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Cameroun : Datouo élu ou nommé ?

Théodore Datouo remercie Paul Biya pour sa « nomination » à la tête de l'Assemblée. Une déclaration qui ravive le débat sur la séparation des pouvoirs au Cameroun. Analyse.

Élu le 17 mars avec 133 voix sur 147, le président de l'Assemblée nationale remercie pourtant Paul Biya de l'avoir « nommé » une petite phrase qui fait voler en éclats le principe de séparation des pouvoirs au Cameroun.

Une phrase. Six mots. Un séisme politique.

En remerciant le chef de l'État pour une fonction que la Constitution veut élective, Théodore Datouo a involontairement ou volontairement donné raison à ceux qui dénoncent depuis des années la vassalisation du Parlement camerounais. Derrière la communion militante et les 110 millions de FCFA cotisés par les élites de l'Ouest pour ce gigantesque meeting de « remerciement », c'est tout un système qui se dévoile.

Le meeting de Bafoussam : une démonstration de force pour Biya

Samedi 25 juillet 2026. Le stade omnisports de Toket, à Bafoussam, vibre au rythme des militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). L'objectif est clair : remplir les gradins pour adresser un message d'allégeance au président Paul Biya. Les élites de la région de l'Ouest ont sorti le chéquier : 110 millions de FCFA ont été cotisés pour financer l'événement. 

Autour de Théodore Datouo, une constellation de figures du régime : Jean Nkuété, secrétaire général du Comité central du RDPC ; Komidor Njimoluh, chef de la Délégation Permanente Régionale ; le gouverneur de l'Ouest, Awa Fonka Augustine ; ainsi qu'un parterre de ministres et de parlementaires.

Mais c'est bien la déclaration de la deuxième personnalité de l'État qui retient l'attention.

« Merci pour ma nomination » : le lapsus qui dérange

Au pupitre, Théodore Datouo prononce ces mots : « Merci au président Paul Biya pour ma nomination. » Une formule anodine en apparence, mais qui ravive un débat fondamental.

L'architecture démocratique camerounaise est pourtant claire : le président de l'Assemblée nationale est élu par ses pairs, les députés, au scrutin secret. C'est ce qu'a fait Théodore Datouo le 17 mars 2026, recueillant 133 voix sur 147 soit plus de 90 % des suffrages. Seul candidat en lice, il a été porté au perchoir par une majorité écrasante.

Mais « en réalité, il s'agit d'une décision du président national du RDPC, Paul Biya », confie un responsable du parti sous couvert d'anonymat à AllAfrica. Et au sein du RDPC, c'est bien Paul Biya qui a le dernier mot sur les investitures.

En employant le terme « nomination » et non « élection » Datouo a jeté un pavé dans la mare. Pour ses détracteurs, cette formule concrétise ce que beaucoup dénonçaient à bas bruit : la vassalisation du pouvoir législatif face à la présidence de la République.

110 millions pour dire « merci » : clientélisme ou gratitude ?

La polémique ne s'arrête pas à la sémantique. Derrière le meeting, il y a l'argent. 110 millions de FCFA réunis par les élites de l'Ouest pour organiser cette « fête de remerciement ». Une somme qui « fait grincer des dents quand les populations de la même région attendent toujours routes, hôpitaux et emplois », souligne KOACI.

« Gratitude ou clientélisme ? », interroge le média. « Derrière les discours d'allégeance, la question dérange : pourquoi transformer une fonction républicaine en faveur personnelle ? Pourquoi chaque promotion doit-elle se payer par un show de loyauté ? »

Le geste est emblématique d'un système où « le pouvoir se monnaye en ovations ». Les élites de l'Ouest ne remercient pas tant pour l'élection de Datouo que pour le « choix » de Paul Biya, qui a décidé de porter leur compatriote à la tête de l'institution.

Vassalisation du Parlement : un débat qui dépasse Datouo

La déclaration de Théodore Datouo n'est pas un simple lapsus. Elle révèle une culture politique : celle de l'allégeance totale au chef de l'État. Dans la mécanique du RDPC, les investitures et les postes à responsabilité restent étroitement verrouillés par l'arbitrage de Paul Biya.

En disant « merci », Datouo s'adressait-il au chef du parti ou au chef de l'État ? La frontière, de plus en plus floue au Cameroun, suscite un vif émoi au sein de l'opinion publique et de l'opposition, qui y voient la preuve manifeste d'un Parlement sous tutelle.

La question est désormais sur toutes les lèvres : l'Assemblée nationale camerounaise est-elle encore une institution indépendante ? Ou n'est-elle qu'une chambre d'enregistrement des décisions de la présidence ?

Les réactions : l'opposition saisit la balle au bond

Dans les rangs de l'opposition, on ne s'y trompe pas. La déclaration de Datouo est perçue comme une reconnaissance implicite de ce que les partis d'opposition dénoncent depuis des années : l'absence de séparation réelle des pouvoirs au Cameroun.

« Le président de l'Assemblée nationale vient de dire tout haut ce que tout le monde sait tout bas : c'est Paul Biya qui nomme les députés, les ministres, et même les présidents d'institutions », analyse un observateur politique sous couvert d'anonymat. « La démocratie camerounaise est une coquille vide. »

Le débat est lancé. Et il dépasse largement la personne de Théodore Datouo.

Quelle issue pour la séparation des pouvoirs ?

Alors que Paul Biya, 93 ans, égale son record d'absence avec 49 jours hors du Cameroun, la question institutionnelle se pose avec une acuité nouvelle. Qui dirige vraiment le pays ? Le président absent ? Le gouvernement sans Premier ministre ? L'Assemblée nationale sous tutelle ?

La déclaration de Datouo, prononcée dans un meeting de remerciement au stade de Toket, pourrait bien rester comme un tournant symbolique dans l'histoire politique camerounaise. Celui où la deuxième personnalité de l'État a, par une petite phrase, démonté le décor de la séparation des pouvoirs.

Et si le régime Biya, après 44 ans de pouvoir, venait à s'effondrer sur un lapsus ?

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#Cameroun #ThéodoreDatouo #PaulBiya #AssembléeNationale #SéparationDesPouvoirs

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