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ECONOMIE

Emprunt 2027 : Yaoundé vise jusqu’à 2,5 milliards $

**Yaoundé vise jusqu’à 2,5 milliards $ sur les marchés en 2027. Fitch a dégradé la note à B-. Décryptage d’un pari financier sous tension politique.**

Le Cameroun pourrait lever entre 1,7 et 2,5 milliards de dollars sur les marchés financiers internationaux en 2027, via une émission d’obligations. Au plafond de la fourchette, l’opération représenterait environ 4 % du PIB, estimé à 59 milliards de dollars. L’information a été rapportée par Reuters le 28 octobre 2026, citant un haut responsable du ministère des Finances.

Mais un chiffre ne dit rien du climat. Dix jours plus tôt, Fitch a abaissé la note souveraine du Cameroun de B à B-. Motif invoqué : « une transition de pouvoir désordonnée », liée aux incertitudes autour de la succession de Paul Biya, 93 ans. Les marchés ont répondu sans attendre. Le rendement de l’eurobond 2033 a bondi à 10,65 %, un record.

Emprunter 2,5 milliards quand le marché vous demande plus de 10 % ? C’est le paradoxe d’un pays qui n’est pas surendetté, mais dont la crédibilité politique vacille.

Le chiffre qui cache une équation politique

1 000 milliards de FCFA. C’est la borne basse inscrite noir sur blanc dans le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029. Environ 1,7 milliard de dollars. La borne haute, 2,5 milliards, vient d’un responsable du ministère des Finances qui a parlé à Reuters sous couvert d’anonymat.

Le calendrier et les modalités seront précisés dans la loi de finances 2027. Autrement dit : rien n’est encore figé. Ni le montant exact, ni la date, ni le nombre d’opérations. Le responsable a simplement indiqué que les services « travaillaient encore sur l’analyse économique ».

Ce flou n’est pas anodin. Il laisse au gouvernement une marge de manœuvre politique. Emprunter 1,7 milliard ou 2,5 milliards, ce n’est pas le même signal envoyé aux créanciers. C’est surtout la même contrainte : boucler un budget de 3 161,5 milliards de FCFA, dont 84 milliards pour rembourser des crédits de TVA aux entreprises.

Où va l’argent ? Les cinq robinets du budget 2027

Le schéma de financement 2027 est un empilement de sources. Le gouvernement compte sur 866,7 milliards de FCFA de tirages sur prêts-projets. 300 milliards d’appuis budgétaires conditionnés à un nouveau programme avec le FMI. 400 milliards de titres publics sur le marché CEMAC. 250 milliards de financement bancaire direct. 131,5 milliards prélevés sur les réserves de l’État à la BEAC.

Et, au sommet de l’édifice, un emprunt extérieur de 1 000 milliards de FCFA. L’équivalent de près d’un tiers des besoins de financement de l’État pour 2027.

Mais le robinet FMI n’est pas ouvert. Yaoundé n’a pas encore formellement demandé l’ouverture de négociations pour un nouveau programme, selon Business in Cameroon. Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a beau plaider sa cause, la décision n’a pas été prise.

Si le FMI ne signe pas, les 300 milliards d’appuis budgétaires ne rentrent pas. Le Document de programmation qualifie lui-même cette absence d’accord de « risque majeur » pour la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.

2026 : le précédent qui n’a pas été soldé

Le Cameroun n’a pas attendu 2027 pour aller sur les marchés. En janvier 2026, Paul Biya a autorisé Louis Paul Motazé à lever jusqu’à 1 650 milliards de FCFA sur les marchés intérieur et extérieur. Dont 1 000 milliards à chercher à l’international.

En février 2026, Yaoundé a levé 750 millions de dollars, soit environ 415 milliards de FCFA, via une émission d’eurobonds à maturité 2033, coupon de 8,875 %.

Il reste donc environ 585 milliards de FCFA à mobiliser pour atteindre l’enveloppe internationale autorisée pour 2026. Le gouvernement a annoncé en octobre son intention de lever 300 millions de dollars supplémentaires en rouvrant l’eurobond 2033. Un autre financement de 690 millions de dollars, présenté comme relevant de la finance ESG, est en préparation.

La différence entre le discours et le décaissement. Ce n’est pas une anomalie comptable. C’est le signe d’un pays qui doit frapper plusieurs fois à la porte pour réunir la somme promise.

Fitch, la douche froide d’octobre 2026

Le 16 octobre 2026, Fitch Ratings a abaissé la note souveraine du Cameroun de B à B-, avec perspective stable. L’agence a cité « l’incertitude autour de la succession de Paul Biya, 93 ans, réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat », et les tensions sur le financement public.

