853 milliards FCFA : ce que le Cameroun a vraiment gagné avec le gaz
© Camer.be : Onana Nestor | 03 nov. 2026 12:53:00 | 452Après huit ans d'exploitation au large de Kribi et des milliards de FCFA de retombées annoncées, le navire-usine Hilli Episeyo quitte définitivement les eaux camerounaises, laissant derrière lui un mystère financier et des questions sur l'avenir du gaz national.
Le 4 août dernier, le Hilli Episeyo a levé l'ancre. Huit ans après son arrivée, le gigantesque navire-usine de gaz naturel liquéfié (GNL) a quitté les eaux camerounaises pour ne jamais y revenir. Direction Singapour, puis l'Argentine.
Sur le papier, le bilan de Golar LNG, l'exploitant du navire, est impressionnant. Dans un rapport publié le 23 octobre 2026, le groupe norvégien affirme avoir généré plus de 1,5 milliard de dollars, soit environ 853 milliards de FCFA, de flux financiers au bénéfice d'intérêts liés à l'État camerounais entre 2018 et 2026.
Mais un chiffre aussi énorme cache souvent une réalité plus complexe.
Une opération industrielle hors norme
Il faut se souvenir de l'arrivée du Hilli Episeyo. En 2018, le Cameroun entrait dans le club très fermé des pays exportateurs de gaz naturel liquéfié. Le navire, ancré au large de Kribi, transformait le gaz extrait des champs offshore en GNL, prêt à être exporté.
Pendant huit ans, l'usine flottante a tourné à plein régime. Selon les chiffres de Golar LNG, 10,79 millions de tonnes de GNL ont été produites. Pas moins de 156 cargaisons ont été chargées et expédiées vers les marchés internationaux. La dernière a quitté le Cameroun le 27 juillet 2026.
Sur le plan local, l'impact est réel. Le groupe revendique plus de 45 milliards de FCFA d'achats auprès de fournisseurs locaux, impliquant plus de 70 entreprises camerounaises. Plus de 100 Camerounais ont également été recrutés pour faire tourner l'installation.
Le mystère des 853 milliards FCFA
C'est ici que le bât blesse. Le rapport de Golar LNG annonce 853 milliards de FCFA de retombées. Mais il ne précise pas la répartition. Combien est allé à la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) ? Combien a atterri dans les caisses du Trésor public ? Et combien a été absorbé par les autres bénéficiaires ?
Contactée, la SNH n'a pas fourni de détails sur cette ventilation avant la publication de cet article. Une opacité qui dérange.
Dans un pays où la gestion des revenus pétroliers et gaziers est souvent critiquée, ce flou artistique laisse planer le doute. Le Cameroun a-t-il réellement touché le jackpot, ou les marges ont-elles été englouties dans des contrats complexes ? La question reste ouverte.
Pourquoi le navire s'en va
Les raisons du départ du Hilli Episeyo sont techniques. Selon la SNH, le gisement de gaz a atteint son déclin naturel. La pression baisse, les volumes extractibles diminuent. Et surtout, l'installation a perdu de sa rentabilité.
Maintenir un navire-usine de cette taille en opération coûte une fortune. Quand le gaz se fait rare, l'équation financière ne tient plus. Golar LNG a donc décidé de redéployer son navire vers d'autres cieux, où les gisements sont plus prometteurs.
Le départ du navire ne signifie pas la fin du gaz au Cameroun. Golar LNG se dit d'ailleurs intéressé par de futurs projets de valorisation du gaz naturel avec la SNH et Perenco Cameroon. Mais l'exploitation du potentiel gazier national entre dans une nouvelle phase, plus incertaine.
La colère des acteurs locaux
À Kribi, l'arrivée du navire avait suscité beaucoup d'espoirs. La population attendait des emplois, des infrastructures, un développement économique. Huit ans plus tard, le bilan est mitigé. Les 100 emplois directs créés par Golar LNG font pâle figure face aux attentes. Et les 45 milliards de FCFA d'achats locaux, bien que non négligeables, n'ont pas transformé le tissu industriel de la région.
Certains fournisseurs locaux pestent encore contre des délais de paiement jugés trop longs. D'autres estiment n'avoir eu accès qu'à des miettes du gâteau.
Le Hilli Episeyo vogue vers l'Argentine. Le Cameroun, lui, doit trouver des solutions pour maintenir sa production gazière. De nouveaux projets sont dans les cartons, mais les investissements nécessaires sont colossaux.
L'État camerounais a-t-il tiré les leçons de ces huit années ? A-t-il sécurisé ses revenus ? Les zones d'ombre autour des 853 milliards de FCFA devront être levées. Pour l'heure, le navire est parti, et avec lui, une certaine idée de la rente gazière.
Combien Golar LNG a-t-il vraiment rapporté au Cameroun ?
Le groupe norvégien affirme avoir généré 853 milliards de FCFA (environ 1,5 milliard de dollars) pour les intérêts de l'État camerounais. Mais c'est un chiffre brut. Impossible de savoir précisément comment cet argent a été partagé entre la SNH, le Trésor public et les autres parties prenantes. Golar ne donne pas le détail.
Pourquoi le navire Hilli Episeyo quitte-t-il le Cameroun ?
C'est une décision économique. Le gisement de gaz au large de Kribi est vieillissant. Il y a de moins en moins de gaz à extraire, et le coût d'exploitation du navire devenait trop élevé par rapport aux revenus. Golar LNG a préféré envoyer son navire ailleurs, en Argentine, où il y a plus de gaz à traiter.
Est-ce que c'est la fin du gaz au Cameroun ?
Non, pas du tout. Le navire s'en va, mais le pays a encore des réserves de gaz. La SNH et Perenco Cameroon ont d'ailleurs des projets pour continuer à valoriser le gaz, notamment pour alimenter des centrales électriques ou d'autres industries. Mais ce sera sans le Hilli Episeyo.
Où est parti le navire maintenant ?
Il a quitté le Cameroun le 4 août 2026. Il est passé par Singapour pour des opérations de maintenance, avant de mettre le cap sur l'Argentine, où il doit être redéployé sur un nouveau projet.
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