Cameroun - Genève, silence, rumeurs : le mystère Paul Biya s'épaissit
© Camer.be : Paul Moutila | 26 Jul 2026 13:08:23 | 403Cinquante jours. Paul Biya, 93 ans, reste introuvable depuis son départ pour Genève le 7 juin. Le Cameroun retient son souffle.
Un « court séjour » qui n'en finit pas
Le 7 juin 2026, un communiqué laconique de la Présidence de la République annonçait le départ de Paul Biya pour un « court séjour privé » en Europe, en compagnie de son épouse Chantal Biya. Cinquante jours plus tard, le chef de l'État camerounais, âgé de 93 ans, n'est toujours pas rentré à Yaoundé. Aucune date officielle de retour n'a jamais été communiquée par la présidence, hormis la promesse répétée d'un retour « dans les plus brefs délais ».
Genève, terre d'habitude
Le lieu de villégiature ne surprend personne. Paul Biya entretient depuis des décennies une relation particulière avec Genève, où il séjourne régulièrement, le plus souvent à l'hôtel InterContinental. Selon une enquête du consortium OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project), le président camerounais aurait cumulé plus de quatre ans et demi de séjours à l'étranger entre 1982 et 2018, majoritairement sur les rives du lac Léman. Cette relation ancienne remonterait, selon des récits publiés notamment par un ancien responsable de l'hôtel, à une amitié nouée il y a plusieurs décennies avec le personnel de l'établissement.
Des raisons médicales évoquées, mais démenties
Selon des informations publiées début juillet par le magazine *Jeune Afrique*, ce séjour aurait été motivé par un malaise survenu lors du défilé de la fête nationale du 20 mai à Yaoundé, et le président aurait depuis été suivi dans une clinique privée genevoise. Le gouvernement camerounais a formellement démenti toute hospitalisation. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a confirmé que le chef de l'État se trouvait bien à Genève, sans confirmer la nature médicale du séjour. Il convient de le souligner clairement : à ce stade, ces informations relatives à l'état de santé du président reposent sur des sources journalistiques et n'ont fait l'objet d'aucune confirmation officielle ni d'aucun démenti détaillé. Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, serait même allé jusqu'à mettre en garde contre toute évocation publique de la santé du chef de l'État.
Un vide institutionnel qui interroge
Cette absence prolongée relance un débat récurrent : celui de la vacance du pouvoir. La révision constitutionnelle d'avril 2026 a certes réintroduit la fonction de vice-président de la République un poste resté vacant depuis 1984 mais aucune nomination n'est intervenue à ce jour. Un député de l'opposition a saisi le Conseil constitutionnel pour lui demander de constater la vacance du pouvoir. De son côté, l'Union démocratique du Cameroun (UDC) a pris une position plus mesurée, estimant qu'une absence prolongée du territoire national ne constitue pas automatiquement une vacance du pouvoir, tout en reconnaissant que la question des mécanismes applicables en cas d'empêchement temporaire du chef de l'État mérite d'être clarifiée.
Le pouvoir en place, lui, se veut rassurant. Dans un éditorial publié le 15 juillet dans *L'Action*, organe du parti au pouvoir (RDPC), son directeur de la propagande, Christophe Mien Zok, a affirmé : « Le pouvoir n'est pas vacant. Le Lion n'est pas parti », dénonçant au passage ceux qui, selon lui, « tiennent une comptabilité quotidienne » du séjour présidentiel.
Un précédent encore frais dans les mémoires
Ce scénario n'est pas inédit. En 2024 déjà, le pays avait vécu une absence présidentielle de 49 jours, conclue par un retour officiel le 21 octobre à l'issue d'un déplacement présenté comme un mélange de visite d'État et de soins médicaux. Franchir aujourd'hui le seuil symbolique des 50 jours ravive donc un sentiment de déjà-vu, dans un pays de près de 30 millions d'habitants où la santé du chef de l'État reste traditionnellement traitée comme une affaire d'État confidentielle.
Une réapparition attendue dans les prochains jours
Deux éléments laissent penser que ce séjour touche à sa fin. D'une part, plusieurs sources non officielles évoquaient, à la date du 25 juillet, un retour possible du président à Yaoundé ce week-end, sans confirmation par un communiqué de la présidence à l'heure où ces lignes sont écrites. D'autre part, une visite officielle de l'archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, est programmée à Yaoundé du 31 juillet au 4 août un rendez-vous diplomatique dont la préparation, engagée depuis la mi-juillet par les services du ministère des Relations extérieures, laisse supposer une présence présidentielle sur le sol camerounais à cette date.
Ce que cela révèle du fonctionnement de l'État
Au-delà du cas individuel de Paul Biya, cet épisode illustre une réalité plus large : celle d'un exercice du pouvoir largement personnalisé, où l'essentiel de l'activité présidentielle visible, en l'absence du chef de l'État, transite par des communiqués et publications du Cabinet civil de la présidence. Reste une question de fond, posée aussi bien par des responsables politiques que par des citoyens : quels garde-fous institutionnels existent réellement lorsqu'un chef d'État reste durablement hors du territoire national, sans mécanisme constitutionnel clair pour organiser l'intérim ?
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#Cameroun #PaulBiya #Afrique #Yaounde #GeneveLire aussi
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