Cameroun: Le tableau noir des enseignants des lycées et collèges :: CAMEROON
© Le Quotidien De L'Economie : Pierre Nka | 31 Mar 2017 09:02:33 | 25505En abandonnant les élèves et les salles de classe pour la rue le 28 mars 2017, cette catégorie de fonctionnaires exprime un malaise préjudiciable pour la formation de la jeunesse camerounaise.
Pour être professeur de lycée ou de collège au Cameroun, il faut suivre avec succès une formation de trois ans (niveau bac) ou cinq ans (niveau Licence) dans une des Ecoles normales du pays. La fin de la formation, au lieu d’être un saut vers l’amélioration des conditions de vie corolaire, d’une intégration dans la très convoitée Fonction publique camerounaise, le jeune enseignant commence un chemin de croix. Anatole K. professeur d’histoire dans un lycée situé à 17 Km de Maroua, le chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord est passé par là.
Il a déposé son dossier d’intégration dès sa sortie de l’école en 2012. Un an après, il n’en avait plus de traces au sein des différents ministères. D’abord au ministère des Enseignements secondaires, le ministère employeur. Ensuite à la Fonction publique et de la réforme administrative (Minfopra) qui centralise le fichier du personnel de l’Etat. Et enfin au ministère des Finances qui s’occupe du paiement des salaires. Contraint par les pratiques d’une administration publique réputée corrompue, le jeune enseignant est entré en contact avec des « démarcheurs ». Il s’agit en réalité des jeunes au service des fonctionnaires et qui sont capables de vous obtenir tout ce que vous désirez au sein de l’administration contre rémunération.
Le calvaire
C’est ce « tuyau » particulier qui a permis, par exemple, à Anatole K. affecté à 17 km de Maroua d’obtenir un matricule deux ans après sa sortie de l’école. Désormais enclin à l’obtention des services contre rétribution dans l’administration publique camerounaise, le jeune enseignant paiera des « taxes » à chaque passage de son dossier. Et quatre ans après la fin de formation, il percevra son premier salaire en 2016. « J’ai payé 100 000 FCFA au fonctionnaire du ministère des Enseignements secondaires qui avait des amis aux Finances », lance l’enseignant. Une fin du calvaire. Puis qu’avant sa prise en solde, il fallait se lever du bon pied pour attendre un ancien collègue propriétaire d’une moto sur le chemin du lycée. « En saison sèche, j’arrivais avec la poussière, et en saison pluvieuse, c’est la boue qui montrait à mes élèves que mes conditions de vie ne sont pas meilleures », explique l’enseignant chargé de dispenser des cours d’histoire à 400 FCFA l’heure.
Face aux tensions de trésorerie, le proviseur s’était résolu à verser un taux forfaitaire de 20 000 FCFA par mois aux enseignants en cours d’intégration. Un privilège, parce que dans d’autres établissements du pays, ce n’est pas le cas. Même les enseignants affectés à Yaoundé, la capitale du Cameroun n’échappent pas à ces tribulations. « Entre 2013 et 2015, c’était très compliqué. Mon dossier d’intégration était introuvable dans les trois administrations en charge de l’intégration des enseignants », se désole Dambé, professeur d’allemand au lycée d’Ahala dans l’espace rural du 3ème arrondissement de Yaoundé. Pour reconstituer son dossier, il a déboursé 40 000 FCFA à trois reprises pour remettre son dossier à jour. Et depuis 2015, l’enseignant de lycée gagne 128 000 FCFA sur une prévision de 226 000 FCFA. « Les 97 000 FCFA de 2015 à 2017 ne sont pas encore arrivés dans mon compte», explique l’éducateur. Il reconnaît avoir perçu tout de même un rappel des deux tiers équivalent à 128 000 FCFA de 2013 à 2015. Avant la prise en solde, la situation de l’enseignant au Cameroun n’est qu’un véritable parcours de combattant. « Des enseignants se retrouvent sans argent de taxi. Sans ressources financières pour se vêtir ou encore sans argent pour prendre le petit déjeuner avant le début des cours » râle un proviseur d’un lycée situé à Yaoundé sous anonymat. « Vous arrivez en classe dégoulinant de sueur. J’avais dit au proviseur du lycée d’Ahala que si 2015 passait sans une prise en solde, je devais déserter les cours », se rappelle sieur Dambe, professeur d’allemand pris en solde depuis deux ans. Avant d’ajouter avec amertume « même si vous aimez une profession, dans les conditions de traitement au Cameroun, vous êtes amenés à baisser votre ardeur au travail avec pour conséquence la baisse du niveau des élèves ». Surtout que, en quête de mieux être, les enseignants affectés dans les établissements publics sont contraints aux vocations dans des établissements privés pour leur survie.
