CAMEROUN :: Yaoundé V : des fidèles dénoncent une « offense grave » :: CAMEROON
© Camer.be : Toto Jacques | 15 Jul 2026 14:48:29 | 478Alors que le gouvernement annonce la fermeture de 1 400 églises de réveil à travers le Cameroun, l'arrondissement de Yaoundé V est devenu l'épicentre d'une polémique qui oppose fidèles, autorités administratives et défenseurs de la laïcité.
Des scellés apposés sur des portes. Des fidèles en larmes. Des pasteurs désemparés. Ce dimanche, plusieurs églises de réveil de la capitale ont vu leurs portes se fermer sur ordre du sous-préfet François Mabaya Essomba. Motif : des nuisances sonores jugées excessives.
Mais derrière cette justification administrative, une question brûle les lèvres des Camerounais : pourquoi les églises et pas les bars ? Dans une lettre ouverte devenue virale, la femme politique Anne Féconde Noah interpelle le sous-préfet. Les fidèles, eux, parlent d'« offense grave » et de « campagne injuste ». En toile de fond, une annonce gouvernementale qui promet de fermer 1 400 églises de réveil à travers le pays. Une décision qui interroge sur l'équilibre entre ordre public, liberté religieuse et égalité de traitement.
Le contexte national : 1 400 églises dans le viseur du gouvernement
Tout commence le 8 juillet 2026. Ce jour-là, le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, annonce une vaste offensive dans le milieu des églises de réveil. Pas moins de 1 400 d'entre elles seront fermées dans les prochains jours. L'annonce intervient quelques jours après le meurtre à Yaoundé d'une fillette de 11 ans, dans la nuit du 27 au 28 juin. L'auteure présumée du crime, fidèle d'une de ces églises, avait déclaré avoir agi sous l'influence d'un responsable religieux.
« Le crime est proscrit par la loi et par les textes sacrés », a rappelé Paul Atanga Nji. Le ministre a reconnu une forme d'anarchie dans le secteur, favorisée par le « principe de la tolérance administrative » qui a vu naître des centaines de lieux de culte dans les quartiers populaires, sans aucune autorisation légale. Sa formule est devenue un slogan : « La foi ne peut plus s'affranchir de la loi. »
Yaoundé V, épicentre de la polémique
C'est dans ce contexte que le sous-préfet de Yaoundé V, François Mabaya Essomba, a ordonné la fermeture de plusieurs églises de réveil le dimanche 12 juillet 2026. Selon les informations disponibles, les autorités justifient cette décision par la nécessité de lutter contre les nuisances sonores et de fermer les lieux de culte non autorisés.
Mais pour les fidèles concernés, la mesure est « disproportionnée ». Dans un courrier adressé au sous-préfet, ils dénoncent ce qu'ils qualifient d'« offense grave » et de « campagne injuste » à l'encontre des lieux de culte. Selon eux, le rôle de l'autorité administrative est avant tout de réguler les nuisances sonores et non d'intervenir sur des questions de foi, conformément au principe de laïcité.
L'argument qui fâche : « Pourquoi les églises et pas les bars ? »
Au cœur de la polémique, une question récurrente : pourquoi fermer les églises quand les bars du quartier Essos, parmi les plus bruyants de la ville, continuent de faire vibrer les murs jusqu'à l'aube sans jamais être inquiétés ?
Cette question, des milliers de Camerounais se la posent sur les réseaux sociaux. Elle a été formulée avec une vigueur particulière par Anne Féconde Noah, femme politique camerounaise et première vice-présidente du PCRN. Dans une lettre ouverte cinglante adressée au sous-préfet de Yaoundé V, elle écrit :
« Ce n'est pas votre rôle, cela ne fait pas partie de vos missions, cela ne relève pas de vos compétences, de déterminer si ces chrétiens prient le vrai Dieu ou pas. »
Et d'ajouter : « Lorsque des dizaines de bars situés à proximité les uns des autres jouent de la musique au même moment, chacun mettant le volume de ses baffles au maximum, il faut être constitué de façon spéciale pour ne pas se rendre malade en traînant dans ces endroits. »
L'absence de norme nationale sur les décibels
Les signataires du courrier des fidèles regrettent également l'absence d'une norme nationale fixant les seuils de décibels. Ils proposent qu'un cadre clair soit établi afin de favoriser le dialogue entre les autorités et les responsables religieux.
Cette critique rejoint celle d'Anne Féconde Noah, qui souligne que « le Cameroun ne dispose pas d'une réglementation sur les décibels jusqu'à ce jour, et c'est ça le problème qu'il faut résoudre ». Elle oppose la logique de régulation à celle de la punition : « Prendre sur vous de fermer des églises est une lourde responsabilité, et une grave offense pour ceux qui y vont, croyant servir le Père Éternel. »
Une décision qui s'inscrit dans une vague de fermetures
La décision du sous-préfet de Yaoundé V n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une vague de fermetures qui touche la capitale depuis 2025. En février-mars 2025, le sous-préfet de Yaoundé IV avait déjà fait fermer 188 églises de réveil sur les 615 en activité dans cet arrondissement.
Le 6 juillet 2026, le sous-préfet de Yaoundé VI, Joseph Alain Etoundi, a signé la Décision n° 654/D/J06/06/BAJP ordonnant la « fermeture immédiate et définitive de toutes les églises non conformes » dans son arrondissement. Un texte sans appel, qui repose sur les lois de décembre 1990 encadrant le maintien de l'ordre et les libertés publiques.
Les témoignages des fidèles : « On vient chercher Dieu »
Dans les quartiers populaires de Yaoundé, la fermeture des églises de réveil suscite de vives réactions. « Nous, on vient seulement à l'église, on ne cherche pas à savoir si c'est légalisé ou pas. On vient chercher Dieu », témoigne un fidèle dans un reportage de RFI.
Certains pasteurs assurent que leur assemblée est dans la légalité, rattachée à une confession plus importante reconnue par l'État. « Nous ne sommes pas là parce que nous voulons piétiner les os ou bien pour dépouiller les hommes. Non, ce n'est pas la mission que le Seigneur nous a envoyé », explique le pasteur Guy.
Le débat sur la laïcité et l'égalité de traitement
Au-delà de la question des nuisances sonores, c'est le principe même de l'action administrative qui est en cause. Les fidèles estiment que les autorités « semblent vouloir décider de la foi de ces chrétiens, parce que vous n'aimez pas celle qu'ils pratiquent ». Ils dénoncent une « campagne » qui, selon eux, serait motivée par des « comptes personnels » de détracteurs des églises de réveil.
Les signataires du courrier disent rester ouverts à la concertation, tout en appelant à une application équitable des règles concernant les nuisances sonores, quel que soit l'établissement concerné. Un appel à la raison qui, dans le contexte actuel, résonne comme une mise en garde.
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