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CAMEROUN :: Barbe contre immobilisme : Souley Onohiolo craque après 7 mois :: CAMEROON

Le journaliste Souley Onohiolo, qui avait promis de ne pas se raser tant que le président Paul Biya n'aurait pas formé un nouveau gouvernement, s'est finalement rendu chez le barbier après sept mois d'attente, incapable de prolonger son défi face à l'immobilisme politique.

Sept mois.

Sept mois de poils qui poussent, de regards qui s'attardent, de promesses présidentielles qui s'évaporent.

Le 6 novembre 2025, Souley Onohiolo, journaliste au quotidien Le Messager, a lancé un défi aussi simple que provocateur : ne plus toucher à sa barbe tant que Paul Biya n'aurait pas formé un nouveau gouvernement. Une "mauvaise conscience" ambulante, voulait-il être, pour rappeler au chef de l'État l'urgence de remanier.

Aujourd'hui, sa barbe est tombée. Le gouvernement, lui, est toujours là.

L'homme "n'a pas pu supporter", confie-t-on. Après des mois à incarner, malgré lui, le symbole de l'attente camerounaise, Souley Onohiolo a cédé. Un rasoir. Un geste. Et une question qui reste entière : au Cameroun, qui est le plus patient le peuple ou le pouvoir ?

LE DÉFI : UNE BARBE CONTRE L'IMMOBILISME

Connu pour sa barbichette et ses joues lisses, Souley Onohiolo a radicalement changé de look à partir du 6 novembre 2025. Ce jour-là, devant les téléspectateurs, il a fait une promesse : plus aucun matériel coupant ne passerait ni sur son crâne, ni sur sa barbe, tant que le président de la République n'aurait pas procédé à un remaniement gouvernemental.

L'actuel gouvernement est en poste depuis 2019. Les élections présidentielles d'octobre 2025 ont eu lieu. Sept mois plus tard, toujours aucun changement.

"Je me disais qu'un président de la République ne peut pas faire trois sorties pour parler la même chose et puis il ne fait rien", expliquait-il à RFI en mai 2026.

UN SYMBOLE NATIONAL MALGRÉ LUI

Ce qui était parti pour être "un caprice, une révolte personnelle silencieuse" a capté l'attention du public camerounais. RFI lui a consacré un article en mai 2026. Sa barbe blanche couvrait alors presque entièrement son visage, au point que "sa bouche devenait à peine visible".

Sur les réseaux sociaux, certains internautes ironisaient sur "la barbe la plus patiente du Cameroun", tandis que d'autres y voyaient une manière originale de dénoncer l'immobilisme politique.

Souley Onohiolo lui-même savait que son geste avait pris une dimension plus grande. Il confiait avoir dit au Directeur de cabinet civil qu'avec sa barbe, il allait "servir de mauvaise conscience pour rappeler au chef de l'État l'urgence de remanier".

"Chaque fois qu'il me verra avec la barbe, il comprendra qu'il y a une urgence, un besoin nécessaire pour lui de refaire le gouvernement."

LES PROMESSES PRESIDENTIELLES RESTÉES LETTRES MORTES

Le 31 décembre 2025, dans son discours à la Nation, Paul Biya annonçait un remaniement imminent. Promesse réitérée le 10 février 2026.

Souley Onohiolo croisait les doigts pour que cela se fasse d'ici à la célébration de la fête nationale, le 20 mai.

"Parce que je voudrais voir le président de la République au défilé du 20 mai. Va-t-il d'ici là se présenter avec un nouveau gouvernement ?"

Le 20 mai est passé. Le gouvernement n'est pas venu. La barbe, elle, est restée.

LE CRAQUAGE : "L'HOMME N'A PAS PU SUPPORTER"

Sept mois après le début de son défi, Souley Onohiolo a fini par céder.

L'homme "n'a pas pu supporter", selon le texte qui nous est parvenu. Après des mois à porter le poids symbolique de l'attente de tout un peuple, il a pris le chemin du barbier pour sa cérémonie de rasage officiel.

Un internaute lui avait prédit, avec un mélange d'affection et d'ironie : "Mon père, le jour où tu vas te raser, le Président Paul Biya fera le remaniement le lendemain". Une boutade qui résume l'amertume d'un pays qui attend, et qui continue d'attendre.

CE QUE CETTE BARBE RACONTE DU CAMEROUN

Au-delà de l'anecdote, la barbe de Souley Onohiolo est devenue, "malgré elle, le symbole le plus visible de l'attente camerounaise celle d'un peuple qui espère un renouvellement politique que son président a annoncé sans jamais concrétiser".

Dans un système où les remaniements ministériels semblent avancer "au rythme d'une administration sous somnifères", cette barbe a pris des allures de symbole national.

Elle raconte l'histoire d'un pays où le temps passe, où les promesses s'envolent, où l'immobilisme politique use jusqu'aux plus patients.

Elle raconte aussi l'histoire d'un homme qui a osé, par un geste simple, rappeler à un président que le gouvernement, ce n'est pas une équipe figée c'est un service rendu au peuple.

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