Pour plus d'informations sur l'actualité, abonnez vous sur : notre chaîne WhatsApp
Lire aussi
:: 15 800 FCFA pour « allonger le way » : le drame de Firmin
:: Martinez Zogo : les caméras qui piègent Amougou Belinga
:: Nathalie Moudiki : l'épouse qui fait la loi à la SNH
:: Colonel Otoulou : « Ils ont planifié le meurtre »
:: Nécrologie : Le Général de Brigade EZO'O MVONDO Simon tire sa révérence
LE DéBAT
Afrique -Débat: Pourquoi la crise anglophone persiste au Cameroun? :: AFRICA
AFRIQUE :: Divorces dans la diaspora camerounaise en Europe : explications ? :: AFRICA
AFRIQUE :: Quand est-ce les Camerounais prendront enfin leurs responsabilités pour la gestion de leur équipe? :: AFRICA
Afrique : Quel droit à l'image pour les défunts au Cameroun ? :: AFRICA
Canada - Cameroun, Liberté de manifestation partisane au Cameroun : Encore une incurie liberticide de Biya Paul ?
POINT DU DROIT
CAMEROUN :: La problématique du changement de nom en droit comparé :: CAMEROON
Les étapes et les frais de procédure du morcellement d'un terrain au Cameroun :: CAMEROON
L'obtention d'un titre foncier au Cameroun à l'issue d'une vente de terrain :: CAMEROON
Le jugement supplétif de rectification d'acte de naissance au Cameroun :: CAMEROON
CAMEROUN :: La procédure d'achat d'un terrain titré dans la ville de Yaoundé :: CAMEROON
partenaire
Vidéo de la semaine
TEETY TEZANO à STRASBOURG Juillet 2026
AZIZ MOUNDE: HOMMAGE A ALAIN LE MIGNON
GASTON KELMAN décrypte NDAP BIKOKOO à Paris
HERVE MATHOUX SON REGARD SUR LE FOOT AFRICAIN SES 10 DERNIRERE ANNEES
Dr Christian TCHAM entretien après la conférence de presse à Paris
Vidéo
Jeunesse engagée : retour sur la finale du Challenge PDF à Bruxelles
WILFRIED EKANGA À BRUXELLES : Il explique les objectifs du PDF, du MRC et les défis à venir
Charlotte Dipanda en concert à Bruxelles : une soirée qui restera dans les mémoires
Charlotte Dipanda au Cirque Royal : une première historique pour la musique camerounaise
Assassinat d'Anicet Ekanè : les révélations de sa sœur
il y a une semaine
Maroc : « Nous ne représentons pas l'Afrique », déclare le ministre des Sports :: MOROCCO
CAMEROUN :: Baccalauréat 2026 : Le taux de réussite dégringole de 5 points :: CAMEROON
CAMEROUN :: Faux décret : Oswald Baboke auditionné par la DSP, une tentative de coup d'État ? :: CAMEROON
« Match truqué » : Hossam Hassan accuse la FIFA après Égypte-Argentine :: EGYPT
Maroc-Afrique : La rumeur qui a enflammé les réseaux sociaux :: MOROCCO
il y a un mois
CAMEROUN :: Assassinat, torture, séquestration : le chef de Baloum visé par 8 chefs d’accusation :: CAMEROON
AFRIQUE :: La politique s'invite sur le terrain: Le match Sénégal-France et les concessions de Faye à Macron :: AFRICA
MONDE ENTIER :: FIFA : Hakimi, Vinicius, De Jong — trois stars muselées pour avoir parlé espagnol :: WORLD
CAMEROUN :: Disparue après un rendez-vous, son corps échoue sur une plage :: CAMEROON
L'Espagne calée par le Cap-Vert dès son entrée en lice :: CAPE VERDE
il y a un an