Blanchiment : pourquoi le Cameroun n'arrive pas à sortir du purgatoire
© Camer.be : Toto Jacques | 03 nov. 2026 13:41:00 | 438Malgré les promesses de Yaoundé et un optimisme affiché en août, le Groupe d'action financière maintient le Cameroun sous surveillance. Les sept derniers chantiers bloquent la sortie.
Le 30 octobre 2026, à Paris, le Groupe d'action financière (GAFI) a rendu son verdict. Le Cameroun reste sur la liste grise. Cette liste, qui regroupe les pays ayant des faiblesses stratégiques dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ne bouge pas pour Yaoundé. Le pays y est depuis juin 2023.
Pourtant, en août, les autorités camerounaises y croyaient dur comme fer.
L'espoir d'août
À l'époque, Jean Bertin Meba, directeur par intérim de l'Agence nationale d'investigation financière (ANIF), affichait une confiance à toute épreuve. "Sur 24 actions recommandées au départ, nous sommes à ce jour à sept actions résiduelles à satisfaire", avait-il déclaré. Il annonçait même l'envoi d'une délégation à Abidjan pour présenter le huitième rapport du Cameroun devant les experts du GAFI. L'objectif était clair : obtenir la levée de la majorité des actions encore sous monitoring.
Deux mois plus tard, la réalité rattrape le pays. Le GAFI a certes reconnu des progrès, mais il a surtout relevé que "toutes les échéances fixées sont désormais dépassées".
Ce que le GAFI reproche au Cameroun
Le rapport du 30 octobre ne mâche pas ses mots. Des avancées existent, notamment dans la transmission de renseignements financiers aux autorités et la saisie d'avoirs aux frontières. Mais cela ne suffit pas.
Le GAFI attend encore un contrôle plus rigoureux des banques, des institutions financières non bancaires et des professions non financières. Il pointe aussi du doigt la nécessité d'échanges d'informations plus sécurisés avec la cellule de renseignement financier. Et surtout, il exige des mécanismes plus efficaces de confiscation des avoirs criminels, ainsi qu'une application effective des sanctions financières ciblées.
En clair : le Cameroun a les textes, mais sur le terrain, ça coince.
Les 7 chantiers qui bloquent
Parmi les sept actions résiduelles, certaines sont techniques, d'autres plus politiques. Il y a la supervision des acteurs financiers et non financiers. Le contrôle des organismes à but non lucratif, souvent utilisés pour le financement du terrorisme. La gestion des avoirs gelés, saisis ou confisqués. Et l'application des sanctions ciblées.
Le GAFI insiste sur un point : "démontrer l'efficacité de la mise en œuvre des régimes de sanctions financières ciblées". Comprendre : ce n'est pas parce que la loi existe qu'elle est appliquée. Les autorités camerounaises doivent prouver qu'elles traquent réellement les financements illicites.
Pourquoi c'est grave
Rester sur la liste grise n'est pas anodin. Le GAFI précise que cette inscription ne constitue pas, en elle-même, une recommandation d'appliquer des mesures de vigilance renforcée. Mais dans les faits, l'image du pays en pâtit.
Les investisseurs internationaux regardent ces classements de près. Les banques étrangères peuvent exiger des justificatifs supplémentaires pour les transactions en provenance du Cameroun. Les coûts de transfert augmentent. La crédibilité financière du pays s'effrite.
Pour une économie qui cherche à attirer des capitaux, c'est un signal négatif. Le Cameroun avait promis de tout faire pour sortir de cette liste. Huit ans après son inscription, la promesse reste lettre morte.
Une chose est sûre : le Cameroun devra redoubler d'efforts pour convaincre. Les prochaines échéances s'annoncent cruciales.
C'est quoi la liste grise du GAFI ?
C'est une liste de pays qui sont sous surveillance parce qu'ils ont des faiblesses dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Ils se sont engagés à corriger le tir, mais ils ne l'ont pas encore fait. Le Cameroun est dedans depuis juin 2023.
Est-ce que ça veut dire que le Cameroun est un pays dangereux pour les affaires ?
Pas forcément, mais ça complique les choses. Les banques étrangères peuvent être plus méfiantes, demander plus de papiers, et les transferts d'argent peuvent coûter plus cher. C'est un frein pour les investisseurs.
Pourquoi le Cameroun n'arrive pas à sortir de cette liste ?
Il reste sept actions à satisfaire. En gros, le GAFI reproche au Cameroun de ne pas assez contrôler les banques, les professions non financières (comme les avocats ou les agents immobiliers), et les organisations caritatives. Il faut aussi que le pays prouve qu'il confisque vraiment les biens des criminels.
Qu'est-ce que ça change pour moi, citoyen camerounais ?
Au quotidien, pas grand-chose. Mais à long terme, si le pays reste sur cette liste, les investissements étrangers peuvent baisser, et l'économie en pâtit. C'est l'image du pays qui est en jeu.
Lire aussi
Blanchiment : pourquoi le Cameroun n'arrive pas à sortir du purgatoire
853 milliards FCFA : ce que le Cameroun a vraiment gagné avec le gaz
Le Cameroun pourrait acquérir de nouveaux partenaires commerciaux extérieurs
Pièces BEAC : ce qui change vraiment pour votre argent ce 2 novembre
Résilience économique: ce que l’Afrique doit copier et ne doit pas copier de l’expérience russe
Barrage de Nachtigal : 30 millions d’euros manquent, l’État au pied du mur
Tramway de Douala : 400 milliards pour 20 km, le pari fou de la CUD
Djeuga Palace : la Cour d'appel bloque l'expulsion de l'État
Emprunt 2027 : Yaoundé vise jusqu’à 2,5 milliards $
Sonara-Dangote : l’accord qui va changer le carburant au Cameroun
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
il y a un an