Armée camerounaise : le n°2 part, le n°1 absent
© Camer.be : Paul Moutila | 29 Jul 2026 20:01:41 | 551Le général Tchemo, numéro 2 de l'armée camerounaise, admis à la retraite à 84 ans alors que le chef d'état-major est absent. Un vide au sommet du commandement militaire.
Le Major général Hector Marie Tchemo, numéro deux de l'état-major des armées camerounaises, est admis en deuxième section à 84 ans au moment même où son supérieur, le général René Claude Meka, 87 ans, brille par son absence pour raison de santé.
Qui commande l'armée camerounaise ? La question est sur toutes les lèvres depuis le 28 juillet 2026. Ce mardi-là, un décret présidentiel lu sur les antennes de la CRTV a officialisé la mise à la retraite du général de division Hector Marie Tchemo, Major général à l'état-major des armées. Le numéro deux de l'institution militaire quitte ses fonctions à 84 ans, après plus de six décennies de service.
Rien d'anormal en apparence un officier de cet âge prend sa retraite, c'est la règle.
Sauf que le timing interroge. Le chef d'état-major des armées, le général de corps d'armée René Claude Meka, 87 ans, est absent de la scène publique depuis plusieurs mois. Rumeurs de maladie, disparition des cérémonies officielles, silence des autorités. Et c'est précisément à ce moment-là, alors que l'armée a plus que jamais besoin de stabilité, que son adjoint est envoyé en deuxième section.
Sans successeur désigné.
Le décret qui met fin à une carrière de soixante ans
Le 28 juillet 2026, à 20 heures, le journal de la CRTV Radio a lu un décret présidentiel qui a surpris plus d'un observateur. Le général de division Hector Marie Tchemo, Major général à l'état-major des armées, était admis en deuxième section le statut qui, dans l'armée camerounaise, correspond à la mise à la retraite des officiers généraux.
Né en 1942 à Baham, dans la région de l'Ouest, le général Tchemo était l'un des derniers témoins de l'histoire militaire du Cameroun indépendant. Intégré à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1964 (promotion « Corse et Provence »), breveté de l'École de guerre de Paris en 1991, il avait gravi tous les échelons. Chef de section à Bafang, directeur de l'instruction à Ngaoundéré, instructeur à l'EMIA de Yaoundé, chef d'état-major de la 3ᵉ région militaire, puis en 2009 commandant de la Force multinationale de l'Afrique centrale (FOMAC).
Depuis plusieurs années, il était le numéro deux de l'état-major, le « Major général » un poste clé qui, dans l'organigramme des armées, coordonne l'administration, supervise le fonctionnement quotidien et, surtout, représente le chef d'état-major en son absence.
L'absence qui pèse : que devient le général Meka ?
Le général de corps d'armée René Claude Meka, chef d'état-major des armées, est en poste depuis 25 ans. Né le 2 février 1939, il a 87 ans. Mais depuis plusieurs mois, il est invisible.
Absent des préparatifs militaires de la fête nationale du 20 mai 2026. Absent des cérémonies officielles au ministère de la Défense. Une vague de rumeurs a même secoué les réseaux sociaux en mai 2026, annonçant à tort son décès rumeurs que le CHU de Yaoundé et des communiqués officiels ont dû démentir.
Dans les faits, c'est donc le général Tchemo qui tenait la barre. Qui représentait l'institution. Qui assurait la continuité.
C'est précisément à ce moment-là qu'il est mis à la retraite.
« Pourquoi maintenant ? » le timing qui fait débat
La question est sur toutes les lèvres : pourquoi le président Paul Biya, chef suprême des forces armées, a-t-il choisi ce moment pour se séparer de son numéro deux ?
D'un côté, l'admission en deuxième section répond à des règles statutaires d'âge et d'ancienneté. À 84 ans, le général Tchemo avait largement dépassé l'âge de la retraite pour un officier général. « Ce départ n'a rien d'une surprise ».
De l'autre, le timing interpelle. « Partir du Major général quand le CEMA est lui-même indisponible, c'est prendre le risque de créer un vide au sommet ».
Un vide d'autant plus préoccupant que les défis sécuritaires restent majeurs : la menace de Boko Haram dans l'Extrême-Nord, les groupes armés dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), et un contexte sous-régional tendu.
Un successeur ? Le silence des autorités
Aucune information officielle n'a encore été communiquée sur le nom du successeur du général Tchemo. La liste des généraux de division encore en activité est courte : Ivo Desancio Yenwo, Baba Souley, Camille Nkoa Atenga, Saly Mohamadou, Esaïe Ngambou.
« Qui assurera l'intérim ? Qui signera ? Qui représentera l'armée lors des prochaines grandes échéances ? » s'interroge le Journal du Cameroun.
Certains observateurs y voient une volonté de renouvellement et de reprise en main. D'autres s'inquiètent d'une décision précipitée qui affaiblit le pilotage au moment où la stabilité est cruciale.
Un officier, un écrivain, une mémoire
Au-delà de la polémique, le départ du général Tchemo referme un chapitre. L'officier était aussi un historien et un écrivain. Il a notamment publié « Mai 1940 : L'Afrique centrale dans la libération de la France » (Éditions Clé/NENA, 2014), un ouvrage dans lequel il rappelle la place de l'Afrique centrale dans la reconquête de la France par le général de Gaulle.
Un pan entier de la mémoire militaire camerounaise s'en va avec lui.
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