Blanchiment de capitaux : Les visages du fléau
© Cameroon Tribune : Michèle FOGANG | 22 nov. 2018 08:16:00 | 3786Les activités commerciales et biens immobiliers initiés par des personnels de l’Etat sont entre autres moyens utilisés pour réintroduire l’argent mal acquis dans le circuit formel.
Un fonctionnaire qui, après quelques années de service seulement, devient propriétaire d’immeubles ou qui lance une vaste exploitation agricole ou une chaîne de stations-service. Même si de telles initiatives d’investissements suscitent l’admiration, il se pose tout de même la question de l’origine des fonds. Une certitude demeure, le salaire de base, même cumulé, des personnels de l’Etat ne peut leur suffire pour se lancer dans des affaires de cette envergure.
A travers ses analyses et enquêtes, l’Agence nationale d’investigation financière (Anif) a pu trouver l’inconnue de l’équation : le détournement massif de fonds publics. Un argent qui, pour être réutilisé est injecté par ses détenteurs dans le secteur informel. On parle donc de blanchiment de capitaux. Selon Hubert Nde Sambone, directeur de l’Anif, il s’agit d’un crime économique qui a fait son lit grâce à la finance mobile, un faible encadrement des organismes à but non lucratif et un vide juridique, notamment.
A l’occasion de l’atelier de lancement de l’évaluation nationale des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme au Cameroun, l’Anif a mis en lumière la situation qui prévaut dans le pays. L'info claire et nette. « Le blanchiment d’argent est une réalité au Cameroun » a déclaré Hubert Nde Sambone. Malgré des mesures conservatoires, les détourneurs de deniers publics font preuve de finesse. Pour ne pas passer à la trappe des institutions assujetties (l’Anif, les services de renseignements, la Conac,…), ils utilisent des prête-noms et achètent de grosses parts dans des entreprises prospères ou en faillite, qu’ils relancent sous le couvert du propriétaire.
Grâce à la coopération avec les services de renseignements financiers internationaux, l’Anif a aussi constaté que des fonctionnaires et autres hommes d’affaires camerounais sont actionnaires d’entreprises en occident et disposent même de résidences ou d’appartements en location.
D’après Hubert Nde Sambone, le phénomène se matérialise également à travers le financement du terrorisme, la fraude fiscale, le trafic d’êtres humains et de drogue. Des crimes qui profitent à leurs commanditaires. La facture est donc salée pour l’Etat qui perd des devises et des fonds devant servir à faire tourner l’économie du pays .
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