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CAMEROUN :: Oswald Baboke convoqué : or, faux décret, les deux affaires qui l'encerclent :: CAMEROON

Convoqué trois fois en six jours par le Tribunal criminel spécial, le directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya, Oswald Baboke, se retrouve mêlé à deux enquêtes distinctes : un soupçon de trafic d'or à grande échelle, et le dossier sensible du faux décret présidentiel déposé à la CRTV.

Un homme entre trois fois dans le même bâtiment, en six jours. Ce n'est pas un simple témoin. Oswald Baboke, numéro deux du cabinet civil de Paul Biya, l'un des hommes les plus proches de la présidence camerounaise, a été convoqué le 26 juin, puis de nouveau le 30 juin et le 1er juillet par le Tribunal criminel spécial. Deux dossiers l'attendent derrière la porte des enquêteurs. L'un concerne des tonnes d'or disparues des registres officiels. L'autre, plus explosif encore, touche directement à l'affaire du faux décret présidentiel qui a agité tout le pays ce mois-ci et que des sources évoquent désormais comme une possible tentative de coup d'État manqué.

Le directeur adjoint du cabinet civil de Paul Biya entendu trois fois en six jours, dans deux dossiers distincts ouverts sur ordre du chef de l'État

Oswald Baboke n'est pas un nom familier du grand public camerounais. Mais à Etoudi, il pèse lourd. Directeur adjoint du cabinet civil de la présidence depuis 2018, proche de la première dame Chantal Biya, cet homme d'Église devenu rouage discret mais essentiel du pouvoir se retrouve, en cette fin juin 2026, au centre de deux enquêtes judiciaires distinctes.

Une série d'auditions rapprochées

Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, Oswald Baboke a été entendu le 26 juin par les enquêteurs du Tribunal criminel spécial (TCS), l'institution camerounaise chargée des affaires de détournement de fonds publics. De nouvelles auditions étaient programmées pour ce lundi 30 juin, puis pour mardi 1er juillet. Trois convocations en moins d'une semaine un rythme qui, en lui-même, traduit l'intérêt soutenu que portent les enquêteurs à ce haut fonctionnaire de la présidence.

Premier dossier : une filière aurifère sous surveillance

Le premier volet de l'enquête porte sur de possibles irrégularités dans la filière de l'or camerounais. Selon l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives, le Cameroun n'aurait officiellement déclaré que 22 kilogrammes d'or exportés en 2023, alors que près de quinze tonnes d'or présentées comme d'origine camerounaise auraient été enregistrées la même année sur le marché de Dubaï. Entre 2021 et 2025, la production camerounaise estimée atteindrait 44 tonnes, contre seulement 148 kilogrammes d'exportations officiellement déclarées.

Cet écart considérable a conduit à l'ouverture d'une enquête sur instruction de Paul Biya, visant à déterminer l'existence d'une exploitation aurifère illégale et à examiner les conditions d'attribution des permis miniers ainsi que les circuits d'exportation. Le nom d'Oswald Baboke, ainsi que celui de sa fille Indira Baboke, auraient été cités à plusieurs reprises dans ce dossier, ce qui aurait motivé sa convocation à des fins de vérification. L'intéressé conteste, selon les informations rapportées, toute implication dans des activités illicites. Son entourage dénonce une mise en cause qu'il juge infondée et souligne que d'autres personnalités, dont des proches de la famille présidentielle, devraient également être entendues dans ce même dossier.

Second dossier : le faux décret de la CRTV

Le second volet, plus sensible encore, concerne l'affaire du faux décret présidentiel déposé le 12 juin à la CRTV, la télévision nationale camerounaise. Le document, qui portait notamment l'annonce d'une nomination à la vice-présidence de la République, aurait été reconnu comme un faux après vérification du directeur général de la chaîne, Charles Ndongo, auprès de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence.

Selon des sources proches du dossier, certains éléments matériels du document les cachets, voire la signature présenteraient des caractéristiques troublantes, ce qui complique l'établissement de son origine exacte. Les enquêteurs chercheraient désormais à identifier non seulement les auteurs matériels du faux document, mais aussi d'éventuels commanditaires.

Des informations, non confirmées officiellement à ce stade, évoquent l'arrivée du porteur du document en cortège, accompagné d'individus présentés comme des responsables militaires en civil, qui se seraient volatilisés une fois l'échec de l'opération constaté. Le porteur du document serait actuellement détenu au secrétariat d'État à la Défense, où il ferait l'objet d'interrogatoires une information qui diffère de précédents éléments évoquant une détention par la gendarmerie, et qui n'a pas été confirmée par une source officielle unique.

Une note évoquant un « coup d'État manqué »

Selon des informations rapportées par Jeune Afrique, une note de renseignement transmise à la présidence qualifierait les faits de tentative de coup d'État manqué. L'enquête aurait été confiée par Paul Biya à la Direction de la sécurité présidentielle, et serait suivie à Yaoundé par le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Une expertise technique du document et un relevé d'empreintes seraient prévus afin d'en déterminer l'origine.

Ces éléments, encore non vérifiés de manière indépendante, s'inscrivent dans un climat de tension plus large : plusieurs sources évoquées par la presse font état de mises en garde, y compris de la part de conseillers étrangers, recommandant à Paul Biya, 93 ans, la prudence quant à certains déplacements, en raison de risques de déstabilisation.

Un homme au cœur du système

Le profil d'Oswald Baboke explique en partie l'attention que suscitent ces deux dossiers. Entré à la présidence en 2000, il a gravi méthodiquement les échelons du cabinet civil jusqu'à devenir directeur adjoint en 2018, avec rang de ministre. Proche de la première dame, originaire comme elle de l'Est du pays, il est régulièrement cité parmi les noms évoqués pour le nouveau poste de vice-président de la République, créé par la révision constitutionnelle d'avril 2026 précisément le poste au cœur du faux décret de la CRTV.

Ce qu'il faut retenir, et ce qui reste à établir

À ce stade, aucune mise en cause judiciaire formelle d'Oswald Baboke n'a été rendue publique dans l'un ou l'autre dossier. Les deux enquêtes, ouvertes sur instruction du chef de l'État lui-même, se poursuivent. L'affaire illustre la confluence de deux scandales potentiels financier et institutionnel au sommet de l'appareil d'État camerounais, dans un contexte déjà marqué par les incertitudes sur la succession de Paul Biya.

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