti avant que son histoire ait fini de se raconter.

Et c’est peut-être là le paradoxe des grandes voix : elles quittent le monde, mais laissent derrière elles des mots qui refusent de partir.
Roger Moindou n’a plus de rendez-vous avec l’antenne. Il n’a plus d’horloge à surveiller, plus de bulletin à préparer, plus de direct à négocier.
Pourtant, son nom demeure accroché à cette phrase qui a traversé les années comme une barque fidèle sur le fleuve du temps :
« Ebolowa, la voix du Sud, Moindou ! »

Et si, quelque part, l’éternité possédait un studio, si les disparus pouvaient encore prendre la parole au-delà des frontières du visible, peut-être entendrait-on cette signature revenir, portée par le vent des souvenirs.
Non pour annoncer une nouvelle.
Mais pour rappeler au monde qu’un homme a vécu, qu’une voix a compté et qu’une légende radiophonique ne se résume jamais à la durée de son émission.

Roger Moindou : le corps a rejoint le silence, mais la voix a confié son éternité à la mémoire.

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