Le poste de vice-président, créé par la réforme constitutionnelle d’avril 2026, reste vacant. Le pays n’a pas de successeur désigné. Fitch redoute une transition désordonnée.

La réaction du marché a été immédiate. Le 19 octobre, le rendement de l’eurobond 2033 a bondi de 30 points de base pour atteindre 10,65 %, un record. Celui de l’échéance 2031 a gagné 20 points, à 10 %.

Traduction concrète : prêter au Cameroun coûte désormais plus de 10 % par an. Sur 2,5 milliards de dollars, la facture d’intérêts change de dimension.

Le paradoxe camerounais : pas surendetté, mais sous surveillance

Fitch le reconnaît elle-même. La croissance est attendue à 3,7 % en 2026 et 2027. La dette publique, à 42,5 % du PIB fin 2025, devrait tomber à 39,1 % en 2028, bien en dessous de la médiane de 56 % des pays notés B. Le déficit budgétaire resterait à 2,2 % du PIB.

Le Cameroun n’est pas la Grèce. Il n’est pas non plus le Ghana ou la Zambie, passés par des restructurations douloureuses. Sa dette est majoritairement concessionnelle, longue, relativement maîtrisée.

Alors pourquoi Fitch dégrade ? Parce que la note souveraine ne mesure pas seulement la dette. Elle mesure la capacité politique à la rembourser dans un environnement prévisible. Et depuis octobre 2026, l’environnement politique camerounais est tout sauf prévisible.

Les arriérés de paiement aux fournisseurs s’élevaient à 703,5 milliards de FCFA fin juin 2026, selon la Caisse autonome d’amortissement. Le gouvernement a promis de les solder. Les entreprises attendent.

« Non-deal roadshows » : le marathon de la confiance

Le ministre des Finances ne baisse pas les bras. Le 26 octobre 2026, il a reçu une délégation de Bank of America Securities. Objectif : défendre la signature souveraine du Cameroun et sa capacité à lever des fonds.

Ces rencontres s’appellent des « non-deal roadshows ». On y parle stratégie économique, priorités budgétaires, gestion de la dette. On n’y vend pas encore d’obligations. On vend une histoire.

Une source au ministère des Finances résume la démarche : « Les autorités y exposent leur stratégie économique, leurs priorités budgétaires et leur gestion de la dette ».

Mais un roadshow ne remplace pas une signature. Et le calendrier presse. La loi de finances 2027 doit préciser les modalités de l’emprunt. Les investisseurs, eux, attendent de voir si le Cameroun tient ses promesses de 2026 avant de souscrire à celles de 2027.

Ce que 2,5 milliards veulent dire pour un Camerounais

Derrière les milliards de dollars, il y a des routes. Des écoles. Des lignes électriques. Des fonctionnaires payés.

Le budget 2027 prévoit 84 milliards de FCFA pour rembourser des crédits de TVA aux entreprises. Sans cet argent, des PME camerounaises attendent. Sans les 866,7 milliards de prêts-projets, des chantiers s’arrêtent.

L’emprunt international n’est pas un luxe. C’est le carburant d’un budget qui ne se finance pas tout seul. Le Cameroun a des recettes fiscales limitées. Le pays compte 46 % du PIB de la CEMAC, selon Louis Paul Motazé, mais sa base fiscale reste étroite.

Chaque point de rendement supplémentaire exigé par les marchés, c’est de l’argent qui ne va pas dans une salle de classe ou un dispensaire. Le rendement à 10,65 %, c’est le prix de l’incertitude politique. Ce prix, ce sont les Camerounais qui le paieront, directement ou indirectement.

La question que personne ne pose à Yaoundé

Le vrai problème n’est pas de savoir si le Cameroun peut emprunter 2,5 milliards de dollars. La réponse est oui. Les banques sont là. Bank of America, Standard Chartered, Horus Investment Group : les intermédiaires ne manquent pas.

La vraie question est : à quel prix, et pour combien de temps ?

Fitch ne prévoit aucun programme du FMI avant 2028. Si le FMI ne signe pas, le gouvernement devra compenser les 300 milliards d’appuis budgétaires par plus d’emprunts, plus de pression sur le marché intérieur, ou moins de dépenses.

Chaque option a un coût politique. Augmenter les emprunts intérieurs renchérit le coût pour les banques locales. Réduire les dépenses, c’est couper dans des budgets déjà tendus. Prélever sur les réserves à la BEAC, c’est puiser dans l’épargne de précaution.

Le Cameroun n’est pas au bord de la faillite. Mais il est à un carrefour. 2027 sera l’année où la crédibilité politique et la crédibilité financière devront se rejoindre. Sinon, les marchés feront ce qu’ils savent faire : exiger toujours plus.

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