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Or fantôme : comment le Cameroun se fait piller :: CAMEROON

Entre 2021 et 2025, le Cameroun n'a officiellement déclaré que 148 kg d'or exportés. Pendant ce temps, Dubaï enregistrait 44 tonnes en provenance du pays. L'enquête de Jeune Afrique révèle un système criminel organisé qui prive l'État de 2 000 milliards FCFA.

Un réseau criminel structuré impliquant des agents de l'État, des promoteurs chinois et des contrebandiers.  Une contrebande massive d'or camerounais vers Dubaï.  Entre 2021 et 2025. Du Cameroun, via ses aéroports internationaux jusqu'aux comptoirs de Dubaï. Pourquoi ? Pour blanchir l'or et priver l'État de recettes fiscales essentielles.

Ce n'est pas une simple fraude douanière. C'est une architecture criminelle. Un système délibérément construit pour extraire, raffiner, exporter et blanchir l'or camerounais hors de tout circuit légal. Avec la complicité active d'agents de l'État à tous les échelons de la chaîne.

44 tonnes contre 148 kg : l'écart qui donne le vertige

Entre 2021 et 2025, les douanes camerounaises n'ont enregistré que 148 kilogrammes d'or légalement exporté. Pendant la même période, les autorités de Dubaï ont enregistré l'entrée de 44 tonnes d'or en provenance du Cameroun.

44 tonnes. Soit 297 fois plus que ce que le Cameroun déclare officiellement exporter. La valeur de cet or est estimée à 3,4 milliards de dollars, soit près de 2 000 milliards de FCFA.

« Ce n'est pas une fraude fiscale. C'est un vol. »

Dubaï, plaque tournante de l'or de contrebande

Dubaï est devenu l'un des principaux centres mondiaux du négoce de l'or. Sa réglementation favorable et son rôle de plateforme internationale attirent aussi bien les opérateurs légaux que les réseaux de contrebande.

C'est là que se concentre une partie importante de l'or extrait en Afrique. L'or camerounais, une fois arrivé à Dubaï, entre dans le circuit légal international, blanchisé et valorisé pendant que l'État camerounais ne perçoit rien.

Une corruption systémique au sommet de l'État

L'enquête de Jeune Afrique, intitulée « Les passoires du Cameroun : comment l'or et ses milliards s'envolent vers Dubaï », révèle que ce pillage n'est pas le fruit de simples contrebandiers. C'est un système organisé.

Faux certificats d'origine, agents publics corrompus, promoteurs chinois bien introduits : les rouages de ce système criminel sont désormais exposés.

Sur le papier, le dispositif légal camerounais semble rigoureux. Tout opérateur souhaitant exporter de l'or doit obtenir une autorisation, faire expertiser son produit dans un laboratoire agréé et recevoir un certificat d'origine. Dans la réalité documentée par Jeune Afrique, ce dispositif est systématiquement contourné.

Le conflit d'intérêts de la Sonamines

Le code minier de 2023 a accordé à la Sonamines (Société nationale des mines) l'exclusivité de la commercialisation des métaux précieux. Mais comme le révèle Jeune Afrique, cette mesure a créé un nouveau problème :

« La Sonamines se retrouve simultanément actrice et régulatrice du secteur, un conflit d'intérêts structurel que dénoncent les opérateurs. »

Un opérateur s'indigne auprès de Jeune Afrique : « Il n'est donc pas étonnant qu'elle complique la délivrance des agréments. »

Les complicités au plus haut niveau

L'enquête met en cause des personnalités proches du pouvoir. Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil du président Paul Biya, a été entendu à plusieurs reprises par le Tribunal criminel spécial (TCS). Des agents des renseignements doivent être envoyés à Dubaï pour remonter la piste d'un présumé trafic d'or camerounais.

Steven Nbienou Kouadjo, head of NBIKO Group, a démenti les accusations le liant au scandale. Mais les investigations se poursuivent.

À peine 5 % de la production passent par les circuits légaux

L'ampleur du phénomène est vertigineuse. Selon Jeune Afrique, à peine 5 % de la production nationale d'or serait écoulée via des circuits légaux. Le reste quitte pourtant le pays, en grande partie par ses aéroports internationaux.

L'exploitation aurifère ne représente toujours qu'à peine 1 % du PIB camerounais, alors que le pays regorge de ressources.

Les failles du secteur minier

L'enquête souligne plusieurs facteurs favorisant la fraude :

- L'exploitation artisanale, difficile à contrôler
- Des circuits d'achat informels
- Des exportations clandestines
- Des soupçons de complicités au sein de certains réseaux

L'absence totale de traçabilité à chaque maillon de la chaîne est le nerf de la guerre. Un interlocuteur confie à Jeune Afrique :

« Lorsqu'un orpailleur cède sa production à un collecteur, aucun papier n'est signé. Pareillement, du collecteur jusqu'au bureau d'achat, rien n'est écrit. »

Cette opacité n'est pas accidentelle. Elle est fonctionnelle : sans document, pas de traçabilité ; sans traçabilité, pas de responsabilité ; sans responsabilité, pas de sanction possible.

Les ripostes de l'État

Face à ces révélations, les autorités camerounaises ont lancé des investigations. En décembre 2025, le gouvernement a ordonné la suspension totale de toutes les activités d'extraction aurifère.

Une commission d'enquête a été mise en place, et 53 permis ont été retirés. Le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, a précisé que l'entreprise est en droit d'engager des poursuites judiciaires une fois les responsabilités établies.

Un enjeu économique majeur pour le Cameroun

Ce dossier montre que la contrebande d'or constitue un enjeu économique majeur pour le Cameroun. Si les chiffres avancés sont confirmés, les pertes financières seraient considérables et mettent en évidence la nécessité de :

- Renforcer la traçabilité de l'or
- Contrôler les exportations
- Améliorer la gouvernance du secteur minier

Un précédent pour l'Afrique ?

Au-delà du Cameroun, cette affaire révèle les limites de la gouvernance des ressources naturelles en Afrique. L'or, ce métal précieux qui devrait financer les infrastructures, la santé et l'éducation, s'envole vers Dubaï et l'État ne voit rien.

Le Cameroun, avec une administration réputée plus solide que celle de nombreux voisins, perd des milliers de milliards de francs CFA. Que dire alors des pays aux États plus fragiles ?

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