Pétrole : la SNH serre la vis aux opérateurs à Paris
© Camer.be : Toto Jacques | 27 oct. 2026 17:40:00 | 400La SNH, Perenco et Addax ont fixé à Paris les règles des bruts Kolé et Lokélé. Prix, enlèvements, dépenses : ce que le Cameroun veut contrôler.
La SNH, Perenco et Addax Petroleum se sont réunis à Paris le 21 octobre 2026 pour fixer les prix du troisième trimestre et les prévisions d'enlèvement des bruts Kolé et Lokélé. La commission paritaire a examiné les données du marché international, confirmé les mouvements de stocks et programmé les enlèvements de pétrole.
Mais derrière l'ordre du jour technique, un changement de ton. La SNH, représentée par Nathalie Moudiki, a posé de nouvelles règles aux opérateurs. Calendriers annuels à communiquer à l'avance. Visites trimestrielles sur le terrain. Dépenses à valider. Le message est clair : le Cameroun veut voir plus clair dans la commercialisation de son or noir.
Pétrole : la SNH, Perenco et Addax fixent le cap à Paris
Le Cameroun produit du pétrole depuis 1977. Les bruts Kolé et Lokélé, issus des champs matures du bassin sédimentaire, sont commercialisés par des opérateurs privés Perenco et Addax Petroleum sous la supervision de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). La SNH est le mandataire de l'État dans le secteur. Elle contrôle, valide, et perçoit la part camerounaise.
La commercialisation de ces bruts suit un mécanisme de commission paritaire. Les opérateurs et la SNH se réunissent régulièrement pour fixer les prix officiels, programmer les enlèvements et vérifier les stocks. Ces réunions sont techniques. Elles déterminent des revenus qui pèsent dans le budget de l'État.
Celle du 21 octobre 2026 s'est tenue à Paris. Le lieu n'est pas anodin. Perenco et Addax y ont leurs sièges ou leurs représentations. La SNH s'y déplace. Et cette fois, elle est venue avec des exigences.
Kolé et Lokélé : ce qui s'est dit à Paris
L'ordre du jour officiel portait sur trois points. L'examen des données du marché international. La confirmation des mouvements de stocks. La programmation des enlèvements de pétrole.
La commission a examiné les prix officiels du troisième trimestre. Elle a aussi planché sur les prévisions d'enlèvement pour le dernier trimestre de l'année. Ces prix et volumes ne sont pas publics à l'issue de la réunion. La SNH n'a pas communiqué les montants retenus au moment d'écrire ces lignes.
Ce silence n'est pas une anomalie. Les contrats de vente de brut camerounais sont négociés dans un cadre confidentiel. Les prix officiels servent de référence pour le calcul des redevances et des taxes. Ils sont publiés avec retard, ou pas du tout.
Nathalie Moudiki impose ses conditions aux opérateurs
C'est la représentante de la SNH qui a porté les nouvelles exigences. Nathalie Moudiki a demandé aux opérateurs de communiquer leurs calendriers annuels d'enlèvement à l'avance. Elle a annoncé des visites trimestrielles sur le terrain.
Deux autres règles ont été posées. Tout report d'enlèvement devra être communiqué selon les procédures prévues. Et les dépenses devront être connues et validées par la SNH.
Ces exigences ne sont pas spectaculaires. Elles sont structurelles. Elles déplacent le rapport de force. Jusqu'ici, les opérateurs organisaient leurs enlèvements avec une certaine latitude. Désormais, la SNH veut être informée en amont, et contrôler ce qui est dépensé.
Un consultant en énergie basé à Douala, résume la portée de ces mesures : « La SNH ne dit pas qu'il y a eu des détournements. Elle dit qu'elle veut pouvoir vérifier. C'est une différence importante. »
Prix, enlèvements, stocks : les trois dossiers
Les trois dossiers de la réunion correspondent à trois enjeux distincts.
Les prix du troisième trimestre déterminent les recettes fiscales. Un baril sous-évalué, et l'État perd des milliards. Un baril surévalué, et les opérateurs perdent leur marge. La commission paritaire est censée trouver l'équilibre.
Les prévisions d'enlèvement du quatrième trimestre déterminent les volumes exportés. Elles dépendent de la production, des capacités de stockage et de la demande internationale.
Les mouvements de stocks, enfin, déterminent ce qui reste dans les terminaux. Une surestimation des stocks peut masquer des volumes non déclarés. Une sous-estimation peut cacher des pertes.
La SNH veut verrouiller ces trois portes. Les visites trimestrielles et les calendriers annuels vont dans ce sens.
Ce que le Cameroun veut vraiment changer
La réunion de Paris s'inscrit dans une séquence plus longue. Depuis plusieurs années, la SNH renforce son contrôle sur la commercialisation des bruts. En 2023, elle avait déjà exigé des opérateurs une meilleure traçabilité des enlèvements.
Le contexte international explique cette vigilance. Les cours du pétrole fluctuent. Les tensions géopolitiques perturbent les routes maritimes. Les acheteurs diversifient leurs sources. Dans ce marché instable, chaque baril compte pour un pays producteur dont les recettes pétrolières représentent une part significative du budget.
Le Cameroun n'est pas un géant pétrolier. Sa production tourne autour de 80 000 à 90 000 barils par jour, selon les estimations disponibles. Mais ces revenus restent vitaux pour l'État. Et la SNH veut s'assurer qu'ils sont correctement calculés.
Les nouvelles exigences de la SNH entreront en vigueur progressivement. Les opérateurs devront adapter leurs procédures. Les visites trimestrielles commenceront à une date non précisée.
Deux questions restent ouvertes. La première : que se passe-t-il si un opérateur ne respecte pas les nouvelles règles ? Le communiqué de la SNH ne prévoit pas de sanctions explicites. La deuxième : les prix du troisième trimestre et les volumes du quatrième seront-ils rendus publics ? Rien ne l'indique à ce stade.
Pour le Cameroun, l'enjeu dépasse la technique. Il s'agit de savoir si l'État peut exercer un contrôle réel sur la commercialisation de ses ressources. La réunion de Paris pose un acte. Les actes suivants diront si la volonté se traduit dans les faits.
Que s'est-il passé à la réunion du 21 octobre 2026 à Paris ?
La commission paritaire réunissant la SNH, Perenco et Addax Petroleum a examiné les prix officiels du troisième trimestre des bruts Kolé et Lokélé et les prévisions d'enlèvement du quatrième trimestre. La SNH a annoncé de nouvelles exigences de transparence.
Qui représente la SNH à cette réunion ?
Nathalie Moudiki, représentante de la SNH, a porté les nouvelles exigences auprès des opérateurs. Elle a demandé la communication à l'avance des calendriers annuels d'enlèvement et annoncé des visites trimestrielles sur le terrain.
Quelles sont les nouvelles règles imposées aux opérateurs ?
Quatre exigences : communiquer les calendriers annuels d'enlèvement à l'avance, accepter des visites trimestrielles, signaler tout report d'enlèvement selon les procédures, et faire valider les dépenses par la SNH.
Les prix du pétrole camerounais ont-ils été publiés ?
Non. Les prix officiels du troisième trimestre et les prévisions d'enlèvement du quatrième n'ont pas été rendus publics à l'issue de la réunion. La SNH n'a pas communiqué les montants retenus.
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