Conseil constitutionnel du Cameroun : l'intérim d'un anthropologue
© Camer.be : Onana Nestor | 12 oct. 2026 00:00:00 | 377Paul Nchoji Nkwi, anthropologue de 86 ans, assure l'intérim à la présidence du Conseil constitutionnel du Cameroun. Une situation inédite qui pose question.
Un anthropologue de 86 ans, sans qualification juridique connue, préside par intérim l'institution qui proclame les résultats de l'élection présidentielle au Cameroun.
Un anthropologue. Pas un juge. Pas un juriste. Un universitaire de 86 ans, spécialiste des traditions du Nord-Ouest. C'est lui qui dirige, par intérim, l'institution qui valide les élections au Cameroun.
Le décès qui a tout déclenché
Clément Atangana est mort le 4 octobre 2026 à l'Hôpital américain de Paris. Il avait 85 ans. Il présidait le Conseil constitutionnel depuis 2018, date de la création effective de l'institution.
Premier président du Conseil, il en aura été le visage pendant huit ans. Un visage associé aux proclamations de victoire de Paul Biya. En 2018. En 2025.
Son bureau a été scellé. Une opération menée sous la supervision du Procureur près le Tribunal de première instance de Yaoundé. Le 7 octobre, les onze conseillers se sont réunis au Palais des Congrès pour constater officiellement la vacance.
Puis ils ont laissé la place au doyen.
Paul Nchoji Nkwi, l'homme qui hérite de l'intérim
La loi est simple. En cas de vacance, le doyen d'âge des conseillers assure l'intérim. Article 7 de la loi n°2004/004. Loi n°2004/005 fixant le statut des membres.
Paul Nchoji Nkwi a 86 ans. Il est né en 1940, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, à Kom. Il est le membre le plus âgé du Conseil. C'est donc lui.
Mais qui est-il ?
Un anthropologue, pas un juriste
Le parcours de Paul Nchoji Nkwi est celui d'un universitaire. Anthropologue. Spécialiste des systèmes de gouvernance traditionnelle et du changement social en Afrique.
Il a étudié à l'Université de Fribourg, en Suisse. Il y a obtenu son habilitation à diriger des recherches en 1982. Il a enseigné à l'Université de Yaoundé I. À l'Université Catholique d'Afrique Centrale. Il a été professeur invité dans plusieurs universités internationales. Boursier Fulbright. Boursier Humboldt.
Il a fondé la Pan-African Association of Anthropology. Il est l'auteur de nombreux ouvrages. The Catholic Church in Kom. Traditional government and social change.
Il a été nommé membre du Conseil constitutionnel par Paul Biya en février 2018. Dès la création de l'institution.
Son profil académique est incontestable. Mais son profil juridique l'est tout autant : il n'a jamais exercé la fonction de juge. Aucune qualification juridique connue n'est associée à son parcours.
Ce que la loi exige, ce qu'elle n'exige pas
La loi camerounaise est claire. Ou plutôt, elle ne l'est pas.
Une étude sur le Conseil constitutionnel camerounais le souligne : « aucune condition d'âge et aucune condition de compétence en matière juridique n'est exigée pour être nommé comme conseiller ». Le texte retient une formule simple : les membres sont « choisis parmi les personnalités de réputation professionnelle établie ».
Paul Nchoji Nkwi a une réputation professionnelle établie. En anthropologie. Pas en droit constitutionnel.
Ce n'est pas une anomalie. C'est le fonctionnement prévu par la loi.
Le Conseil constitutionnel camerounais n'est pas composé uniquement de magistrats. Sur les onze membres, six sont des personnalités nommées par le président de la République, le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat et le Conseil supérieur de la magistrature. Les cinq autres sont des magistrats.
Paul Nchoji Nkwi est l'une de ces personnalités. Un universitaire. Un anthropologue.
Un intérim, pas un mandat
Ce qu'il faut comprendre, c'est que Paul Nchoji Nkwi n'est pas nommé président. Il assure un intérim. La distinction est essentielle.
L'intérim vise « uniquement à assurer la continuité administrative et institutionnelle de l'organe ». Le président par intérim gère les affaires courantes. Il ne peut pas « adopter des réformes institutionnelles majeures ni modifier la direction jurisprudentielle à long terme de la cour », selon une analyse publiée par Streamline Feed.
La nomination d'un président titulaire reste la prérogative de Paul Biya. Un décret présidentiel doit désigner le prochain maître du Conseil constitutionnel. Ce décret n'a pas encore été pris.
Le contexte politique
Le timing n'est pas anodin.
Le Cameroun a tenu une élection présidentielle en octobre 2025. Paul Biya a été proclamé vainqueur avec 53,66 % des voix. Clément Atangana, alors président du Conseil constitutionnel, a déclaré que le scrutin s'était déroulé « de manière libre et transparente ».
Le Conseil constitutionnel a joué son rôle. Il a validé. Il a proclamé. Il a légitimé.
Aujourd'hui, ce même Conseil est dirigé par intérim par un homme qui n'a jamais jugé. Un homme qui, pendant des décennies, a étudié les systèmes de gouvernance traditionnelle du Cameroun. Un anthropologue devenu, par la force des textes, président temporaire de l'institution qui arbitre la vie politique du pays.
Est-ce un problème ? Pas au sens légal. La loi est respectée. Le doyen assure l'intérim. C'est tout.
Mais la situation pose une question. Une question qui dépasse Paul Nchoji Nkwi. Le Conseil constitutionnel doit-il être présidé par un juriste ? La légitimité d'une institution qui tranche des contentieux électoraux ne dépend-elle pas, en partie, de la compétence juridique de ceux qui la dirigent ?
Nous n'avons pas pu joindre le Conseil constitutionnel ni la présidence de la République pour obtenir une réaction. Le décret de nomination d'un nouveau président titulaire n'avait pas été publié au moment d'écrire ces lignes.
Paul Nchoji Nkwi assure l'intérim. Il gère les affaires courantes. Il attend.
Paul Biya doit nommer un nouveau président. Le nom circule dans les couloirs du pouvoir. Aucune confirmation officielle n'a filtré.
En attendant, le Conseil constitutionnel est dirigé par un anthropologue de 86 ans. Un homme dont la vie a été consacrée à l'étude des traditions. Pas à l'interprétation de la Constitution.
La question n'est pas de savoir s'il est compétent. La question est de savoir si l'institution est bien conçue. Une institution qui peut être présidée par un non-juriste est-elle à la hauteur des enjeux qu'elle doit trancher ?
Qui est le nouveau président du Conseil constitutionnel du Cameroun ?
Paul Nchoji Nkwi, un anthropologue de 86 ans, assure l'intérim à la présidence du Conseil constitutionnel depuis le 5 octobre 2026. Il n'est pas nommé président titulaire. Il est le doyen d'âge des onze conseillers.
Pourquoi un anthropologue préside-t-il le Conseil constitutionnel ?
Parce que la loi camerounaise prévoit qu'en cas de vacance, le doyen d'âge des conseillers assure l'intérim. Paul Nchoji Nkwi est le membre le plus âgé du Conseil. Il a été nommé en 2018.
Faut-il être juriste pour siéger au Conseil constitutionnel ?
Non. La loi n'exige « aucune condition de compétence en matière juridique » pour être nommé conseiller. Les membres sont choisis parmi les « personnalités de réputation professionnelle établie ».
Quand un nouveau président sera-t-il nommé ?
La nomination d'un président titulaire est la prérogative du président de la République, Paul Biya. Aucun décret n'a encore été publié.
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