CAMEROUN :: « Les hautes instructions » : le dérapage juridique d'Owona Nguini :: CAMEROON
© Camer.be : Paul Moutila | 30 Jun 2026 17:52:57 | 398Le professeur Mathias Eric Owona Nguini, agrégé de science politique et vice-recteur de l'Université de Yaoundé II, a déclaré à la télévision que les « hautes instructions présidentielles » sont supérieures aux décrets une affirmation juridiquement erronée qui soulève des questions sur le devoir de rigueur des intellectuels camerounais.
Il est professeur. Il est agrégé. Il est vice-recteur. Il est écouté par des millions de Camerounais.
Alors, quand Mathias Eric Owona Nguini répond « OUI » à une question de droit, son audience le croit. Et pourtant, ce « OUI » est juridiquement faux.
La question était pourtant simple : « Les hautes instructions sont-elles supérieures au décret présidentiel ? »
Sa réponse : « OUI ».
Un mot. Une erreur. Une confusion entre la pratique politique et la norme juridique. Une faute qui, selon Antonio Ateba, journaliste sportif, est « grave » d'autant plus grave quand elle est proférée par un enseignant qui forme les élites camerounaises.
Cette affaire, qui agite les réseaux sociaux camerounais, n'est pas une simple polémique entre intellectuels. Elle touche au cœur de l'État de droit. Elle interroge le devoir des universitaires. Elle expose la fragilité d'un système où l'oral peut parfois sembler plus fort que l'écrit.
Et elle pose une question : quand un professeur se trompe sur un plateau, qui le corrige ?
Un professeur au cœur du débat public
Mathias Eric Owona Nguini est l'une des voix les plus écoutées du Cameroun. Né le 28 février 1969 à Paris, fils de l'homme d'État Joseph Owona Nguini l'un des architectes de la Constitution camerounaise. Il est docteur en science politique de l'Université Bordeaux IV et diplômé de Sciences Po Bordeaux. Professeur titulaire à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université de Yaoundé II-Soa, il en est également le vice-recteur chargé de la recherche et de la coopération.
Mais Owona Nguini n'est pas qu'un universitaire. C'est un analyste politique médiatique, dont les positions oscillent entre critiques et soutiens aux actions gouvernementales. Son ascension récente il était perçu comme un opposant avant de se rapprocher du pouvoir lui a valu une exposition médiatique considérable.
C'est sur un plateau télévisé, dans ce contexte, qu'il a commis ce qu'Antonio Ateba qualifie de « confusion dangereuse ».
La question qui fâche
À la question du journaliste : « Les hautes instructions sont-elles supérieures au décret présidentiel ? », le professeur Owona Nguini a répondu par l'affirmative.
Une réponse qui a immédiatement suscité l'indignation d'Antonio Ateba, journaliste sportif. Dans une tribune qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, Ateba démonte point par point l'erreur juridique du professeur.
Ce que dit le droit camerounais
Ateba rappelle un principe fondamental de droit public : la hiérarchie des normes.
1. Le décret présidentiel : un acte réglementaire formel
Le décret est un acte signé par le Président de la République, numéroté, publié au Journal Officiel. Il a une valeur juridique, est opposable à tous, et ne peut être retiré que par un acte de même valeur ou supérieur : une loi, une ordonnance, ou un autre décret.
2. Les « hautes instructions présidentielles » : deux visages
- Cas 1 : Instructions verbales, lettres, directives administratives.
Ce sont des orientations politiques. Elles guident l'administration. Elles ont une force politique, mais pas une force juridique autonome.
- Cas 2 : Si le Président veut changer un décret.
Alors il signe… un autre décret. Ou une loi. C'est le principe du parallélisme des formes.
La conclusion est sans appel : une simple instruction ne peut pas abroger, modifier ni suspendre un décret publié. Ce serait l'anarchie juridique. L'oral ne tue pas l'écrit. L'informel ne tue pas le formel.
La confusion : politique vs droit
Ateba reconnaît que, dans la pratique politique camerounaise, les « hautes instructions » sont souvent suivies. L'administration s'exécute. Par respect. Par discipline républicaine.
Mais confondre la pratique politique et la norme juridique, c'est une faute d'enseignant.
« C'est comme dire : “Parce que tout le monde a peur du Préfet, alors l'ordre du Préfet est supérieur à la Constitution.” C'est faux. »
Le « OUI » d'Owona Nguini donne à croire au citoyen que le Président peut gouverner par téléphone et annuler tous les décrets par une phrase. C'est la porte ouverte à l'arbitraire. Ce n'est pas l'État de droit.
Le devoir de l'intellectuel
Ateba rappelle à Owona Nguini ses trois devoirs fondamentaux :
1. Le devoir de vérité
Dire le droit, pas l'opinion. Le droit dit « NON ». La pratique dit « on exécute ». Il faut séparer les deux.
2. Le devoir de pédagogie
Un peuple non juriste écoute. Si un professeur dit « OUI », 10 millions de Camerounais croiront que le décret ne vaut plus rien. C'est semer la confusion institutionnelle.
3. Le devoir d'exemplarité
Un enseignant corrige ses étudiants sur les copies. Qui le corrige quand il se trompe sur un plateau ?
« Quand on enseigne, on a le droit de se tromper. On a le devoir de se corriger. Publiquement. Parce qu'un “OUI” faux sur un plateau peut faire plus de dégâts que 100 décrets non appliqués. »
Une affaire qui dépasse le simple débat juridique
Cette polémique intervient dans un contexte où les « hautes instructions » sont régulièrement invoquées au Cameroun pour justifier des décisions administratives. Leur usage, souvent informel, entretient une confusion entre le pouvoir politique et l'ordre juridique.
En affirmant que les « hautes instructions » sont supérieures aux décrets, Owona Nguini a non seulement commis une erreur de droit, mais il a aussi légitimé une pratique qui affaiblit l'État de droit.
Comme le souligne un commentateur sur les réseaux sociaux : « Si les hautes instructions conduisent à écarter un décret en vigueur, elles relèvent davantage de la pratique politique que du droit positif ».
Perspective : un appel à la rigueur
Cette affaire relance le débat sur la responsabilité des intellectuels dans l'espace public camerounais. À l'heure où les réseaux sociaux amplifient chaque déclaration, le devoir de rigueur des universitaires est plus crucial que jamais.
Owona Nguini a-t-il déjà corrigé son erreur ? A-t-il pris la mesure des dégâts causés par ce « OUI » malheureux ? La question reste ouverte.
Une chose est sûre : ce n'est pas la première fois que le professeur se retrouve au centre d'une polémique. Il a récemment été impliqué dans l'affaire des « faux décrets » de nomination d'un vice-président. Sa crédibilité est en jeu.
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